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1000 MERES POUR LA PAIX
JEUDI 29 MARS
Introduction
JILL DONNELLY, présidente du MMM
Anglaise, mariée,
mère de 2 enfants, diplômée en langues modernes - français et
russes - elle a enseigné pendant plusieurs années, a
exercé comme professeur auprès d’enfants en difficultés et comme
juge spécialisée dans les problèmes concernant la famille et la
jeunesse. Plus récemment en Belgique, elle a été responsable de
l’organisation de forums de dialogue entre l’Europe de l’Est et
du Centre. Présidente du MMM depuis l’an 2000, sa préoccupation
actuelle est d’améliorer la compréhension entre des associations
de tous horizons par-delà les différentes cultures pour que des
femmes de tous pays puissent, grâce à des stratégies communes,
construire la paix et la sécurité pour leur famille et
pour leur pays.
Bienvenues,
chères mères et merci d’avoir rejoint le mouvement mondial des
mères - le MMM – pour célébrer 60 ans de travail en faveur des
mères et de la paix.
Voyons les questions que nous allons aborder.
1 – Pourquoi
chacune d’entre nous, sommes-nous concernées par la paix ?
Simplement, parce que c’est
l’état où toutes les entreprises humaines peuvent être
couronnées de succès ; il s’agit de la paix au sens le plus
large possible: paix dans l’esprit, paix dans la famille, paix
dans la communauté, paix dans la nation ou un monde en paix .
Mais la paix est fragile, trop facilement détruite par le
malentendu, réel ou engendré par des idéologies extrêmes, par un
sens de l’injustice, de la corruption ou simplement à
cause de la nature humaine. Et ceci est au centre de notre
affaire : la paix n’arrive pas en tombant du ciel ou apportée
par une colombe blanche. Pour construire la paix nous avons à oeuvrer sans relâche pour lutter contre la violence et les pires
aspects de la nature humaine partout de la table de la cuisine à
celle des négociations.
Des hommes et des femmes, à travers le monde, consacrent leur
vie à l’édification ou au maintien de la paix. Mères et pères
apportent des qualités très différentes mais essentiellement
complémentaires pour élever leurs enfants. L’homme et la femme
et leurs apports sont également importants. Cependant, au cours
des différents échanges qui vont suivre, nous allons évoquer les
qualités spécifiques des mères dans l’édification de la paix et
la manière dont les femmes peuvent atteindre ce but.
2 – Pourquoi
les mères sont-elles si importantes ?Nous
aimons toutes nos mères et elles sont très importantes pour
nous. Mais pour la société, les mères sont encore beaucoup plus
importantes : elles mettent les enfants au monde et sont
les premières à leur apprendre comment vivre. Les mères
alimentent dans leurs enfants les valeurs et les attitudes qui
leur sont inhérentes pendant l’adolescence et l’âge adulte ; et
ce sont ces attitudes et ces valeurs qui font, ou défont les
relations familiales, l’esprit communautaire et la fierté
nationale ; elles recouvrent tout ce qui est nécessaire pour
vivre ensemble en harmonie.
« Une mère, par conséquent, détermine les valeurs morales et
spirituelles de la nation toute entière, celà a un impact sur
l’éthique (ethos) de la communauté internationale ». Ce ne sont
pas mes mots mais ceux de la charte des mères inscrits dans le
document fondateur du MMM en 1947.
L’influence de la mère dépasse largement sa maison. Une mère
contribue chaque jour au développement économique et social de
son pays et par là à la place de celui-ci dans le monde.
C’est la raison pour laquelle le MMM a oeuvré depuis 60 ans pour
appuyer et faire reconnaître le rôle des mères.
3 – Pourquoi
le Mouvement mondial des mères se révèle-t-il tellement efficace
pour rattacher ensemble ces deux concepts : mères et paix ?
En tant qu’organisation internationale reconnue, le MMM a sa
place parmi les 135 ONG ayant le plus haut niveau de statut
consultatif à l’ONU, il participe aux travaux du conseil
économique et social et de ses agences nationales, il représente
les mères dans les conférences internationales des nations unies
ainsi qu’à leurs sessions et groupes de travail, il est la voix
des mères quelles que soient leur provenance sociale, culturelle
ou religieuse. Le MMM est constitué de 60 associations
travaillant dans 40 pays et représentant près de 6 millions de
mères auxquelles le MMM permet de participer à la mise en place
des règles du Millénium pour le développement ainsi qu’à la
résolution pacifique des conflits dans le monde.
Le MMM travaille aussi sur le terrain où près de 20 millions de
personnes bénéficient de son action. Parallèlement à
l’extraordinaire travail des associations membres, le MMM a
organisé par exemple, des ateliers de recherche en partenariat
avec l’OTAN dont l’objectif est aussi la paix. Il s’agissait
ainsi de donner aux mères serbes le moyen de surmonter le
traumatisme de leurs enfants après la guerre ; de même en
Moldavie en mettant en place des mesures officielles pour
combattre les trafics humains ; enfin le MMM a organisé à
Beyrouth la première conférence après la guerre au Liban pour
exalter le rôle des mères dans l’édification de la paix et de la
sécurité.
4 – Qu’est-ce
qui pousse une mère à agir pour la paix ?
Chaque fois qu’une femme donne la vie, elle pose un acte de foi
en l’avenir. L’engagement de la mère se fait en faveur d’un
futur sain, où son enfant trouvera harmonieusement sa place pour
réaliser pleinement son potentiel dans tous les domaines de sa
vie. La plupart des mères sont prêtes à travailler dur et à
prendre de grands risques pour assurer le bien-être de leurs
enfants. C’est pourquoi l’importance du rôle des mères constitue
vraiment le pivot de la compréhension et des remèdes aux
nombreux problèmes sociaux et politiques quotidiens.
Construire la paix est un travail difficile et sensible.
Certaines mères ne réalisent pas l’influence qu’elles ont sur
leurs enfants et hélas certaines ne s’occupent pas de leurs
enfants. Mais la plupart d’entre elles ont beaucoup des qualités
nécessaires : bon sens, tact, patience, capacité de faire
plusieurs tâches à la fois, talents de communication, force de
faire face aux déceptions et aux échecs, volonté de ne jamais
baisser les bras et il y a une force que les mères possèdent et
qui est généralement négligée par les artisans de paix :
l’amour. L’attention portée par les mères au bien-être et à la
bonne santé de leurs propres enfants les ouvre aux difficultés
des autres. Il n’y a rien de plus fort que l’amour d’une mère.
Et là sont les compétences acquises par les mères dans leur
fonction maternelle. Imaginer seulement quelle force puissante
les mères pourraient avoir dans le monde si elles étaient
formées à l’action politique.
Voici l’objectif de ce congrès du 60enème anniversaire : aider
les mères et les leaders politiques à reconnaître ensemble tout
l’intérêt de développer et d’utiliser les qualités naturelles
des mères pour construire la paix dans les foyers, dans les
communautés et dans le monde entier. Peut-être avons-nous aussi
besoin d’une autre qualité : la confiance dans l’humanité et
ceci est l’essence du travail de l’UNESCO... c’est pourquoi, je
donne la parole à Monsieur Pierre SANE, sous-directeur pour les
sciences humaines et sociales à l’UNESCO.
Intervention
de M. Pierre SANE,
Directeur-adjoint pour les Sciences Humaines et Sociale à
l'UNESCO
C’est avec une grande
satisfaction que l’UNESCO accueille aujourd’hui votre congrès et
ce d’autant plus que son thème est le même que celui qu’avait
choisi l’UNESCO début mars pour célébrer la journée
internationale de la femme. La paix est bien au centre des
préoccupations de l’UNESCO à travers la culture et les relations
sociales. Elle implique l’existence d’un équilibre et d’une
harmonie entre les pouvoirs politiques. En effet la violence
domine lorsqu‘il y a une distorsion entre l’attente des
personnes et le pouvoir politique. Les autorités politiques
normalement représentées par des hommes ne vont pas toujours
dans le sens de la paix alors que, grâce aux réseaux qu’elles
forment entre elles, les femmes ont une connaissance profonde
des problèmes à résoudre au sein de leur communauté pour
sauvegarder la paix.
Le sexe dit faible a souvent payé le prix le plus fort
dans les guerres et les conflits armés. De plus, leurs droits
sont souvent bafoués et elles sont victimes de violences.
C’est pourquoi la résolution 13-25 de l’ONU a émis des
recommandations pour que soit reconnu et promu le rôle des
femmes dans la construction de la paix. Ceci passe
nécessairement par la promotion des droits des femmes, par la
mise en place d’une égalité et d’une parité homme/femme.
Le secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO
travaille à la diffusion de ces recommandations ; ainsi il a
oeuvré pour l’ouverture à Ramalah d’un centre de recherche et de
documentation des femmes et travaille à la mise en place d’un
autre dans la région des grands lacs en Afrique.
Il n’y a pas de paix durable sans développement et sans égalité.
Egalité, développement et paix sont étroitement intriqués et le
rôle des femmes dans ce processus est fondamental. L’UNESCO qui
est une organisation intellectuelle appuie ce mouvement par ses
actions.
Jill
DONNELLY remercie Monsieur SANE et rappelle avec émotion
que c’est dans les locaux du premier bâtiment de l’UNESCO que
fut fondé le MMM en 1947, quand, juste à la fin de la deuxième
guerre mondiale, plusieurs centaines de femmes venues du
monde entier se réunirent pour un congrès intitulé « les
mères bâtissent la société ». Les femmes, particulièrement des
mères, avaient du, alors que leurs époux étaient mobilisés,
maintenir seules non seulement leurs familles mais aussi leur
économie nationale et la production.
Au congrès, elles avaient manifesté leur volonté de reconstruire
leur pays et de recréer les conditions d’une paix durable et
d’un monde meilleur pour leurs enfants. En conclusion, elles
décidèrent de fonder le MMM. Et depuis le début, le concept de
mères travaillant pour la paix est resté un principe directeur
de leur action.
Nous sommes heureuses de pouvoir nous référer à Monique de
VAUBLANC qui est présente parmi nous aujourd’hui et qui a bien
voulu accepter d’évoquer pour nous son engagement au cours d’une
interview dont nous vous présentons maintenant l’enregistrement
filmé.
Au cours du congrès sont abordés tour à tour différents thèmes
donnant lieu à des tables rondes et à des témoignages.
PREMIER THÈME : CONSTRUIRE LA PAIX
DANS LA FAMILLE
Comment éduquer nos
enfants à la paix ?
Table ronde
n°1 animée par le Docteur Josi SALEM PICKARTZ
"Elles leur apprennent à participer
au bien-être de la famille, leur donnent des responsabilités et
les aident à résoudre les problèmes et les conflits, elles
interviennent comme médiateur."
Allemande, mariée à
un Jordanien, mère de 2 enfants, elle a près de 30 ans
d’expérience en psychologie appliquée au service des personnes,
des familles, des groupes et des communautés. Elle est
particulièrement impliquée dans la formation continue des
éducateurs et des professionnels de la santé. Elle les aide à
diagnostiquer, prévenir et résoudre des situations de crise à
l’aide, entre autre, d’outils de communication.
Nous allons voir comment les
mères sont les premières éducatrices de leurs enfants à la paix
ce qui m’amène à quelques remarques préliminaires.
Les Nations Unies ont proclamé les années 2001-2010 la décade de
la culture de la paix et de la non-violence vis à vis des
enfants. Or depuis septembre 2001, nous avons vu émerger la
violence un peu partout dans le monde en même temps que se
déroulaient des déplacements de population dont les victimes
sont en majorité des femmes et des enfants (85 % des personnes
déplacées).
L’éducation à la paix consiste à développer en chaque individu
l’intégrité, l’unité et l’harmonie au sein de la famille ainsi
que dans l’environnement social et spirituel ; elle promeut une
coopération fructueuse entre les personnes, les familles, les
communautés et entre les sociétés et ce sans violence ni
hostilité ; enfin elle crée des relations tolérantes et
harmonieuses basées sur le respect mutuel.
Beaucoup
d’enfants naissent dans un environnement protecteur très
favorable mais beaucoup d’autres n’ont pas cette chance et
grandissent dans le chaos et la destruction et expérimentent la
privation de leurs besoins et de leurs droits fondamentaux.
Dans tous les temps et dans toutes les sociétés, les mères
sont les premières éducatrices de leurs enfants. Elles leur
apprennent à survivre et à avoir confiance. Elles assurent leur
protection en cas d’insécurité et de danger.
Ainsi, en 1983, pendant la guerre froide, je vivais en
Allemagne, mon fils était très malade et je craignais pour sa
vie car il y avait des fusées pershing en place près de chez
nous. J’ai pris alors l’initiative de faire réfléchir des mères
pour qu’elles assurent à leurs enfants un environnement plus sûr
et leur apprennent à préserver la vie.
Elles sont responsables de la construction des enfants jusqu’à
ce qu’ils aient 6 ans et tout ce qu’ils apprennent pendant ces
six premières années devient le fondement de leur personnalité.
Leur rôle est alors capital. Elles leur apprennent à participer
au bien-être de la famille, leur donnent des responsabilités et
les aident à résoudre les problèmes et les conflits, elles
interviennent comme médiateur. Face au désespoir, à la
destruction et à la mort, elles les réconfortent et leur
redonnent espoir. Par leur exemple, elles leur montrent comment
aimer et soigner, comment construire et non comment détruire la
vie.
Cependant, les mères sont largement oubliées dans les
déclarations officielles et dans les résolutions concernant
l’éducation à la paix et la construction de la paix. On évoque
le rôle des femmes presque jamais celui des mères. Il apparaît
donc vraiment important que ce congrès international MMM placé
sous le thème des mères pour la paix, se fasse l’avocat du rôle
actif joué par les mères dans l’éducation à la paix,
particulièrement dans la petite enfance, et dans la construction
de paix.
Josi SALEM-PICKARTZ introduit Marta de MARTIN qui va présenter
son travail concernant la formation des femmes à la maternité,
l’importance du lien
mère-enfant dans l’épanouissement et la construction du bébé et
la question du bien-être de la mère.
Intervention de Madame
Marta de MARTIN
"la maternité favorise le
développement d’une aptitude à servir et l’allaitement maternel
favorise naturellement cette aptitude"
Argentine, mariée à un médecin, mère de 6 enfants, Marta est
psychologue - écrivain - fondatrice de FUNDALAM-Ligue
internationale
pour l'allaitement
maternel qu'elle a dirigée pendant 21 ans-
elle est membre du MMM International. Son objectif est de
promouvoir
l'allaitement maternel et
la bonne santé des enfants en aidant les mères. Fundalam
a créé la première Ecole de Puériculture et
d'Education de
l'Argentine et un diplôme technique de puériculture et
allaitement maternel
Je vais commencer
en citant Mère Thérésa : « Le fruit de l’amour, c’est le service
et le fruit du service, c’est la paix ». La maternité favorise
le développement d’une aptitude à servir et l’allaitement
maternel favorise naturellement cette aptitude. Le lien
mère/enfant s’inscrit d’une façon indélébile dans chaque cellule
du corps de l’enfant. Cette mémoire cellulaire commence pendant
la grossesse et se poursuit après la naissance grâce à
l’allaitement qui contribue à développer le lien de la mère avec
son enfant. Ceci est particulièrement important pour les très
jeunes mères de 13/14 ans. Même si celles-ci se trouvent dans
des situations très précaires de grande pauvreté et de carences
alimentaires, il faut les encourager à nourrir pour qu’elles
s’attachent au bébé. Il faudrait pouvoir les accompagner dès la
grossesse.
La séparation
prématurée entre mère et bébé attaque directement ce lien étroit
et amoureux, et provoque des altérations de la future
personnalité du bébé. L’allaitement constitue la première
communication du bébé avec le monde extérieur, il permet de
créer des liens sains avec la société. De plus, la mère, ainsi
connectée avec son enfant, sait quand et comment répondre à ses
besoins.
Un bébé qui sent ses besoins vitaux satisfaits est un futur
homme de demain dont la personnalité sera harmonieuse, sans
violence avec une capacité d’empathie, à l’inverse de celui qui
n’ayant pas reçu le même amour pourra laisser dominer la
violence et l’agressivité. Des études menées dans des
communautés indigènes ont permis de vérifier ces tendances : le
comportement des bébés élevés dans des groupes pacifiques était
bien différent de celui de ceux qui avaient vécu dans des
groupes de guerrilleros.
Dans la culture moderne, nous voyons ce lien mère/enfant
compromis faute de temps par la reprise du trop rapide du
travail de la mère, par les problèmes économiques, par le désir
de posséder plutôt que d’être. Tout ceci a une influence néfaste
sur la formation de la personnalité de l’enfant et entraîne la
violence, le crime, les addictions, etc.
Ce qui vaut pour l’enfant et tout aussi valable pour la mère qui
quand elle réalise sa vocation de mère, développe d’autres
valeurs de vie et enrichit sa personnalité, ses compétences
faisant ainsi croître sa confiance en elle. La femme prend
conscience qu’en nourrissant son enfant, elle lui donne aussi un
amour désintéressé et lui transmet des valeurs porteuses de
liberté et de paix. La convivialité des hommes qui vivent dans
la liberté et l’amour mène naturellement à la paix. La confiance
en l’espèce humaine est une attitude naturelle qui nous pousse à
créer des communautés plus saines et plus conscientes de la
responsabilité qui leur incombe vis à vis des êtres humains qui
les composent.
J’aimerais terminer par une citation de la poétesse chilienne
Gabriela Mistral : « Beaucoup de choses importantes
peuvent attendre. L’enfant non, il est entrain de faire ses os,
de créer son sang et d’essayer ses sens, on ne peut pas lui dire
« demain », il s’appelle « maintenant ».
Josi remercie Marta et passe la parole au Docteur Edwige ANTIER
pour qu’elle évoque les difficultés rencontrées par les mères
dans leur rôle éducatif, l’importance de la communication au
sein de la famille et de la confiance en soi comme outil pour
cultiver la paix.
I
ntervention du Docteur Edwige ANTIER
" Un enfant bien porté,
bien bercé, bien nourri, entouré va acquérir une vision du monde
positive..."
Française, médecin, pédiatre diplômée en psychologie, elle
exerce la pédiatrie depuis plus de 30 ans. Journaliste à
Radio-France, elle a animé l’émission « Enfance » sur
France-Inter pendant 5 ans. Elle est chroniqueur sur
France-Info. Elue au Conseil de Paris, elle est membre du
Conseil d’Administration de l’Assistance Publique-Hôpitaux de
Paris . Elle est l’auteur de nombreux livres, en particulier « Eloge
des Mères » et « Elever mon enfant aujourd’hui ».
C’est un grand honneur et une grande émotion pour moi d’être ici
avec vous toutes les mères venues de partout. Merci aussi à
votre présidente du MMM France, Isabelle de Rambuteau.
Nous parlons du même sujet. Dans tous
les coins de la planète, quand des pays sont en guerre ou là où
les conditions de survie sont trop précaires,
presque toutes les mères sont soumises à des maltraitances, à
des violences. On pourrait penser qu’ici en France, c’est
différent or, ici j’ai tous les jours dans mon cabinet des mères
qui pleurent car il faut être femme et non mère, on se trouve
encore dans un discours archéoféministe... et le prix à payer
est très dévastateur pour les mères et leurs enfants. Désormais
les mères préfèrent un néoféminisme, c’est à dire un droit à la
dignité mais aussi un coeur plein du bonheur de son enfant,
ainsi l’épanouissement de la femme ne se fait pas contre
le développement de l’enfant. Il y a de plus en plus d’enfants
violents, agressifs, dépressifs, en phobie scolaire, en
conduites addictives parce qu’on les a arrachés trop tôt à leur
mère. Quand il faut reprendre le travail à 3 mois de bébé et ne
plus allaiter, c’est tout à coup la panique alors que la mère
pourrait continuer à allaiter. En effet, allaiter matin et soir
c’est possible et les mamans à qui on propose cette solution me
disent : « me retrouver avec mon bébé le soir et le nourrir, ça
me répare ». Si la maman pleure quand elle dépose
son bébé le matin, on la dit trop fusionnelle, on lui dit que
l’enfant doit être autonome, discours beaucoup trop précoce. Le
résultat c’est la perte de l’empathie. Il faut avant tout faire
naître l’empathie chez le petit c’est à dire la capacité à
comprendre les émotions des autres ; ceci s’apprend auprès
des parents. Il ne faut pas couper trop tôt ce lien. Or les
parents se séparent trop tôt de lui voire même divorcent
et réclament chacun de leur côté la garde alternée.
Un enfant bien
porté, bien bercé, bien nourri, entouré va acquérir une vision
du monde positive, la mère comprend les signaux de son enfant,
elle met du sens dessus, elle lui transmet ses valeurs par
petites touches ainsi l’enfant apprend peu à peu à aller vers
les autres. Un enfant bien compris, bien soutenu par son
père, sera un bon communiquant positif et porteur de paix. Au
contraire, le petit qui s’immunise très vite, s’habitue à
étouffer ses chagrins et à enfouir ses souffrances, ne souffrira
plus du mal qu’il peut faire à l’autre ; il deviendra de plus en
plus violent, surtout si vous ajouter a cela la violence
télévisuelle et des jeux vidée. Je suis de plus en plus inquiète
devant ces enfants-là de plus en plus nombreux. Il faudra le
réparer et lui redonner confiance dans la vie et dans les
autres.
Ne croyez pas que les enfants soient des enfants roi. Il
leur manque surtout dans les 3 premières années de la vie, cette
base de confiance et d’amour qui leur permettra d’avoir la
dignité d’une vraie vie sociale et morale. Donner aux mères une
vraie dignité sociale compatible avec leur rôle de mère. Les
centres de protection maternelle et infantile - PMI – étaient
très justement nommés, on a voulu à tort changer leur nom en
supprimant le mot « maternelle », or nous savons que l’on ne
peut pas protéger une enfant sans respecter ce que ressent sa
mère.
Josi remercie Edwige ANTIER et donne la parole au
professeur Amy HUDNALL qui, à travers ses expériences
multiculturelles, montre comment les mères peuvent gérer les
frustrations et les violences au sein de la famille et apprendre
à leurs enfants à grandir en choisissant chaque jour des chemins
de paix
Intervention de
Madame Amy HUNDNALL
(en cours de traduction)
Américaine, mère d’une fille, historienne dont de nombreux
travaux sont consacrés à l’évolution du rôle des femmes à
travers les siècles et les civilisations, elle est responsable
des recherches pour la paix au Centre de Recherche sur le
Judaïsme, l’Holocauste et la Paix de l’Appalachien State
University de Caroline du Nord.
Josi Salem
Pickartz
remercie Madame HUNDNALL et se tourne vers Madame Marie-Françoise
FUCHS qui va souligner, à partir
d’exemples
concrets, la contribution des
grands-parents à l’éducation à la paix des enfants, au
sein de la vie familiale.
Intervention du Docteur Marie-Françoise FUCHS
" ...nous devons transmettre ce
que nous avons appris et voulu, en particulier la fin des
querelles fraternelles, la paix en Europe."
Française, mère et
grand-mère, médecin psychothérapeute. Après plus de 20 ans
d'expérience à l'Ecole des
Parents, elle crée en 1994 l’Ecole des Grands-parents
Européens-E.G.P.E.- devenue Fédération des Grands-
parents Européens. Elle a découvert qu'il n'y avait ni
étude ni recherche engagées sur le rôle essentiel des
grands-parents dans la famille et la société.)
L’Ecole des
grands-parents Européens, par son intitulé même montre à la fois
que cette génération est encore et toujours en apprentissage
d’une part, et d’autre part que nous devons transmettre ce
que nous avons appris et voulu, en particulier la fin des
querelles fraternelles, la paix en Europe. Vous consacrez
ces journées pour parler de votre rôle et du nôtre
pour la paix, alors, je suis vraiment heureuse de vous
rejoindre pour cela. Un grand merci à vous de m’avoir
invitée.
Les grands-mères, ont beau aimer souvent follement, leurs petits
enfants, elles ne sont pas les plus importantes dans l’éveil de
l’enfant ; elles représentent un second cercle qui entoure
l’enfant après ses parents. Nous sommes appelés par elles et
eux, ce sont les parents qui nous font et nous permettent d’être
grands-parents.
Nous avons fort heureusement un rôle important et souvent
délicieux à jouer, nous avons une fonction propre et un
rôle en complémentarité des parents. Nous observons de très
nombreux exemples de la force et de l’équilibre que donnent des
relations réussies entre ces deux générations.
En appui aux parents, dans une relation affective très riche,
les grands-parents sont des atouts forts pour les nouvelles
générations. Ils sont à la fois ce qui les enracine, les relie
au passé, ils témoignent de leur insertion longue au monde, de
leur capacité à assumer et aimer la vie ; leur amour
inconditionnel et gratuit est un cadeau structurant et
sécurisant. La cellule familiale est élargie, donc plus répartie
sur des personnes unies dans le même désir de vie pour
l’enfant lui assurant ainsi une sécurité plus grande.
En 2004 nous avons avec le MMM France réalisé une enquête auprès
des parents et des grands-parents sur leurs rôles respectifs
dans la famille, dans la société et en Europe. Nous avons été
très heureux de constater sur environ 1200 réponses de GP que
93% d’entre eux désiraient contribuer à la construction de
l’Europe. Beaucoup, faisaient allusion à la PAIX. Nous avons
vécu la guerre que n’ont pas connue leurs parents et nous sommes
particulièrement attachés à promouvoir tout ce qui peut
favoriser et permettre cette paix.
Nous sommes donc mobilisés dans notre association pour militer
en ce sens. Nous avons organisé des visites variées pour les
grands-parents accompagnés de leurs petits enfants au Parlement
Européen où nous avons été reçus par un député et avons pu
assister à une séance, nous sommes allés visiter la maison de
Jean Monnet, nous sommes allés en nombre à Bruxelles, etc.
Chaque famille selon ses habitudes peut être un vecteur
d’approfondissement des connaissances des plus jeunes. Quelques
uns utilisent des « trucs », petits déjeuners ou repas
traditionnels d’un pays sont proposés lors d’un séjour, des
commentaires, des vues de carte postale, un jeu avec des
drapeaux à reconnaître, des puzzles etc. permettent de
parler de ce que la paix a apporté à chacun.
La paix qui passe
par l’Europe est un des aspects que nous pouvons utilement
proposer à leur réflexion. La paix en famille est encore
beaucoup plus importante. A certains moments favorables nous
sentons que nos petits enfants sont prêts, après un incident
fraternel ou scolaire à débattre de ce sujet avec nous.
Médiateurs de disputes, à l’écoute de leurs réactions, nous
pouvons quelques fois les amener à réfléchir, à comprendre la
destruction relationnelle que l’on peut éviter. Les parents qui
vivent une époque mouvementée, n’ont pas que les querelles des
frères et sœurs à vivre, ils ont les leurs propres, que les
enfants généralement ne comprennent pas, qui les effrayent.
Nous sommes particulièrement motivés pour essayer de promouvoir
plus largement dans nos familles des relations de paix. A
l’heure d’aujourd’hui, où l’instabilité des couples s’est
installée, nous tentons d’offrir un socle familial plus apaisé
et nous nous engageons très largement dans votre
démarche du respect de l’autre, de son accueil, pour la paix et
le progrès de notre fraternité humaine. Les
rivalités tuent, nous avons à nous employer à les apaiser.
La vie de nos enfants et de nos petits enfants est notre désir
le plus fort, plus précieuse que la nôtre, elle est notre futur.
Notre génération passe le flambeau de la vie, en
priorité.
Témoignages :
modérateur Isabelle de
RAMBUTEAU
Madame
Rosario de ORAA, présidente d’Accion
Familiar – Espagne.
" Quand la famille est
structurée et les mères aidées, on se trouve dans la meilleure
situation pour résoudre les problèmes..."
Rosario dirige une très
grosse association espagnole « Accion Familiar » active depuis
30 ans et membre du MMM. Elle a créé une fondation qui a
une chaire familiale à l’université : l’observatoire national de
la famille.
Au travers des travaux
menés depuis 28 ans, nous constatons qu’en Europe et plus
particulièrement en Espagne, la plupart des problèmes posés dans
l’éducation des enfants sont résolus quand la famille est stable
et que les parents prennent du temps pour leurs enfants, pour
les éduquer, trouver des solutions et faire d’eux des adultes
compétents.
La chair que nous avons fondée à l’université de Madrid depuis 4
ans connaît un vif succès ; le nombre des étudiants a plus que
doublé. Il s’agit de faire connaître la valeur de la
famille comme lieu de structuration, d’apprentissage de
l’harmonie. Quand la famille est structurée et les mères aidées,
on se trouve dans la meilleure situation pour résoudre les
problèmes. Ainsi un rapport qui a étudié l’échec scolaire a
montré que celui-ci n’était que très faiblement lié au nombre
d’élèves dans la classe ou à la qualité de l’école et de ses
enseignants mais qu’il résultait très directement de la
situation familiale. Dans la famille, l’harmonie, la
disponibilité, la stabilité et l’écoute sont les contrepoids de
cet échec.
L’observatoire travaille de manière totalement indépendante, il
fait découvrir la valeur de la famille. L’intérêt pour la
famille se développe quand on comprend à quel point la stabilité
familiale est importante pour le développement d’un peuple. Il
est certain que toute aide apportée à la famille contribue à sa
stabilité, d’où l’importance de développer une politique
familiale.
Madame Gwénola
DUBRULE, animatrice
d’éducation affective et sexuelle – France.Il
est essentiel de préparer les jeunes à la vie affective et
sexuelle, d’aider les filles à connaître leur corps et ses
rythmes, d’aider les garçons à maîtriser leurs pulsions et à
comprendre ce qui se passe dans leur corps et dans leur coeur.
C’est la mission que se fixent les animateurs Teen Star auprès
des jeunes dans les établissements scolaires où ils sont invités
à dialoguer avec eux.
Monsieur et madame d’AUDIFFRET,
présidents de Cap mariage – France
"Les mères savent combien sont importants une relation stable du
couple et un lien familial stable"
Ils oeuvrent à la
préparation de la vie conjugale dans un cadre républicain
aconfessionnel.
Comme vient de le dire Madame de VAUBLANC, s’engager en couple
pour durer c’est très important pour toutes les mères du
monde. L’union civile des parents est à la base du lien
familial et social. Or, dans beaucoup de pays en Europe, la
relation conjugale est de plus en plus fragile ce qui compromet
l’éducation des enfants, conduit souvent à la violence et à
l’échec scolaire. Il y a bien 276 000 mariages par an en France
mais 150 000 divorces avec une progression de plus en plus
rapide. Toutes ces ruptures de couple ont de graves conséquences
sur les parents et sur les enfants : violences diverses,
précarité, problèmes psychologiques, échec scolaire.
Les mères savent combien sont importants une relation stable du
couple et un lien familial stable.
« Quand les parents vont bien les enfants vont mieux ».
Comment éviter les violences conjugales, les mariages forcés,
les ruptures ?
A Cap mariage, nous informons sur les articles de la loi
française, sur les droits et les devoirs réciproques des
époux pour qu’ils sachent à quoi ils s’engagent. Nous leur
donnons des outils pour mieux communiquer et pour
s’entendre sur leurs différences sociales, culturelles et les
différences entre l’homme et la femme.
Nous faisons avec eux un travail sur la cérémonie et sur
les conditions d’un couple fraternel, démocratique, libre,
stable dans la durée.
Notre souhait : qu’une préparation au mariage civil soit assurée
par les collectivités locales.
Notre association est active dans 8 départements ; il y a
4 à 10 animateurs par département. Nous rencontrons chaque
couple au cours de 2 soirées consacrées à l’étude des
articles du code civil, à l’importance de la
communication, à l’importance de la vie de couple et du temps
passé ensemble, de la construction jamais terminée.
Site : capmariage.asso.fr
Madame
Charlotte MARCHANDISE FAJARDO
: coprésidente des Doulas de France
"Quand une mère accouche, je lui renvoie une image de capacité
qui lui permet de renvoyer à l’enfant cette image positive et
compétente".
Une maman au service des
mamans au moment où elles deviennent mamans.
Merci beaucoup pour l’invitation. On reboucle la boucle. Les
femmes vont être là pour accompagner leur enfant vers la paix.
Quand une femme devient mère, c’est un bouleversement inouï et
des émotions pour chacun dans sa famille. La façon dont cette
femme va être entourée, l’image qu’on va lui renvoyer vont jouer
un rôle prédominant dans la façon dont elle va s’occuper de son
enfant, construire sa famille.
La prise en charge de la future mère est fragmentée, les examens
multipliés, la capacité de la femme à être mère est mise en
doute. Après des accouchements parfois très difficiles et
seulement 3 jours en maternité, la femme ressent un grand vide
affectif, bien souvent les grands parents sont absents
Les doulas sont apparues partout dans le monde reprenant une
fonction ancestrale de présence à côté de la femme qui accouche
et de la sage-femme.
Moi-même, quand j’ai eu ma fille j’ai été très seule, j’ai
rencontré des femmes qui m’ont aidée et des sages-femmes
formidables. J’ai décidé de créer les Doulas de France et je me
sens deux fois maman auprès de mon enfant et auprès
d’autres mamans. C’est un métier qui est reconnu par les
parents, à la demande des parents, pour répondre à leur appel,
être à leur service, être là pour eux, pour les écouter.
On peut partager ça dans les familles, dans les quartiers. Avec
l’association, on organise des journées où on se réunit
pour voir ensemble ce qu’on peut faire.
Quand une mère accouche, je fais confiance à la maman, je me dis
qu’elle est compétente, je prends soin d’elle ; ainsi je lui
renvoie une image de capacité qui lui permet de renvoyer à
l’enfant cette image positive et compétente.
Comment bâtir la paix dans l’adversité...
Pauvreté,
violences, déscolarisation, exil, séparations, drogue...
Madame
Latéfa
BELAROUCI
anime cette table ronde n°2. Elle
évoque son expérience auprès des femmes algériennes actrices de
paix dans un environnement de violence et d’insécurité.
"Beaucoup de mères algériennes ont été directement
confrontées au terrorisme et aux catastrophes qui ont touché
leur pays, elles sont les premières à réagir, à porter
secours ; elles ne s’enfuient pas..."
Psychologue
clinicienne, elle poursuit, à la fois en France et en Algérie,
une carrière consacrée à la prise en charge psychologique des
femmes et des enfants en cas de crise grave. Actuellement, elle
intervient dans le programme « promotion de la santé mentale des
0-3 ans confrontés à la précarité » dans le cadre de la mairie
d’Aubervilliers.
La mère
est la première personne que l’enfant découvre dès avant sa
naissance, c’est en elle et à travers elle que va se construire
sa confiance en soi, l’estime de soi et le sentiment d’identité.
Les relations précoces mère-enfant constituent un élément
fondamental dans le processus de reconstruction de l’enfant
traumatisé.
Les
mamans que j’ai rencontrées n’ont pas eu de formation, c’est le
lien qui les lie à leurs enfants qui leur a permis de leur
offrir une structure rassurante, enveloppante étayante qui
les aidera dans les situations extrêmes.
Le
secret des mères algériennes réside tout simplement dans leur
présence, leur disponibilité physique ; sans le savoir ces mères
ont offert le monde à leurs enfants.
Beaucoup de mères algériennes ont été directement confrontées au
terrorisme et aux catastrophes qui ont touché leur pays, elles
sont les premières à réagir, à appeler à l’aide, à porter
secours ; elles ne s’enfuient pas.
Des
exemples sont cités par Latéfa.
On
parle des victimes des terroristes mais il faut aussi parler des
mères et des épouses de terroristes qui dans les maquis, dans
des conditions de vie extrêmement précaires protégeaient les
enfants, les femmes des terroristes morts ou arrêtés. Elles ont
reconstruit dans ces maquis les modes de vie communautaire
malgré le danger et la mort. Comment ont-elles pu continuer à
vivre ? Elles ne sont pas allées à l’école mais ont eu, dans
leur enfance, des liens profonds avec leur propre mère dont
elles ont reçu des éléments de culture tels que le sens de la
vie communautaire, le respect, la justice, la mémoire,
l’accompagnement familial, qu’elles cherchent, à leur tour, à
reproduire et qui constituent des éléments de reconstruction.
Importance de la langue parlée qui permet d’accompagner
l’enfant.
Comment aider les mamans à aller jusqu’au bout ? Elles doivent
être accompagnées dans leur fonction parentale ; il faut
nommer l’injustice et travailler la mémoire.
Pendant la guerre d’indépendance, les femmes ont pris les armes,
elles ont servi d’agents de liaison, elles étaient sorties de
chez elles et avaient participé à ce mouvement. Après, elles ont
été sommées de rentrer chez elles par les institutions ;
il aurait probablement mieux valu qu’elles restent « dehors »
pour poursuivre leur action.
Pour bâtir la paix, il faut comprendre le passé pour qu’il ne se
reproduise pas.
Je
conclurai par ce proverbe chinois : « C’est dans les semences
d’aujourd’hui que jailliront les pousses de demain. »
Latéfa introduit Pauline MUANZA qui va montrer comment,
malgré les pires difficultés économiques les obligeant à se
battre pour
assurer la nourriture
quotidienne de leur famille, des mères parviennent à être
actives pour la paix en développant de grandes
solidarités de proximité.
Intervention de
Madame Pauline MUANZA
"la mère congolaise, au
comble de la misère, s’est réveillée a pris conscience de la
situation et s’est engagée dans la lutte...Notre action a été
fondée sur des vertus de l'amour."
Originaire de la
République Démocratique du Congo. Veuve, elle est
journaliste.
Distingués
invités, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
C’est un grand honneur pour moi de m’adresser du haut de cette
tribune à votre auguste assemblée, à l’occasion du 60ème
anniversaire du Mouvement Mondial des Mères.
L’organisation de ces assises constitue pour moi, une
démonstration de la détermination qui a toujours caractérisé les
mères dans l’effort de recherche des voies et moyens pour la
protection efficace de la famille, cellule de base de la société
humaine. Je vous remercie de tout cœur de cette opportunité
que vous m’offrez.
Je suis originaire de la République Démocratique du Congo. Un
grand pays situé presque au cœur de l’Afrique. Avec une
superficie de 2 345 000 Km2, il représente 80 fois la
Belgique. Sa population composée de plusieurs ethnies, faute de
données fiables, est estimée à 60 millions d’habitants. Ancienne
colonie belge devenue indépendante il y a 47 ans, certains
experts et chercheurs on dit que la République Démocratique du
Congo était un paradis.
En effet la RDC
est un pays riche en tout : terres fertiles, cours d’eau,
sources naturelles, faune et flore avec des espèces rares
qu’on ne trouve parfois nulle part ailleurs au monde. Le
sous-sol congolais est riche en minerais : or, diamant,
gaz naturel, cuivre, uranium, pétrole etc.… le pays est très
riche avec des potentialités énormes.
Mais comment comprendre qu’à ce jour la RDC se retrouve au rang
des pays pauvres très endettés ? Comment expliquer que sa
population vive dans une extrême pauvreté quasi permanente ?
Comme vous le savez certainement, la mise en place dans notre
pays des institutions de la 3ème république,
constitue pour les congolais une étape importante de leur
histoire. Sa consolidation nécessite une mobilisation de toutes
les ressources au profit de la construction d’une culture de la
démocratie, de la justice, de la liberté et de la paix, facteurs
incontournables pour tout développement que doivent sous
entendre la libération de la créativité, l’émergence
d’institutions politiques stables, la bonne gouvernance, en plus
du respect des droits humains.
Je vous informe par ailleurs que la création d’un ministère
autonome de la condition féminine et famille démontre la volonté
de la nation congolaise dont je fais partie de valoriser et de
promouvoir malgré l’extrême pauvreté du peuple, la cellule mère
qu’est la famille avec ses composantes notamment la femme et
l’enfant.
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, loin de moi l’idée de
faire un exposé scientifique sur un sujet aussi vaste, complexe
et multisectoriel qu’est la pauvreté qui touche à plus de trois
quart de la population congolaise.
En dépit de
potentialité des richesses naturelles, minières, forestières,
cette population dis-je ne bénéficie nullement de ces
ressources naturelles ; elle vit dans une pauvreté qui nécessite
le secours de la communauté internationale pour souffler
un tant soit peu. Sinon, je profite de cette occasion pour
partager avec vous une expérience vraie, réelle. Comment les
mères se sont prises en charge pour survivre ? Comment
travaillent-elles tout en défiant cette pauvreté permanente ? Où
se trouve leur secret ? Certains parmi vous, serez peut-être
choqués par des faits combien pénibles qu’ils entendront mais
croyez-moi c’est sans commentaire.
Pour votre
mémoire, 5 ans après l’accession du pays à l’indépendance en
1960 un régime dictatorial s’installe : la deuxième république.
Pendant près de 30 ans, la population assiste à sa paupérisation
au profit d’une classe des nantis et colons étrangers. Puis
viennent 7 années de guerres d’agression de la part des voisins
de la RDC attirés par les richesses minières. Une période de
transition succède aux guerres. Pendant la transition, les
belligérants acceptent de déposer les armes après de
difficiles négociations initiées par la communauté
internationale. Cette situation politique sombre a plongé le
peuple congolais dans une misère noire.
Pour être plus
concrète, je prendrai pour exemple le cas d’un fonctionnaire d’Etat
en RDC. Son salaire ne dépasse pas les 50 dollars par mois pour
le mieux payé. Ce salaire de misère ne lui permet ni de payer
son loyer, ni de nourrir sa famille qui en moyenne compte plus
de 5 personnes ; sans compter les autres charges, comme les
soins de santé, les transports ou les frais scolaires de ses
enfants.
Une bonne partie de la population vit en milieu rurale. Là, il
n’existe ni industrie, ni société digne de ce nom. Les quelques
emplois donnés par l’Etat ou par quelques particuliers ne
touchent pas le tiers de la population. Les femmes et leurs
enfants sont les plus touchés car ils représentent la moitié de
l’ensemble de la population. La misère a donné naissance à des
pratiques à peine croyables. Tenez :
Ø Une
mère de famille s’arrange pour nourrir les enfants de façon
alternative. Si deux enfants mangent aujourd’hui, le jour
suivant c’est le tour de deux autres, ceux qui avaient mangé le
lundi par exemple attendront le mercredi pour avoir encore
une nourriture solide. Le mardi ils se contentent d’eau sucrée
ou d’un peu de riz blanc mélangé à un peu d’huile.
ØAutre
exemple vrai : dans une contrée de la province du KASAÏ
ORIENTALE où notre association la fondation BOAZ exerce son
activité, il y a un proverbe populaire qui a surnommé la viande
- je traduis littéralement - « La viande est un fils étranger
chez nous » là, les familles ne peuvent goûter la viande
que les jours de fête. A la Noël ou le jour de nouvel an, la vie
est tellement chère qu’il faut être riche pour s’accorder le
luxe d’acheter un morceau de viande.
Pour ceux parmi nous qui désirent en savoir plus,
notamment comment s’effectuent les pillages de richesses
minières de la RDC, comment le butin est partagé, nous
avons avec nous ici les rapports des ONG nationales
et internationales, de l’ONU, de parlementaires congolais. Ces
rapports citent même des personnes nommément.
Ainsi la population s’est retrouvée comme prise au
tenaille, dans un engrenage on ne peut plus diabolique lié dans
les chaînes de colons, de la communauté internationale, des
richards nationaux, le peuple souffre gémit, périt sans espoir.
Comme un homme qui a dormi, un héros qu’a subjugué le vin, la
femme congolaise, au comble de la misère, s’est réveillée a pris
conscience de la situation et s’est engagée dans la lutte.
La FB après avoir plusieurs fois rassemblé et motivé les mères a
fait ce constat, notre constat avec toutes les mères de la
base a été le suivant :
Ø
Devant nous se dressent les portes
fermées ; personne n’est disposé à nous aider.
Ø
Plus on parle développement, plus nous
voyons la destruction.
Ø
Nous avons les droits de vivre comme
eux. Notre action a été fondée sur des
vertus chrétiennes d’amour.
Aucune
raison de désespérer
La société évolue ; le
travail humain est imparfait. Ce que les autres ont fait à la
hâte, nous pouvons le faire de manière plus performante. Même
les grandes découvertes peuvent être remises en question.
Dans l’agriculture par exemple, nous avons toujours utilisé le
compost (engrais naturels). Pendant que les autres utilisent les
engrais chimiques, croyant mieux faire, il est évident
aujourd’hui que les cultures faites avec les composés naturels
sont les meilleures pour notre santé. Les OGM sont remis en
question. Donc pour nous pas de peur, pas de raison de
désespérer.
Travailler sans haine
Nous considérons que les pilleurs, les vendeurs de
guerre, les riches qui le sont avec les mains sales, ne sont pas
des modèles à suivre. Apparemment dans le bonheur, en réalité
ils vivent avec leurs consciences chargées. Ils ne sont pas plus
heureux que nous. Ils vivent, il est vrai, dans
l’abondance et la luxure dans des villas luxueuses, mais
la mère congolaise entourée de ses enfants autour d’un plat de
FUFU chaud est plus heureuse quand son cœur connaît la paix.
Utiliser le théâtre populaire et le griot pour véhiculer
le message clés
Toute notre philosophie a été traduite parfois par une
pièce de théâtre populaire ou par les cris d’un griot.
Voici un exemple : dans le territoire de TSHIKAPA, la FB a
constaté entre 2000 et 2003 un mouvement malsain d’entraînement
à la prostitution de jeunes filles et même de femmes mariées par
les creuseurs de diamants. Ils se payaient des motocyclettes et
impressionnaient la population en passant pour de grands riches.
Pour les arrêter, il a suffit d’une petite phrase d’un griot
pour que le mouvement s’arrête et qu’ils soient méprisés « TUFUA
TSHINI ?» c’est la petite phrase qui disait tout. Une question
posée : à chacun de répondre. Littéralement « TUFUA TSHINI »
veux dire : tu veux nous étonner avec quoi ? Avec la moto ?
Et les gens de répondre, il n’y a pas seulement la moto, il y a
aussi le SIDA ou le sang des innocents qu’on a sacrifiés etc.
Créer des stratégies de sauvegarde, de persuasion et en
nous rassemblant peser dans la balance et retrouver l’équilibre
Dans un environnement hostile, post guerre, dans un pays
où le viol est utilisé comme une arme de guerre contre les
femmes et les enfants par des bandes armées encore
opérationnelles à ce jour nous sommes encore dans la souffrance.
Celui qui veut périr n’étend-il pas les mains ? Celui qui est
dans le malheur n’implore-t-il pas de secours ? Si.
Nous prions et nous cherchons le secours des gens de bonne
volonté. Mais en même temps, nous travaillons sans relâche
enracinés dans les vertus chrétiennes d’amour. Nous ne nous
présenterons pas les mains vides, nous femmes du peuple sans
grande instruction, femmes ordinaires, femmes de la base, femmes
rurales au rendez-vous des nations.
Qui pourra nous contredire, car notre travail, notre expérience
a porté des fruits. Les mères congolaises, bravant toutes sortes
des difficultés, méprisant l’extrême pauvreté attachée à nous,
nous avons aidé nos enfants à étudier, à terminer les études
universitaires, nous avons vendu même nos habits ; au risque de
notre vie parfois sur des bateaux de fortune ou assises dans un
camion sur des sacs de cossettes de maniocs, nous avons
été à l’œuvre jour et nuit pour trouver de l’argent et subvenir
aux besoins de nos familles. Nous avons soutenu nos
maris au chômage.
Nous sommes fières d’avoir bien ciblé l’objectif :
l’investissement humain, ressource irremplaçable. Nous avons
donné au monde entier des jeunes cadres, médecins, ingénieurs,
pharmaciens, infirmiers qui rendent d’appréciables services en
Europe, en Afrique, en Amérique, dans tous les continents.
Ces jeunes ont pu étudier grâce au travail de leurs mères. Ils
ont survécu grâce à l’amour de leurs mères.
Notre pauvreté extrême n’a pas manqué de produire de grandes
richesses (que représentent les jeunes cadres congolais dans le
monde).
Seules, femmes simples, mais capables de grandes choses
contrairement à ce que l’on croit, le fruit de notre dur labeur
est là, et nous en sommes fières. Nos fils et nos filles à
l’étranger contribuent grandement à l’économie de notre pays, Le
WESTERN UNION a donné des chiffres fort encourageants sur les
montants d’argent envoyés par les immigrés dans leur pays
d’origine. Autant dire que nos cœurs sont pleins de joie et
d’espoir.
Je ne saurai
terminer mon propos sans réitérer mes remerciements les plus
sincères pour cette invitation et surtout pour l’intérêt que
vous n’avez jamais cessé de manifester à la mère. Au nom
de toutes les mères de la RDC, je vous dis merci du fond de mon
cœur. Que Dieu bénisse le MMM et tous les participants à ces
congrès.
Latéfa remercie Pauline et donne la parole à Philip BISWAS qui
va parler du défi que représente la scolarisation des petites
filles
dans son pays.
Intervention
de Monsieur Philip BISWAS
Bangladais,
marié, 2 fils. Directeur du Rural Reconstruction Foundation,
organisme à but non lucratif et apolitique qui s’est fixé comme
objectif, grâce à la formation, de promouvoir les populations
rurales et urbaines jeunes et âgées les plus défavorisées
Mesdames,
Messieurs,
Permettez-moi, au titre de Directeur Exécutif
de la RRF Fondation Pour La
Reconstruction Rurale
Jessore,
au Bengladesh, de partager avec vous mon expérience sur le
thème : « la scolarisation des petites filles, un défi à
relever ». Mon expérience s’appuie essentiellement sur la mise
en œuvre de différents projets réalisés par la RRF depuis 1982.
La RRF est une ONG créée en 1982 dont l’objectif est de
promouvoir l’autonomie socio-économique de la population
déshéritée du Bengladesh.
Avec plus de 140 millions d’habitants pour une densité de 1150h
/km², le Bengladesh est le pays le plus peuplé de la planète. Un
Bangladeshi sur deux, soit 65 millions de personnes, vit en
dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Un
sur quatre vit démuni de tout. Malgré d’importants progrès dans
l’éradication de la pauvreté, la misère affecte encore 20 à 25%
de la population, menaçant sérieusement la croissance, la
justice et la sécurité.
Le Bengladesh scolarise environ 19 millions d’enfants en
primaire (âgés de 6 à 10 ans). Les inscriptions dans le
primaire et les premières années du secondaire, particulièrement
celles des petites filles, ont augmenté avec succès
au cours des dernières décennies. Ce résultat est du aux efforts
énormes fournis et à la mise en place de la politique du
respect de la parité. Malgré ces progrès, on estime que
l’enseignement primaire public n’atteint toujours pas une partie
de la population d’enfants en âge d’être scolarisée s’élevant
entre 3 à 4 millions (soit 15%). Ces enfants sont en majorité
trop pauvres, rejetés, ou privés d’une façon ou d’une autre d’un
accès au système scolaire.
On n’a pas encore réussi à mettre en place le droit à
l’éducation primaire pour tous au Bengladesh, bien qu’il y
ait une nette amélioration des mesures prises dans ce domaine
depuis l’indépendance. RRF est convaincue que sans l’éducation
pour tous, la génération future est condamnée à rester embourbée
dans la pauvreté, l’ignorance ainsi que la dépendance ;
l’ensemble de la société en souffrira socialement et
économiquement. Pour assurer un meilleur avenir, RRF
continue à investir des fonds destinés à l’éducation des mères
et des enfants vivant dans des conditions précaires.
Parrainage
dans le domaine de l’éducation :
Le programme de l’éducation
pour les enfants défavorisés des régions rurales est l’un
des programmes à développement rapide porteur de promesses. Mis
en place par le Christian Child Care International canadien
depuis 1998, il concerne actuellement 4 100 enfants
pauvres d’origine rurale ou urbaine. Par ce programme, ils
ont accès à différentes aides : bourses, habillement, livres,
cartables, nourriture…
Etant donné la situation des petites filles, personnes les plus
négligées et lésées de la communauté, il a été défini une
priorité toute particulière concernant leur éducation. Les
parents privilégient l’éducation des garçons en raison de
l’ignorance de l’importance de l’éducation dispensée à la petite
fille .L’ignorance des parents est également la source de
discriminations envers les petites filles qui sont souvent
considérées comme des handicapes par la famille et la
communauté. Le parrainage RRF assure aux petites filles
éducation et protection au moins jusqu ’aux études secondaires.
Programme alimentaire dans le cadre
scolaire :
RRF a introduit un
programme alimentaire dans le cadre scolaire pour les
raisons suivantes :
-
amélioration de l’alimentation
des enfants (quelles que soient leurs capacités intellectuelles)
-
augmentation de la présence à
l’école et limitation du taux d’absence.
Ce projet couvre 3000 écoles primaires et a fourni des biscuits
protéinés à 317 000 enfants sur une durée de 4 ans. Ce programme
a atteint ses objectifs, à savoir : l’inscription des
petites filles, l’assiduité et l’attention en classe et la
résolution de problèmes alimentaires.
Travail
informel pour les enfants :
Les enfants qui travaillent forment un des groupes majoritaire
exclus de l’éducation officielle.
Il y a approximativement 5 millions d’enfants travaillant au
Bengladesh dont la majorité dans le secteur informel. Bien qu’il
y en ait plus dans le secteur rural, il y a 1,1 millions de
garçons et 0,4 million de filles travaillant en ville. Le taux
d’inscription des enfants des bidonvilles est nettement
inférieur à celui des enfants des zones rurales : il est environ
de 60% et plus de 30% des enfants en âge d’être scolarisés
n’ont jamais été inscrits à l’école. Cette situation est due à
une extrême pauvreté ; les parents ne peuvent ni les nourrir, ni
les habiller, ni payer les frais de scolarité ou acheter le
matériel scolaire…Les enfants surveillent les troupeaux ou
sont employés dans les maisons patriciennes.
RRF a mis en place un programme d’éducation scolaire privé
afin que les enfants puissent avoir accès à l’éducation. (Mise à
disposition d’enseignants, de matériel, de nourriture, de
fournitures…) la communauté a aménagé des maisons dans les
villages les gère et les contrôle. Les enfants y apprennent non
seulement la lecture le calcul et l’écriture, mais aussi le
dessin le chant, la danse, la poésie et le théâtre…
Education des
adultes :
Il existe encore une
discrimination des genres, une infériorité et une privation des
droits persistantes envers les filles et les femmes : la
preuve en est le taux de mortalité maternelle élevé et le taux
d’alphabétisation très bas, celui des hommes est de 56% contre
43% pour les femmes.
La plupart des femmes sont illettrées, elles ne peuvent ni lire,
ni écrire, ni compter : que peuvent recevoir famille,
communauté et nation de la part d’une mère analphabète ?
La RRF a aménagé des centres d’éducation pour elles afin de leur
enseigner lecture, calcul et écriture. Tout est
fourni et au bout de 9 mois, les femmes maîtrisent ces 3
disciplines de façon modeste.
A la suite du constat de cette situation, nous avons mis en
place 800 centres d’éducation pour adultes, hommes et femmes, où
ils peuvent acquérir une connaissance basique les aidant à gérer
leur activité quotidienne.
Micro crédit
pour les familles déshéritées :
En raison de leur situation
économique et sociale précaire, les familles pauvres n’ont
pas les moyens de scolariser leurs enfants. Elles vivent au jour
le jour et n’ont aucune garantie du renouvellement de leur
travail quotidien. Si on leur en donne l’opportunité, elles
peuvent contribuer de façon significative au développement de
leur pays. Leur souhait est d’exercer une activité lucrative,
mais comme elles ne possèdent pas de capital et n’ont pas accès
au crédit, elles sont condamnées à l’inactivité et sont
sous-employées. RRF a regroupé 134 000 familles et distribué des
salaires à 102 000 familles d’un montant de 14.28 millions de
dollars en échange d’activité économique productive. L’objectif
est de faciliter l’accès au crédit, augmenter les revenus et les
droits
afin de leur permettre de
dépenser de l’argent pour l’éducation de leurs enfants. La
plupart ont relevé ce défi avec succès et sont devenus fiables
et crédibles sur les plans économique et social.
Résultats obtenus :
Mise en place de l’accès au
crédit,Implantation de la culture de l’épargne,Augmentation des
revenus pour les familles, Renforcement des capacites des
femmes, Acquisition de la confiance en soi et d’une certaine
autonomie, Valorisation de l’existence d’une dignité sociale.
Etapes à
franchir pour garantir la scolarisation des petites filles :
- Susciter une
prise de conscience chez les parents, dans la cellule
familiale, parmi les leaders religieux et les membres de la
communauté.
- Soutenir les
familles pauvres par l’accès au crédit afin de leur
permettre d’exercer une activité productive et donc de
répondre aux charges scolaires.
- Proposer une
formation sur l’importance de la scolarisation pour les
petites filles aux parents, aux responsables locaux et
particulièrement au clergé.
- Améliorer les
installations sanitaires des écoles : séparation des
toilettes pour filles.
- Fournir un
repas/déjeuner dans les établissements afin de nourrir les
enfants qui ont faim.
- Aménager
l’environnement scolaire en fonction des enfants
(bâtiments confortables, quantité de bancs et de chaises
suffisante, sanitaires).
- Eviter les
punitions dans le cadre scolaire.
- Embaucher un
personnel suffisamment qualifié dans les écoles.
Latéfa remercie Philip BISWAS et introduit Marie Gladys
BUSSE qui va parler du rôle des mères face à l’enjeu de l’exil.
Intervention
de Marie Gladys BUSSE
Péruvienne
résidente en Belgique, psychologue clinicienne et thérapeute
d’orientation analytique et systémique, membre de l’équipe de
direction en tant que coordinatrice clinique du Centre Exil -
Centre Médico -psychosocial pour réfugiés et victimes de
tortures fondé en 1976 - elle a fait des recherches sur le
traumatisme, l’exil et la résilience
Bien que la migration fasse partie de l’histoire de l’humanité
(Moïses va chercher la terre promise ; Manco Capac et Mama Ocllo
chez les Inca aussi), l’exil a une présence moins
constructive dans l’histoire. Chez les grecs, l‘ostracisme
était la punition majeure que l’on pouvait donner à quelqu’un.
Dans l’histoire actuelle, l’exil fait partie du panorama
politique et social quotidien. Au Pérou, les habitants de
villages entiers ont quitté leur terre pour se déplacer à Lima,
la capitale, suite à la violence terroriste des années 80.
En Belgique, nombreux sont ceux qui arrivent après un
parcours traumatique pour demander l’asile.
Depuis plusieurs années, je travaille comme thérapeute au Centre
Exil en Belgique auprès de femmes exilées. Ce que je vais vous
présenter a été travaillé et formalisé au sein de notre
équipe.
Exil est un centre de santé mentale pour réfugiés. Il a
été fondé il y a 30 ans par des réfugiés latino-americains sous
le nom de Colat (Collectif latino-americain de travail
psychosocial) et, plus tard, il est devenu Exil. Ses
portes se sont alors ouvertes aux victimes des autres
continents. L’attention que nous donnons est
pluridisciplinaire et multiculturelle (nous sommes nombreux dans
l’équipe de travail à venir d’ailleurs). Les axes de
travail sont : la reconstitution des liens familiaux,
communautaires et sociaux et le soutien aux processus
d’intégration en Belgique. Ce travail se réalise au sein
d’espaces très variés : la consultation individuelle, les
groupes de parole et d’entraide, les ateliers créatifs et les
stages résidentiels.
Dans ma pratique quotidienne, je retrouve des femmes qui ont
quitté leur pays pour se réfugier en Belgique. Ce sont des
femmes qui ont subi des violences et qui se retrouvent en
Belgique tout à fait démunies de leurs repères, déracinées et
sans ressources personnelles.
Les femmes et les mères que j’accueille arrivent après un
processus traumatique qui a commencé dans leurs pays d’origine
et qui continue ici en Belgique. Les traces laissées par
cette migration forcée sont : la méfiance, la perte des repères,
l’arrêt du temps et l’enkystement des mécanismes qui les ont
aidées à survivre.
Cependant, ce qui me frappe toujours, c’est leur capacité de vie
et de surmonter l’adversité. Cette vitalité, qui est
derrière leur grande souffrance, peut jaillir quand le contexte
le facilite.
La question se pose de savoir ce qui permet ce rebondissement ?
Ce rebondissement peut se faire selon notre expérience grâce à 3
piliers :
- la trace laissée par un lien sécurisant dans la petite enfance
de la mère,
- les possibilités de la mère de se voir entourée et de sentir
qu’elle appartient à un groupe social,
- finalement, grâce à la possibilité qu’elle aura d’échanger
avec des autres mères sur ses représentations, sur les enfants,
la famille, le couple…
Je
vais vous présenter, à partir de 4 exemples, les capacités et
les difficultés de certaines mères avec leurs enfants face à
l’enjeu de l’exil.
-
La mère « résistance résiliente » avec
la bientraitance conservée
Madame E. arrive au Centre pour demander de l’aide pour elle et
conseil en rapport à sa petite fille âgée de 6 ans. Elle
nous dit se sentir triste, sans forces ni envie de faire quoi
que ce soit. Elle nous dit aussi que dans le cours de
néerlandais qu’elle suit elle n’arrive pas à se concentrer, ni à
participer au groupe. Elle nous demande aussi ce qu’elle peut
faire pour sa fille, car la petite n’arrive pas à s’intégrer à
l’école.
Avec le travail thérapeutique, madame a pu donner sens à ses
sentiments en relation avec son parcours traumatique
(emprisonnement du mari, viol, fuite de son pays…) mais aussi
mettre en rapport ses propres difficultés avec celles de sa
fille, ce que lui a permis d’être plus empathique avec la
petite. Pour la petite, rester à la maison auprès de maman
était une manière de protéger sa mère et de se protéger.
Madame a rassuré et a encouragé sa fille dans son processus de
séparation et son inscription à l’école.
Madame a pu facilement re-investir le monde social et a commencé
à participer au groupe de rencontres des femmes qei nous
organisons au sein de l’institution.
Ce premier
exemple montre la mère dont les compétences ont été bien
préservées malgré son parcours de vie difficile. La mère
est inquiète pour son enfant, elle pose des questions, demande
de l’aide, s’inscrit dans son entourage.
-
Les facteurs contextuels ont fragilisé la
bientraitance de la mère
Madame S. est envoyée par l’assistante sociale d’un centre
hospitalier où elle va se faire soigner. Dès le premier
entretien elle nous parle de la manière dont elle a changé
depuis qu’elle a quitté son pays. Avant nous disait-elle, « je
savais m’organiser avec les enfants, maintenant plus. Je
savais mettre les limites sans devoir taper mes enfants
maintenant, pour un rien je crie, je pleure, je tape ».
« Chez moi, quand on était surchargée, quelqu’un venait t’aider,
te soulager. Ici je n’ai personne ». Elle nous dit
aussi que sa petite âgée de 4 ans ne mange pas, dort très peu et
parle aussi très peu.
Nous avons écouté sa souffrance, la nostalgie de son pays et de
sa famille et son impuissance dans sa nouvelle situation.
Notre travail a consisté parallèlement à chercher avec madame S.
ses compétences dans son pays d’origine, c’est-à-dire ses
compétences personnelles, mais aussi celles de son entourage, à
explorer aussi quelles étaient les nouvelles compétences qu’elle
avait acquises depuis qu’elle était en Belgique Elle se
surprenait de ces acquisitions, elle n’avait pas réalisé qu’elle
avait appris des nouvelles formes d’agir.
Ce deuxième
exemple montre la mère qui a été compétente avant son parcours
traumatique et dont l’incompétence est transitoire en rapport à
la rupture de contexte. L’actualisation de ses ressources
se voit entravée par une dépression, un état de stress
post-traumatique ou un surmenage ou débordement. Ici une
intervention permet la récupération plus ou moins rapide des
compétences marentales.
-
Situation à risque de maltraitance de la
mère
Madame N. arrive au centre peu de temps avant d’accoucher.
Elle a été envoyée par le centre d’hébergement où elle habite.
Elle présente un état dépressif important ce qui l’a empêchée de
penser à son bébé. On a appris quelques séances plus tard
qu’elle avait aussi une autre fille de 6 ans de laquelle elle
ne dit rien.
Madame N. est soumise dans ses propres douleurs et les enfants
n’ont pas de place dans le psychisme de leur mère. Ce
manque de place se reflète dans le délaissement des enfants.
Notre intervention est en cours. Nous intervenons auprès
de la mère (on a appris que sa mère était morte quand elle avait
3 ans), du nouveau-né et de la petite fille.
Ce troisième
exemple montre le cas d’une mère qui a des comportements
inadéquats ainsi que des problèmes d’attachement et d’empathie
envers son enfant. Ici, les éléments contextuels ont réactivé
des blessures et des troubles historiques de la mère.
Dans ce cas-ci, une intervention spécialisée et pour la mère et
pour l’enfant s’avère nécessaire pour empêcher la chronicité des
troubles, pour favoriser l’épanouissement de la mère et le
développement de l’enfant.
-
Les situations de maltraitance de la mère
Madame L. est envoyée par le centre d’hébergement où elle
réside. Les travailleurs du centre ont observé qu’elle
négligeait ses 2 enfants, les tapait violemment et les menaçait
de les abandonner ou de se tuer. Nous avons appris que
ceci arrivait déjà avant la guerre dans leur pays.
Dans ce cas,
nous pouvons observer la présence d’une incompétence sévère,
chronique et probablement transgénérationelle. La mère n’a
pas pu assurer la bientraitance déjà avant les événements
tragiques. Un accompagnement intensif est nécessaire. Nous
pensons qu’il est nécessaire d’offrir à cette femme une approche
alternative qui consiste à créer autour d’elle un relais
éducatif pour palier ses déficiences et donner aux enfants la
possibilité de figures alternatives d’attachement.
Les capacités de la mère
J’aimerais souligner que le rôle de la mère dans les familles en
exil est très important : c’est souvent elle qui ouvre les
portes du nouveau monde.
Bien que le changement de rôle (passage de l’espace privé à
l’espace public) entraîne une souffrance non négligeable chez
les femmes, ce changement est pris et assumé par la femme. Ce
contact avec le nouveau monde lui permet de se sentir
renforcée dans ses capacités d’être médiatrice entre les deux
mondes et porte-parole des deux.
Avec sa capacité de protection elle a aussi la capacité de
demander de l’aide et de s’adresser aux autres.
Suggestions
concrètes pour agir dans la famille pour la paix :
1. Pour les mères
exilées : aller chercher les mères du quartier, de l’école.
2. Pour les mères du pays d’accueil : aller à la rencontre des
mères qui viennent d’arriver.
3. Pour les mères en général: organiser des groupes de rencontre
pour échanger, pour se soutenir, pour passer un moment agréable
ensemble.
4. Pour les intervenants sociaux : jouer la fonction de
médiation sociale et être facilitateurs du dialogue entre
migrants et habitants du pays d’accueil.
5. Pour les intervenants sociaux aussi : ne pas
regarder que l’incompétence, renforcer aussi les compétences
parentales et particulièrement les compétences marentales.
6. Pour nous tous : faciliter le processus de métissage entre la
richesse qu’apporte celui qui vient d’arriver et la richesse
qu’apporte celui qui habite le pays d’accueil.
Merci.
Latéfa remercie une fois
encore les différents intervenants dont les communications fort
intéressantes ont apporté à toutes des éléments de réflexion.
Témoignages :
modérateur Isabelle de RAMBUTEAU
Sophie C
raconte comment son fils, après son bac s’est mis à consommer de
plus en plus de mariruana alors qu’il était en classe
préparatoire confronté à des études très difficiles. Peu à peu
ses notes se sont terriblement dégradées et il continuait à
fumer. Il a fini par ne plus sortir de sa chambre. J’ai du
chercher de l’aide auprès de personnes, d’associations, de
médecins acceptant de venir discuter avec lui. Son comportement
se dégradait tellement que j’ai décidé de tout changer. Il
est allé vivre chez son père puis il est parti faire son service
militaire mais il n’a pas été gardé. Finalement, mes parents ont
accepté de le prendre chez eux, ils ont réussi à le faire
revenir dans la vie mais l’abus de mariruana l’a mené à
développer une spychose si grave qu’il a fallu l’hospitaliser
avec l’aide de son père. Mais il s’est sauvé de l’ambulance. Il
était complètement décalé, nous étions dans une immense
angoisse, nous l’avons finalement retrouvé chez ses autres
grands-parents (ce qui montre à quel point les liens
familiaux sont importants) et fait hospitaliser dans un hôpital
psychiatrique, ce qui était horrible pour nous, mais il s’en est
échappé. Quand nous avons rencontré le psychiatre il nous a dit
que notre enfant ne pourrait plus jamais mener une vie normale.
J’étais écrasée et l’ai repris à la maison. Aujourd’hui, il a 30
ans, il travaille il a repris ses études, il a une amie et je
comprends que c’est grâce à des ressources inépuissables et
totalement imprévisibles que j’ai réussi à le sauver avec l’aide
de tous ceux qui nous ont accompagnés .
Pascaline
CABOURET
Quand elle entendait parler de la drogue, elle ne se sentait pas
vraiment concernée jusqu’au jour où elle s’est informée grâce à
l’association « Enfance sans drogue » qui venait faire une
conférence dans le lycée de ses enfants. Ainsi, elle a compris
que les enfants drogués étaient des victimes, victimes d’un
environnement trop facile où « c’est bien vu de se droguer ». Le
seul moyen d’aider son enfant est de connaître le monde dans
lequel il vit et de l’écouter.
Comment parler de celà avec l’enfant ? J’ai été formée dans
l’association dans laquelle je travaille maintenant et qui
organise des sessions de 2 jours et se tient constamment au
courant des problèmes de drogue dans le monde. On repart
informée, il faut être bien informe car l’enfant abordera le
sujet dans la mesure où il a compris qu’on s’y intéresse
vraiment.
Site : esd.org
Isabelle
de RAMBUTEAU indique que les coordonnées de toutes les
associations membres du MMM peuvent être trouvées sur le site
MMM.
Caroline
BRUN Auteur de
« telle mère, telle fille », j’ai écrit ce livre dont la
première partie est consacrée à une expérience vécue. Je me suis
placée dans la position d’une fille voyant un de ses parents
partir « par la tête ». On est absolument pas prêt, on traverse
une période de doute, on est confronté au corps médical qui
s’enferme dans la technique et donne des adresses...Peu à peu,
on comprend que l’ancrage dans la vie normale ne peut pas
continuer. L’entrée dans une des maisons qu’il va falloir
envisager est bizarre...J’ai raconté comment on entre dans cette
démarche.
Ounissa
YAZID : présidente de
l’association « Handi Art ». Alors que tout allait bien – je
venais de créer mon école de danse - ma vie a basculé quand on
m’a annoncé que mes deux enfants étaient atteints d’une maladie
très rare - en France 15 cas - et n’avaient plus que 6 mois à
vivre. Comme j’enseignais la danse, école de courage et
d’énergie, jai continué.
Je refusais de mettre ma fille dans un fauteuil roulant et un
soir pour aller au cinéma, j’ai préféré la porter sur mon dos
..ma fille m’a dit « maman ça ne me dérange pas
d’être en fauteil, c’est toi que ça gène ». J’ai alors vraiment
pris conscience de ce monde du handicap et j’ai fondé
l’association et créé une comédie musicale avec des acteurs
handicapés mais personne ne voulait m’aider. J’ai donc organisé
des spectacles mettant en scène des valides et des invalides
ensemble, car c’est très important qu’il n’y ait pas de
discrimination ; finalement, j’ai pu monter dans ces conditions
ma comédie musicale.
Isabelle remercie Laeticia HALLYDAY qui a accepté de parrainer
ce congrès et qui est ambassadrice à l’UNICEF. Elle lui demande
de dire ce que c’est pour elle d’être maman.
Intervention de Laeticia HALLYDAY
Je suis vraiment
heureuse de participer à ce congrès et d’avoir entendu tous ces
témoignages. On s’aperçoit que l’amour est vraiment le
moteur de notre vie et que c’est ça qui nous fait avancer. Le
coeur du monde bât vraiment dans le coeur des mamans. C’est pour
ça que nos opinions, nos convictions doivent servir pour les
gens contraints au silence, pour aider ces gens-là à faire
parler d’eux , pour les mettre dans la lumière car la mort dans
l’indifférence est inacceptable.
J’ai révé de porter la vie, malheureusement ça ne s’est pas
passé comme je voulais. Ce fardeau de la stérilité a été une
chance dans ma vie, cette épreuve m’a appris à m’aimer
moi-même ; comme le disai ma grand-mère on ne peut pas donner ce
qu’on a reçu si on ne s’aime pas d’abord soi-même.
Quand je suis partie au bout du monde chercher ma petite fille
Jade, je ne savais pas combien elle allait changer ma
philosophie de pensée et allait ouvrir mon coeur pour les
autres. Elle n’est pas la chair de mon sang mais elle est la
chair de mon âme.
Je sais ce que c’est d’aimer un enfant qu’on n’a pas porté,
c’est un amour qui vous donne des ailes. Je vis mon rêve, et je
ne rêve plus ma vie comme je l’ai si souvent révée. Ce sont des
épreuves qui m’ont construite, je ne sais pas si j’aurais
su m’ouvrir aux autres sans.
Je suis ambassadrice pour la France de l’UNICEF et je suis allée
au bout du monde où j’ai rencontré des gens qui n’ont rien. J’ai
rencontré des mères qui vivent dans la misère la plus totale. Or
pendant le voyage je me suis aperçue que ce sont elles qui me
donnaient une merveilleuse leçon de vie ; elles ne se plaignent
jamais, elles ne flanchent pas, elles ne veulent pas qu’on s’appitoie
sur leur sort, elles n’ont pas besoin de nos larmes mais elles
ont besoin de nous pour qu’on les aide et qu’on les fasse
avancer ; elles n’ont que l’espoir pour survivre, je crois
qu’elles ont besoin de nous pour faire parler de ce qu’elles
vivent.
Elles ont une façon différente de la notre d’apprivoiser la mort
. Elles affrontent la mort tous les jours avec dignité et
sérénité. Chaque minute, un enfant de moins de 15 ans meurt
du sida et les enfants contaminés n’atteignent pas le plus
souvent l’âge de 5ans car ils ne peuvent accéder aux
médicaments. Nous ne devons pas les oublier, pas les réduire au
silence.
Il y a 115 millions d’enfants non scolarisés dans le monde, la
plupart sont des filles. Ça les rendra vulnérables et plus tard
elles ne seront pas autonomes et ne pourront pas transmettre un
savoir à leurs enfants. Il faut qu’elles aient accès à
l’éducation.
J’ai vraiment besoin de transmettre ce que me disaient ma mère
et mes grands-mères qu’il fallait mieux être milliardaire en
sentiments car rien n’est plus important dans la vie que les
sentiments.
Le plus grand don de soi c’est de mettre de la lumière dans le
regard d’un enfant et la plus belle récompense c’est de
recevoir les éclats de cette lumière parce que plus on donne
plus on s’enrichit.
VENDREDI 30 MARS
Le docteur
Muriel HAIM
évoque la mission de l’association Un coeur pour la paix.
Au delà des conflits, des mères s’unissent pour sauver leurs
enfants malades
Quand on pense Moyen Orient on pense guerre, mort,
haine. Un cœur pour la Paix se place au-delà des conflits. Un
cœur pour la Paix est une association humaniste. Notre but :
rapprocher les peuples israélien et palestinien par des
actions dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Chaque semaine, je dis bien chaque semaine, Un cœur pour la Paix
fait opérer un enfant palestinien à l’hôpital israélien Hadassah
de Jérusalem. L’hopital Hadassah est atypique et ce pour deux
raisons :
La première : il a été créé en 1913. Trente-cinq ans avant
la création de l’Etat d’Israel. Depuis sa création Hadassah
a pour mission de soigner toutes les populations. Ce qui lui a
valu d’être sélectionné pour le Prix Nobel de la Paix en 2005.
La seconde : cet hopital est un hopital financé par des femmes.
600 000 bénévoles financent les investissements sinon les soins.
Ces femmes ont marqué de leur empreinte le fonctionnement de l’hopital.
Dès les années 1950, elles ont décidé que l’on ne doit pas
hospitaliser un enfant sans sa mère. Une révolution à l’époque !
Aujourd’hui dans une chambre du service de pédiatrie, on
trouve souvent une maman palestinienne et une maman israélienne
ensemble avec leurs enfants. A votre avis que se passe-t-il
alors ? Ces femmes se parlent.
De même dans le
service de cancérologie pédiatrique. Dans ce service, les
enfants restent longtemps. Il y a du matériel pédagogique comme
des ordinateurs, des jouets. Dans les espaces de jeu,
mamans israéliennes et palestiniennes se penchent sur les mêmes
enfants. La souffrance d’un enfant n’a pas de nationalité.
Un cœur pour la paix a vu le jour, car, en Palestine, un
mariage sur deux est consanguin. En conséquence trois fois plus
de malformations cardiaques congénitales que dans la population
générale. Sans opération, ces enfants, ces bébés, meurent.
La Palestine ne dispose pas de service de chirurgie cardiaque
pédiatrique. Les pays avoisinants ne veulent pas prendre ces
enfants en charge. La solution ? Les faire opérer en Israel.
A ce jour, Un cœur pour la paix fait opérer un enfant par
semaine. 54 enfants ont été opérés et sont rentrés chez eux en
bonne santé.
Comment cela se passe t il ? Deux cas. Un bébé est diagnostiqué
à l’hôpital de Gaza pour une malformation cardiaque. Le médecin
palestinien appelle le médecin israélien, le Professeur Rein.
Les deux médecins discutent de l’enfant, revoient ensemble le
diagnostic, décident ou non de l’opérer. Puis, tout va vite.
L’enfant est mis dans une ambulance avec sa mère. Une heure
après, il arrive à l’hopital Hadassah. Il est opéré. Quelques
jours de convalescence, il rentre chez lui avec sa maman.
Deuxième cas. Une jeune femme palestinienne est enceinte.
L’échographie révèle de très graves malformations cardiaques
chez son bébé. L’enfant ne survivra pas même à une heure
d ‘ambulance. Les deux médecins, l’israélien et le palestinien
se concertent. La décision est prise. Naema viendra accoucher à
Hadassah. 4 heures après son arrivée à l’hopital, elle accouche.
Douze heures après, son bébé est opéré et sauvé. Naéma et son
bébé rentrent chez eux en bonne santé.
Troisième cas.. Une petite fille à la naissance présente, elle
aussi, une malformation cardiaque, On appelait cela à
l’époque les « enfants bleus » pour ceux d’entre vous qui s’en
souviennent. Le bébé arrive à Hadassah, l’opération a lieu
par endoscopie, c’est-à-dire sans ouvrir le thorax. De retour
dans la chambre, la maman la regarde, émerveillée. Sa fille n’a
même pas de cicatrice.
Le coût d’une opération est de 12000 euros cofinancés 50% par l’hopital
Hadassah, 50% par Un cœur pour la Paix.
Suit un court film présentant l’action de un coeur pour
la paix.
Puis, est de
nouveau projetée l’interview de Monique de VAUBLANC,
fondatrice du MMM.
Ensuite Jill
DONNELLY évoque Hanifa MEZOUI qui aurait du être présente mais
qui n’a pas pu faire ce déplacement, à son grand regret. Elle
constitue un immense soutien pour le MMM car elle est, au sein
du département des affaires économiques et sociales, le chef de
la section des Organisations Non Gouvernementales à l’ONU. Elle
a bien voulu transmettre son discours qui est ici repris in
extenso.
Intervention de Hanifa MEZOUI
Hanifa Mezoui
est la
représentante de l’O.N.U.
Les mères,
actrices pivot de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire
fixés par l’ONU pour 2015
Je tenais tout d’abord, en tant que représentante de
l’Organisation des Nations Unies, à vous remercier pour la
chaleureuse invitation dont vous m’avez gratifiée. C’est avec un
grand plaisir et une entière satisfaction que je prends part aux
débats et aux réflexions qui animent ce Congrès International du
Mouvement Mondial des Mères. Tout particulièrement, j’aimerais
remercier Laetitia HALLIDAY, Ambassadrice de l’UNICEF, pour
avoir bien voulu parrainer cet évènement. Je remercie également
la Présidente de Mouvement Mondial des Mères, Jill Donnelly, une
femme très active et dévouée à la cause des mères, pour
l’organisation de ce Colloque, qui j’en suis persuadée,
permettra à tous les participants de partager leurs expériences
afin de proposer des mesures concrètes aux responsables
politiques.
L’Organisation des Nations Unies poursuit deux objectifs
primordiaux : l’instauration d’une paix durable et la promotion
du développement international. Le rôle de la femme et plus
spécifiquement de la mère dans la poursuite de ces deux
objectifs a été maintes fois reconnu par de nombreuses
résolutions et déclarations de l’Organisation des Nations Unies.
Comme le rappelle la Convention sur l’Elimination de toutes les
formes de Discrimination à l’égard des Femmes, adoptée en 1979
par l’Assemblée Générale des Nations Unies et désormais ratifiée
par 185 pays, « le développement complet d’un pays, le bien-être
du monde et la cause de la paix demandent la participation
maximale des femmes à égalité avec les hommes, dans tous les
domaines ».
Je me permets de profiter de ce Congrès international,
pour rappeler que l’ONU et ses divers partenaires s’attèlent
tous les jours à remplir au mieux ces différents engagements. La
femme, mais aussi la mère, sont deux thématiques inscrites au
cœur même de l’agenda des Nations Unies pour la mise en œuvre
des Objectifs du Millénaire. En effet, la Mère est au cœur des
solutions pour chacun des 8 OMD des Nations Unies, et constitue
la matière même de l’OMD 5 ‘Améliorer la Santé maternelle’.
En 1995, la Déclaration de Beijing permet l’adoption d’un plan
d’action pour renforcer le rôle de la femme dans le maintien de
la paix et la promotion du développement international. Depuis
plus de 10 ans déjà, la Commission sur la Condition de la Femme,
mandatée depuis 1946 auprès du Conseil Economique et social, se
charge de mettre en œuvre les 12 objectifs identifiés par la
Déclaration de Beijing dont la santé, l’éducation, l’emploi, la
participation politique et les droits de l’homme.
Dès lors, l’importance accordée au sein de l’agenda des Nations
Unies à la femme n’a fait que croître. La Résolution 1325/00
adoptée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité consacre le
rôle joué par les femmes dans le domaine de la Paix et de la
Sécurité, aussi bien au sein de la famille, du quartier, du pays
qu’au niveau international. En 2005, le Secrétaire Général, M
Koffi Annan, considérait cette Résolution comme, je cite «
la première fois que le système des Nations Unies entreprend un
effort de planification aussi vaste et aussi complexe, qui
englobe pratiquement tous les grands domaines d’activités liés
aux femmes et à la paix et à la sécurité ».
Mais c’est aussi
au sein même de nos institutions que les Nations Unies se sont
engagées à promouvoir la place des femmes. Les Résolutions
1997/2 et 2004/4 adoptées par l’ECOSOC pour le
renforcement de la parité au sein du personnel de l’ONU sont
dans ce domaine les textes fondamentaux qui guident désormais
nos actions.
Un bilan de la mise en œuvre de la Déclaration de Beijing a pu
être esquissé en 2005 au cours de la 49ème session
sur la Condition de la femme à laquelle ont participé plus de 2
600 représentants d’ONG venus de toutes les régions du monde. Le
Secrétaire Général a alors reconnu que la condition de la femme
s’était améliorée à bien des égards: accès à l’emploi et à la
prise de décisions, meilleur niveau d’instruction et
augmentation de l’espérance de vie. Néanmoins il a
clairement souligné que certaines difficultés perdurent,
notamment la discrimination et la violence, tandis que d’autres
apparaissent, telles que l’inquiétante propagation du VIH/sida
chez les femmes, et l’odieuse pratique, de plus en plus
répandue, de la traite des femmes et des enfants.
Dans le rapport Etude approfondie de toutes les formes de
violence à l’égard des femmes (2006), M Koffi Annan a pris
note de ce bilan pour renforcer son action. Il a ainsi, pour la
première fois aux Nations Unies, défini tout acte de violence à
l’encontre des femmes, dans quelque cadre que se soit, comme une
violation des droits de l’homme.
De même, dans le rapport
Etat de l’enfance dans le monde 2007/Femmes et enfants, les
doubles dividendes de l’égalité des sexes (2006),
l’UNICEF met en évidence le rôle des mères pour briser le
cercle de la pauvreté. Le rapport souligne deux autres points :
l’importance des réseaux sociaux des femmes entre elles et le
bien fondé de la participation des femmes à la négociation
d’accords de paix.
Enfin, la dernière Commission sur la Condition de la Femme,
février 2007, a eu pour thème prioritaire ‘L’élimination de
toutes les formes de discrimination et de violence à l’égard des
petites filles’. En effet, la ligne directrice de la Commission
était la concentration sur les filles, ‘ femmes et mères de
demain’. Il est essentiel de donner toutes les chances
d’éducation possibles aux petites filles d’aujourd’hui afin
qu’elles sachent se protéger des menaces une fois femmes (les
maladies sexuellement transmissibles par exemple), et qu’elles
sachent éduquer leurs enfants dans un sens favorisant leur
développement personnel et par la même favorisant la réalisation
des OMD, une fois mères. Nommée Vice Secrétaire Générale depuis
peu, Dr. Asha-Rose Migiro (Ex Ministre des Affaires étrangères
et de la coopération internationale de Tanzanie) était présente,
preuve de la volonté de Mr. Ban Ki-moon d’atteindre une parité
entre les sexes en commençant par la structure même de l’ONU.
Son discours a mis en relief la recommandation du groupe
d’experts sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination et de violence à l’égard des petites filles,
visant à remplacer les nombreuses structures actuelles par une
entité onusienne dynamique concentrée sur l’égalité des sexes et
l’émancipation des femmes. Suggestion qu’elle déclare approuver
elle-même ainsi que Mr. Ban Ki-moon. Madame Migiro a parlé « en
tant que femme africaine, mais aussi et non moins mère de 2
filles ».
Si le rôle de la femme, des mères, s’est clairement imposé comme
une priorité dans l’agenda de l’ONU, des efforts communs se
doivent d’être poursuivis afin de faire de ces engagements une
réalité.
Je suis persuadée que la communauté des ONG peut jouer un rôle
crucial pour améliorer le statut des mères au niveau de la
famille, au niveau local, national et international et ainsi
atteindre les objectifs fixés par la Déclaration du Millénaire.
C’est seulement par le biais d’initiatives collectives, de
partenariats plus étroits entre les ONG, les collectivités
locales, les gouvernements ainsi que les Nations unies que ces
résultats pourront être améliorés. Laissez-moi à présent vous
présenter quelques illustrations de partenariats établis dans le
cadre des Nations Unies.
L’Initiative des Nations Unies pour le Réseau d’Information
Régional (UN ONG IRENE) a
été mise en place suivant les recommandations de l’Assemblée
générale en 2002. Ce réseau a permis jusqu’alors de renforcer
les échanges d’information, d’opinions et d’expériences entre
les ONG, la société civile en général, et l’ONU
La réponse des ONG à cette initiative a été remarquable. Les ONG
ont très tôt bondi sur l’occasion afin de renforcer leurs
interactions et ainsi approfondir leur rôle dans la mise en
place des politiques et des programmes des Nations Unies. Aussi
en 2006, plus de 2800 ONG ont obtenu le statut consultatif
auprès de l’ECOSOC et sont désormais plus à même de contribuer à
la réalisation des OMD.
Je souhaiterais à présent attirer votre attention sur quelques
exemples de partenariats ayant rencontrés un vif succès.
Je tenais tout d’abord à féliciter l’organisation qui nous
reçoit aujourd’hui, le Mouvement Mondial des Mères, pour son
extraordinaire collaboration de près de 60 ans au travail des
Nations Unies. Depuis 1947, cette organisation, qui fédère 63
associations de toutes cultures dans 40 pays, s’engage à
protéger le droit des mères et de leur famille. Son travail
auprès de l’ECOSOC a été exemplaire et l’organisation a, en
2004, obtenu le Statut Général qui reconnaît que ses activités
couvrent l’ensemble des domaines couverts par l’ECOSOC. Il leur
est donc à présent possible de proposer des questions à l’ordre
du jour. L’obtention de ce statut est le fruit de longues années
de collaboration et d’échanges avec les Nations Unies dans la
poursuite de la réalisation des OMD.
Cet évènement qui nous réunit tous aujourd’hui révèle à quel
point il est important de renforcer les partenariats entre les
Nations Unies et les différents acteurs de la société civile. Je
voudrais donc tout particulièrement remercier les ONG qui
contribuent avec ferveur à la mission des Nations Unis. Nous
sommes particulièrement fiers d’avoir pu construire avec elles
de tels partenariats et nous espérons les voir prospérer.
Par ailleurs, l’Association Tunisienne des mères, fondée en 1992
et dont la mission est de « venir en aide aux mères dans le
besoin, quelque soit le besoin » ; est un autre partenaire
essentiel et très actif dans la cause des mères, et constitue le
point focal du Réseau Régional Informel ONU-ONG. La présidente,
madame Saïda AGREBI, est également députée au parlement,
Vice-présidente de l'Organisation Mondiale de la Famille (OMF),
chargée de la communication et des relations publiques;
Présidente de l'Organisation Magrébine des Mères (OMMA), Vice
Présidente de Femnet Afrique, Consultante des ONG ayant le
Statut ECOSOC auprès du Président de l'Union Africaine et
Coordinatrice du Réseau Informel de l'ONU pour l'Afrique.
J’espère vivement que ce congrès international des mères pour la
paix permettra de renforcer la prise en compte du rôle de la
mère auprès des gouvernements nationaux, des autorités locales,
des ONG, des Parlementaires, des académiques, du secteur privé
et des familles. Nous partageons tous la responsabilité de la
mise en œuvre des OMD. C’est pourquoi, nous devons mettre en
place des instruments plus efficaces afin de développer des
interactions entre les différents acteurs. J’espère également
que tous les participants pourront apprendre les uns des autres,
partager leurs expériences, leurs idées et formuler des
propositions pour mettre en place et rendre effectifs dans leurs
différents pays les engagements qui nous lient. Je suis
fermement convaincue que nous saurons relever ce défi.
Enfin, si vous me le permettez, j’aimerais personnellement
rendre hommage à ce qui est pour moi un symbole de
détermination. Je crois que le Mouvement des Mères de la Place
de Mai, ce mouvement de mères argentines réclamant justice
malgré l’adversité, est et continuera d’être un exemple de
courage et de persévérance pour nous tous.
J’aimerais également rendre hommage à Angela King qui nous a
quitté au début du mois de février. Cette diplomate Jamaïcaine
fut une des rares femmes à diriger une mission de construction
de la paix en Afrique du Sud entre 1992 et 1994. Au terme d’une
carrière engagée de plus de 38 ans aux Nations Unies pour
la promotion de la femme, elle fut
désignée première conseillère du Secrétaire Général pour la
promotion de la femme. Qualifiée par le nouveau Secrétaire
Général, M Ban Ki Moon de « fervente championne de l’égalité
hommes/ femmes », elle restera pour nous tous un exemple de
détermination et de persévérance.
Je vous remercie pour votre détermination ainsi que pour votre
attention.
DEUXIEME THEME :
CONTRIBUER A LA PAIX DANS LA SOCIETE
Quels sont les atouts des mères pour renforcer la paix dans
les quartiers ?
Isabelle de
RAMBUTEAU anime cette table ronde n°3.
Fondatrice du
parcours « Coaching des mères » pour renforcer la parentalité et
la cohésion entre mères de différents horizons dans un même
quartier, elle a constaté que les femmes étaient de moins en
moins préparées à être mères et a cherché comment les aider à
prendre leur destin en main en exprimant leur vision du monde
complémentaire de celle des hommes. Face à des jeunes de plus en
plus violents, les mères, le plus souvent isolées, sont démunies
d’autant plus que la transmission mère-fille est de plus en plus
difficile.
Le MMM agit à la
source :
Quand : au cours de la première année de vie de l’enfant,
Où : dans les quartiers,
Comment : coaching des mères . Celui-ci est bâti sur le modèle
professionnel ; il consiste en 5 rencontres de 2 heures chacune
réunissant 10 participantes autour d’une animatrice, d’un filme
et d’une charte.
Les thèmes abordés portent sur les priorités des mères et leur
mise en oeuvre (chacune évoque son expérience), les rencontres
sont basées sur le respect mutuel, l’écoute, le partage pour
apprendre « à mieux vivre ensemble ».
Les objectifs du
MMM France sont :
-
multiplier les thèmes de discussion (création de la collection
« 10 astuces de parents pour...),
- tisser des liens entre quartiers, entre mères différentes,
pour éviter tout repli,
- apporter une expertise aux élus locaux et au gouvernement.
Le site internet
du MMM France donne toutes informations utiles sur les groupes
de paroles.
Projection du
film « Paroles de femmes » qui montre comment se forme et
s’épanouit un groupe de paroles suivi par les témoignages de
mères et d’élues qui ont bénéficié de ce concept.
Témoignages
Anne-France
MATUTANO, cadre en
entreprise à plein temps, ne savais pas comment entrer en
contact avec les autres mères alors qu’habitant Colombes depuis
«3 ans , elle avait découvert la diversité culturelle que
vivaient ses enfants à l’école . C’est grâce aux groupes de
paroles qu’elle a vraiment rencontré d’autres cultures et est
repartie avec des tas de merveilles. Elle s’est ensuite formée
pour devenir animatrice de groupe. Elle a acquis un regard
différent même dans sa vie professionnelle, une approche plus
humaine, le sens de l’écoute jusqu’au bout « écouter c’est faire
exister ».
Katinga
KAPULUMBA, en tant que
responsable d’une association, était venue au groupe de paroles
à Brunoy pour parler de son association à d’autres femmes.
Or, arrivée au groupe de paroles, elle a oublié son
association et elle a réalisé en écoutant les autres que, mère
de 5 enfants, elle avait de grands besoins à la fois de
recevoir de l’expérience des autres et de donner.
Elle a eu la
possibilité de s’exprimer devant le préfet pour lui parler du
rôle de mère-relais qu’elle avait découvert dans les groupes de
paroles et lui demander de soutenir cette action profitable aux
familles et aux relations des uns et des autres dans le
quartier. Jusqu’à maintenant, elle n’a pas eu de réaction
concrète du préfet, mais le maire de Brunoy a manifesté son
intérêt pour les groupes de paroles en mettant à leur
disposition une salle.
En Afrique, dès
sa naissance l’enfant appartient à la communauté, c’est à dire
qu’il est sous le regard de la famille large voire des voisins
qui veillent sur lui et peuvent intervenir pour remettre
l’enfant dans la bonne voie. On essaie de faire celà dans notre
quartier où les mères sont attentives aux autres enfants.
Danielle
DUVERGER, adjointe au
sénateur-maire de Brunoy en charge de la petite enfance,
rencontre beaucoup de familles, de jeunes. Elle a constaté que
les gens sont le plus souvent dans une grande solitude et un peu
démunis face aux problèmes qu’ils rencontrent. Les parents ont
besoin d’être valorisés, soutenus dans leur rôle. Elle s’est
intéressée à l’espace offert par les groupes de paroles
du MMM pour échanger, soutenir, avoir un certain regard,
développer une certaine solidarité dans le respect mutuel.
Les familles sont très éclatées, l’éclairage des différentes
générations fait défaut à la struture familiale. Il faut donc
essayer de combler ces vides.
Les hommes et les femmes sont très complémentaires mais les
femmes ont une vision très pragmatique, elles doivent « faire
tourner » la gestion quotidienne de la famille en réglant des
problèmes très divers. Etre mère nous donne un certain regard,
une certaine compassion avec les mères de la ville.
Aïcha OKAR
Le fait que le rôle de la mère n’est pas reconnu à sa vraie
valeur est un secret qu’Aïcha portait en elle depuis sa petite
enfance auprès de sa mère, elle est heureuse de le révéler
aujourd’hui.
Arrivée du Maroc en France depuis 5 ans avec son mari et ses 2
enfants, habitant dans le quartier des Epinette au nord de Paris
où elle se sentait un peu isolée, elle avait envie de tisser des
liens, elle a saisi l’opportunité d’un groupe de paroles dès
qu’elle en a entendu parler. Ca a été énorme pour elle. Elle
s’est sentie accueillie, et elle a échangé avec des femmes qui
sont devenues des amies ; elle a appris pas mal de choses alors
qu’elle croyait qu’elle avait tout appris de ma mère et qu’elle
était convaincue d’être une mère parfaite. Elle a compris
qu’elle avait beaucoup de choses à apprendre. Elle tient à
remercier le MMM pour ces rencontres.
Avec Isabelle, Aïcha a participé à un conseil de prévention de
la délinquance qui se tient dans des villes prioritaires,
conseil composé de professionnels hautement qualifiés : juges,
policiers, politiques responsables d’offices HLM... Aïcha a
donné sa vision de son quartier devant ces autorités qui
cherchaient des solutions pour assurer la sécurité des citoyens
et qui ont paru surpris de découvrir le rôle des mères et le
potentiel qu’elles ont grâce à leurs idées.
Quels sont les atouts
des mères pour renforcer la paix ?
Table
ronde n°4 animée par Isabelle de RAMBUTEAU
Marie
KHOURY fait part de son expérience dans son pays confronté à de
grandes difficultés.
(Libanaise, mariée, 4 enfants. Psychologue, à la fois professeur
à l’université et praticienne, elle se consacre notamment aux
problèmes touchant la famille : développement de l’enfant et de
l’adolescent -violence, drogue délinquance..., statut social des
femmes. Elle est membre fondateur du MMM Liban et cherche, par
la mise en place de groupes de parole interculturels, à
promouvoir la paix dans les familles et dans la société).
Intervention
de Marie KHOURY
Après 17 ans de guerre : les mères sont les premières actrices
de paix au Liban
Je remercie le
MMM-International et plus particulièrement les MMM France et
Liban, de l’honneur et de la confiance de me donner la parole
aujourd’hui et ici.
Mère de 4
enfants, membre fondateur de MMM-Liban, je me permets de faire :
Le Constat
Durant les 32 ans que perdurent les hostilités, les
souffrances et les événements tragiques au Liban, c’est la
famille qui a permis aux Libanais de résister, de rebondir et de
se reconstruire, à l’image de leur emblématique Phoenix, qui
renaît constamment de ses cendres. Et c’est la mère, agent
privilégié de résilience, qui a amorti les effets négatifs des
traumatismes répétitifs :
1. Par son
amour inconditionnel et la qualité de sa présence,
elle assurait aux siens le sentiment de sécurité et
l’estime de soi
ex.1 : Parce que moi et mon mari affichions une attitude
sécuritaire que mes enfants dormaient sans souci, alors que les
autres enfants hurlaient, terrorisés pas les éclats d’obus
assourdissants
ex.2 : Une mère dormait dans les couloirs des WC avec son fils
de 35ans, handicapé mental, pour le protéger des yeux agressifs
des autres (juillet 06)
2. Par son
empathie, sa tendresse, elle inclinait l’oreille de son cœur
pour écouter, accompagner, cicatriser les blessures et exalter
l’investissement dans la vie
ex.1 : Les mères résistantes sont restées au Sud, sous les
menaces des bombardements pour soutenir les leurs, les soigner
et subvenir à leurs besoins fondamentaux
ex.2 : Les mères accueillantes du « million de déplacés »,
malgré les différences de religion, de vision politique, de
coutumes… pour accompagner, soigner et panser les blessures tant
physiques que psychiques, de leurs concitoyens souffrants.
3. Par sa
disponibilité, sa patience et sa confiance, elle consolidait
les liens d’attachements et favorisait la réconciliation et la
solidarité entre tous
ex.1 : Les mères déplacés et les mères accueillantes ont été
agent de sécurité et bouclier de la paix dans les centres de
« réfugiés » pour éviter les conflits armés, mais aussi pour
gérer les conflits de pouvoir au quotidien de 200 familles
logeant sous le même toit
ex.2 : Par son exemple, pousser ses enfants à suivre son
modèle d’engagement dans la solidarité
- Juste après le cessez-le-feu, ma fille m’a accompagnée au Sud
pour les sessions de dédramatisation ; le lendemain elle y a été
seule pour reconstruire avec Offre-Joie
- « très petite, j’ai observé que même quand on manquait de
presque tout on en avait toujours assez pour le partager avec
les voisins » a déclaré ma fille, cheftaine guide, lors d’une
émission TV sur l’engagement après son projet en Inde 17 autres
filles scouts dont sa sœur, en Inde dans les institutions des
Missionnaires des la Charité, les Sœurs de Mère Teresa
L’Analyse
Il se trouve
qu’aujourd’hui, extenuée et délaissée, la mère au Liban ploie
sous le fardeau du cumul des tâches, des responsabilités, des
déceptions et des traumas… elle souffre de
- Absence de politique d’aide, de soutien et de
reconnaissance de sa valeur
ex.1 : Dans la loi: * elle n’a pas le droit de donner la
nationalité à ses enfant,
* d’être leur tuteur légal en cas de l’absence du père
ex.2 : Le congés de maternité a été réduit jusqu’à 45 jours,
alors qu’il était de 3mois
ex.3 : Inexistence du Ministère de la famille qui pourrait
soutenir la mère dans ses responsabilités au sein de la famille
- Absence de réseaux d’écoute, de partage et d’échanges
ex.1 : Peu nombreux sont les ONG qui ont l’efficacité et le
pouvoir de gérer les besoins multiples des mères
ex.2 : Encore moins nombreuses sont les instances politiques et
religieuses qui cherchent a combler ce manque
- Absence d’instances de thérapies, de formation et d’empowerment.
Pas de prise en charge psychologiques des mères par le
gouvernement, les municipalités ou les universités, sauf a l’NDU
où j’offre un jour gratuit par semaine pour recevoir les mamans
de nos étudiants
- Croyances
aberrantes qui la
paralysent d’avantage et l’empêche de prendre des initiatives ou
de mener un groupe, d’être autonome et responsable et donc
d’être partenaire a part égale dans la société ; l’on trouve peu
de femmes qui remplissent efficacement les postes de
decision-making. Elles sont au pouvoir en tant que femme, sœur
ou fille d’un Tel…
ex.1 : Derrière tout Homme célèbre cherchez la Femme, pas a coté
et sûrement pas devant.
ex.2 : La Femme est tel un tapis ; plus elle est fouettée et
tabassée plus elle devient éclatante.ex.3 : La mère devrait être
comme une bougie, qui se consume pour éclairer les autres.
Les Projets Réalisés Pour que la mère puisse accéder à
l’épanouissement et dispenser la paix et la joie de
vivre autour d’elles, j’ai entrepris, en tant que membre du
Mouvement Mondial des Meres – Liban, des actions multiples
dont :
1.Ateliers de
formation à l’éducation des enfants pour un groupe de 70 mères
de la banlieue Sud de Beyrouth, de diverses appartenances
religieuses, se réunissant 1fois/mois pendant 8mois pour 3hr de
temps
2.Campagnes de
sensibilisation à la lutte contre la violence et d’initiation à
la culture de la paix, dans des établissements scolaires (Jamhour,
St Elie Ghazir, St Cœur Jbeil) auprès d’élèves, d’éducateurs et
de parents.
3.Session de
dédramatisation auprès du personnel soignant du Sud du Liban
(médecins, infirmières, volontaires de la Croix Rouge, les
défenses civiles, les pompiers, les assistantes sociales…) suite
à la guerre de juillet, et dans le cadre de l’OMS
4.Atelier de
formation à la gestion de stress auprès d’un groupe d’une
vingtaine de mères de toutes les appartenances religieuses, des
quartiers défavorisés de Fanar, la Banlieue Est de Beyrouth ; 4
ateliers de 3hr chacun à raison d’un atelier par semaine :
a- connaître le stress, ses mécanismes et ses conséquences
b- comment faire face et gérer le stress
c- savoir positiver et maîtriser les idées négative
d- s’avoir s’affirmer pour mieux communiquer et gérer les
conflits.
Témoignages de
participantes :
Mme W, mère de 3 enfants, déclare devant tout le monde : « en 2
semaines ma maisonnée s’est complètement
transformée, nous vivons désormais dans la paix ; il a fallu que
je sois plus calme ».
Mme X, mère de 2 enfants, sortant de soin intensif avec
diagnostic de maladie due au stress, déclare « aujourd’hui je me
connais mieux, je connais mes ressources je saurais faire face
au stress, je ne fléchis plus ».
Mme Y, femme violentée et maltraitée au foyer, se moque du
dicton populaire qui assimile la femme a un tapis a fouetter
pour faire plus éclatant ; « je déclare tolérance zéro à la
violence, je peux dire non a la violence, je me sens plus forte,
plus confiante en moi-même, et je sais aujourd’hui que je peux
demander de l’aide pour que le demain soit mieux »
Mme Z, refuse désormais la croyance selon laquelle la mère
devrait être comme une bougie qui se consume ; elle dit « je
voudrais dorénavant être une lanterne qui, plus elle est
energétisée, mieux elle irradie autour d’elle»
Le Cri
d’Alarme
1.« 2ans après 1 sit in paisible devant l’ESCWA, depuis mars
2005, pourrais-je encore oser croire en une instance quelconque
capable de reconnaître mon droit et d’œuvrer, soit pour faire le
deuil, soit se réjouir des retrouvailles avec mon fils disparu
depuis 17ans alors qu’il servait dans l’armée libanaise » crie
Sonia dans un quotidien, le 21mars, jour de la fête des mères.
2.Une mère qui a vu son mari et ses 2 fils se faire mitrailler à
Nahr-El-Mot (fleuve de la mort), en 1990, alors qu’il
portaient fleurs et bougies, allant paisiblement à la rencontre
de l’Autre a l’autre bord de la barricade, crie : «La voie de la
Paix que ma famille a payé de son sang pourrait-elle devenir un
jour efficace, pour dissiper la haine et urger la
réconciliation, dans une société en marche vers la démocratie ??
Pourvu que le cri de déception ne dégénère pas en cri de
désespoir, il convient certes de croire en soi, mais également
de croire que la force des liens et la généreuse solidarité des
mères du monde entier est capable de faire la différence dans le
combat pour un monde plus humain.
Intervention d’Isabelle STOFER :
Les mères : une chaîne de solidarité au service de la société.
Péruvienne, mariée,
trois enfants, elle est née dans une famille
d’enseignants qui a beaucoup travaillé pour l’éducation
publique. Sollicitée par une école de sa ville natale, elle a
créé avec des mères péruviennes et françaises l’association ADES
PEROU dédiée à l’éducation, qu’elle préside et qui donne
priorité aux projets dans lesquels les parents d’élèves
s’impliquent personnellement.
Merci au
Mouvement Mondial des Mères – dont je suis membre - de me donner
cette opportunité de vous parler de notre action.
Je vais vous relater l’expérience d’une petite association que
j’ai fondée il y a bientôt 6 ans à Paris, qui œuvre pour le
bénéfice d’établissements d’enseignement dans ma région natale,
la Haute Amazonie péruvienne, une région tropicale, où il fait
toujours chaud, où les gens sont d’un contact facile, de nature
plutôt joyeuse, mais où il y a aussi beaucoup de pauvreté.
En 2000, j’ai reçu un appel à l’aide d’une école primaire de ma
ville natale de Tarapoto.
Je suis péruvienne mais j’habite en France. Que pouvais-je faire
pour cette école alors que je suis si loin ? J’ai réfléchi et
aussi, j’en ai beaucoup parlé à d’autres amies, elles aussi
mères de famille. A plusieurs, les bonnes idées voient le jour ;
l’union fait la force. Elles m’ont encouragée à créer une
association. Dès le début, plusieurs mères se sont engagée à mes
côtés : des françaises, des péruviennes, des canadiennes, des
mexicaines !
C’était le début d’une expérience passionnante parce qu’elle
montre qu’une chaîne de solidarité entre mères du monde, c’est
possible !
C’est ainsi que nous avons créé ici à Paris ADES PEROU, ADES
comme Association pour le Développement de l’Education en San
Martin, du nom de la région dont la ville principale est ma
ville natale, Tarapoto.
Une des clés du succès de l’action humanitaire – vous le savez -
c’est de connaître les lieux où on intervient et de disposer de
personnes de pleine confiance. Je me suis assurée du soutien
d’un groupe de mères de famille (au Pérou ) et notamment celui
de Flor Paulinich.- toutes très conscientes des enjeux de
l’éducation pour les enfants de la région. J’ai deux amies du
lycée – mères également - vivant aujourd’hui à Lima que
j’ai enrôlées aussi. Voilà les personnes de confiance sur
lesquelles nous nous appuyons ! C’est bien la chaîne de
solidarité des mères qui se poursuit !
Nous intervenons
dans des écoles et collèges publics existants, dans des
quartiers défavorisés ou des zones rurales isolées, ayant des
moyens très insuffisants.
• Nous soutenons des projets de développement et
d’équipement d’établissements scolaires. Pourquoi ? Parce que
c’est vital pour un pays d’avoir des enfants bien scolarisés,
qui deviennent des citoyens responsables et capables de
contribuer efficacement au développement social et économique de
leur pays. Cela aussi, c’est une manière de travailler pour la
paix.
Le meilleur moyen d’y contribuer ? Y associer les parents de
manière très active. Les deux exemples qui suivent vont vous le
montrer
Tout d’abord, voici l’Ecole-collège
Juanita del Carmen Sanchez : dans cet établissement dans un
faubourg de ville, beaucoup d’enfants arrêtent leur cursus au
terme de l’école primaire, car les parents manquent de
ressources pour assumer les modestes coûts du collège public
associé. Par contre, si sur place, on construisait des salles de
classe supplémentaires pour démarrer un collège, alors ces
enfants continueraient plus naturellement leurs études en
secondaire. Avec l’accord enthousiaste des parents d’élèves,
nous avons décidé de financer la construction de 3 salles de
classe, dont une serait consacrée à un atelier de
préapprentissage des métiers de la couture.
Vous penserez peut-être : dans un établissement public, ce
devrait être à l’Etat de payer la construction pour répondre aux
besoins. Oui, et il l’aurait sans doute fait un jour, mais
peut-être dans 10 ou 15 ans et en attendant, les enfants de ce
quartier auraient été nombreux à devoir quitter l’école à
12 ans.
C’est Flor, notre directrice sur place, qui veille à ce que nos
interventions ne soient pas de l’assistanat et ne génèrent pas
de dépendance ou d’accoutumance. Ce même établissement, ayant
maintenant reçu la reconnaissance administrative officielle de
collège, a vu les parents d’élèves se mobiliser à nouveau pour
construire 2 salles de classe de plus, en vue de la rentrée
2007.
Comment se manifeste cette mobilisation des parents ?
Les mères de famille ont organisé à plusieurs reprises des
kermesses, pour générer quelques ressources, et avec quelques
soutiens ont réussi à financer l’essentiel de cette nouvelle
construction ; pour terminer sans retard, ils sont venus
demander l’aide d’ADES pour la toiture. Je veux dire un mot sur
les mères françaises, canadiennes, mexicaines de Paris qui ont
de leur côté organisé des ventes, un défilé de mode etc..
pour compléter les financements et ont
permis de terminer sans retard
la nouvelle construction y compris le toit.
Ecole-collège
Isaac Newton :
Ce sont des mères de famille également qui
assurent la cantine de leurs
enfants en faisant cuire le plat unique. Chaque jour, ce sont 4
mères, à tour de rôle, qui assurent ce service à des enfants,
venant de maisons très dispersées, parfois à plus de 6 km, et
qui viennent et repartent à pied.
Le souhait des mères était aussi de voir facilitée leur rude
tâche de préparation des aliments, et le nôtre d’améliorer
l’hygiène de l’ensemble. ADES a donc financé les matériaux
pour construire un réfectoire et une cuisine et l’encadrement du
chantier. Les pères – il faut tout de même en parler des pères -
Ils ont un rôle aussi très important à jouer ! - ont fourni la
main d’œuvre pour monter les murs, pendant les vacances
scolaires entre Noël 2005 et mars 2006, et les mères ont préparé
les repas pendant le chantier.
Dans cette région agricole enclavée, le souhait des parents et
des enseignants était de disposer de matériel pour enseigner des
rudiments d’agriculture. ADES leur a fourni une fois encore
grâce à la mobilisation de la chaîne de solidarité à Paris ?
L’expérience ayant été une réussite, nous venons de
renouveler la formule en finançant les matériaux et matériels
pour la construction de sanitaires, les parents intervenant
comme l’an passé. Je serai présente sur place pour
l’inauguration de ces travaux dans une quinzaine de jours.
Cette chaîne de solidarité se manifeste également par les dons
que nous recevons et que nous redistribuons : livres et
fournitures scolaires, petites armoires à pharmacie, médicaments
contre les parasitoses…les petits ruisseaux finissent par former
des rivières.
Nous permettons aussi
à des jeunes français désireux de
faire du bénévolat utile pour eux et plus encore pour les
enfants sur place, en leur permettant une ouverture sur d’autres
lieux, une autre culture, d’autres enseignements, même sur des
périodes brèves.
Le rôle des mères de famille
Ce n’était sans doute pas
aussi clair pour moi dès le départ, mais je me rends compte, de
par l’expérience de ces 6 premières années, que les
projets que nous décidons de soutenir prennent du sens quand ils
sont pleinement repris à leur compte par les parents d’élèves et
particulièrement par les mères qui assurent un soutien
indéfectible et quotidien tel que je vous l’ai décrit,
pour la bonne marche de ces établissements.
Cette chaîne de solidarité au départ suscitée par des mères
s’est considérablement étoffée – avec l’aide des pères pour la
construction comme vous l’avez vu mais aussi grâce aux
associations, fondations et entreprises qui ont soutenu
financièrement ces actions.
Je porterai une mention spéciale également aux services de
l’Ambassade du Pérou à Paris, aux Ambassadeurs et chargés
d’affaires qui se sont succédés ces dernières années, et à M.
Pierre-Christian TAITTINGER, Maire du XVIe arrondissement.
Qu’ils soient tous remerciés ici !
Le travail à
réaliser est sans limite, mais je peux vous assurer que c’est un
encouragement à continuer de voir la joie des enfants et des
mères de famille lors des inaugurations des travaux réalisés et
plus tard de voir que ce qui a été fait est bien entretenu – que
les enfants s’épanouissent et sont heureux d’apprendre. N’est ce
pas là le souhait de toute mère ?
N’oublions jamais que la mère unit, rassemble.
Merci de votre attention.
Intervention de Nicole DEIGNA : L’amour et
l’avenir des enfants dépassent les clivages entre cultures.
Ivoirienne, mère de 3 enfants, pharmacienne en France,
experte toxicologue au Tribunal d’Abidjan. Elle est
vice-présidente du Conseil Economique et Social et membre
fondateur-Présidente exécutive de Repères. Elle poursuit son
action en faveur des femmes pour que celles-ci soient vraiment
acteurs du développement de leur pays.
Joyeux anniversaire à tous les membres du MMM et toutes nos
félicitations au comité d’organisation. Au delà de mille mères
pour célébrer la paix, je dirai mille fleurs qui diffusent un
parfum de tendresse, de générosité, de délicatesse et de paix.
L’éclat et le rayonnement de nos journées sont l’expression des
atouts de toutes ces mères bénévoles au service de la
communauté.
Les mères de Côte d’Ivoire ont célébré à leur manière ce
60ème
anniversaire. Unie à la délégation qui m’accompagne et qui se
trouve au premier rang, je voudrais vous traduire la
chaleur de toutes celles qui ont pris part à la table
ronde que Repères a organisé le 21 février 2007 à ABIDJAN, en
prélude à ce congrès.
Intérêt du thème Un thème
mobilisateur qui a permis de réunir une centaine de mères de
toutes conditions et de toutes cultures. La qualité très
représentative du panel des participantes a fait
dire à l’une d’entre elles : « comment avez-vous fait pour
réunir toutes ces dames en milieu de semaine sans publicité
médias ? »
Un thème d’actualité : comme vous le savez, la Côte d’Ivoire
traverse une crise sans précédent depuis septembre 2002 et des
milliers de familles qui ont tout perdu, êtres chers et
biens, survivent dans une extrême détresse, dans la
méfiance et parfois l’agressivité, des comportements
nouveaux développés devant cette terreur qui nous a été imposée
de vivre avec l’usage des armes. Mais le peuple ivoirien
demeure hospitalier et la Côte d’Ivoire ne peut
échapper à son destin de terre d’accueil et d’espérance.
Rappelons que la CI compte 60 à 100 ethnies et des
sous-groupes internes, une présence de plus de 30% de
communautés étrangères. C’est le taux le plus élevé dans le
monde. Une réalité qui ne facilite pas le vivre ensemble
dans un contexte de crise. Mais nous n’avons pas perdu notre
humour et les jeunes chanteurs du coupé décalé savent bien
traduire notre joie de vivre.
Un thème qui interpelle la conscience non seulement des mères,
mais aussi celle de tous les acteurs de la vie sociale,
économique et politique. Un responsable politique fait le
commentaire suivant : «C’est par vous les femmes, avec votre
sens de la maternité que la paix véritable viendra. Vous ne
faites pas de calculs. »
Un thème qui suscite l’engagement des jeunes, les « Bénévoles du
Millénaire », nos relais pour atteindre les OMD.
L’un d’entre eux,
animateur culturel a réalisé un sketch. Voici l’histoire vécue :
« Dans un village, la communauté est divisée à cause de la
politique. Les partisans de Zomanin et de Magatapé ne
s’entendent pas au point de mettre en péril la cohésion sociale.
Face à cette menace, les femmes du dit village qui se retrouvent
tous les matins à la source pour ramener de l’eau potable
et « au marigot » pour laver le linge, trouvent une
solution. Elles décident de ne pas partager la même natte que
leurs maris pendant une semaine et de rester malgré tout
coquettes.
Décision d’abord prise à la légère par les hommes, mais les
femmes tiennent bon et le font bien comprendre avec finesse et
détermination. Ce qui suscite une plus grande hostilité dans les
deux camps.
Dimanche, les états major vont se concerter sous l’arbre à
palabres. Les femmes se passent le mot et décident de faire la
cuisine ensemble à l’insu de leurs maris. Une déléguée dans
chaque camp va assurer le service.
Les plats sont délictueux et fort appréciés dans les deux
camps. Les déléguées en profitent pour rétablir la
vérité. Dans le camp Zomanin, ils apprennent ceci : « vous
avez mangé dans la main des Magatapé » et chez les
Magatapé, « vous avez mangé la nourriture des Zomanin ».
Surprise désagréable - réaction de rejet - mais les autres
femmes rejoignent vite leurs déléguées et chacune
interpelle son mari sur sa responsabilité de rétablir la paix.
Ils sont suffisamment affaiblis par la solidarité de leurs
épouses. Cette histoire n’a que trop duré. Ils ne tiennent pas à
menacer l’harmonie familiale. Alors ils font la paix.
Partage des expériences
Ma contribution est enrichie
des expériences vécues par nos participantes.
1. La première, c’est une jeune mère de famille monoparentale,
Médecin Psychiatre de l’enfance. Elle a su
résumer tout ce qui se dit sur le rôle de la mère en famille et
dans la société par cette belle image :
La mère est comme une goutte d’eau qui tombe dans un lac. Elle
diffuse des ondes qui se propagent autour
d’elle - des ondes positives / ondes négatives en
fonction de son vécu. De sa famille, la mère colore ainsi le
monde dont elle est le centre.
La mère est source de vie - berceau de l’humanité. Si elle porte
en elle des sentiments négatifs, elle crée un monde « noir »
véhiculant des pensées négatives qui contaminent tout et
ternissent la face du monde. Si elle porte en elle de bons
fruits, des pensées positives, elle créera un monde
positif qui voit et pense positif.
Cette jeune mère fait au quotidien l’effort de donner le
meilleur d’elle-même à sa fille et à son entourage.
2. Une autre mère, présidente
de l’association des familles monoparentales a exprimé le drame
de milliers de femmes surtout urbaines. Elle
témoigne ainsi : « Nous vivons nos douleurs, nos peines et
nos humiliations tant au niveau familial qu’au niveau
professionnel et social. Les hommes n’aiment pas s’engager pour
vivre librement et pleinement leur sexualité.
Beaucoup parmi eux déclarent souvent « je préfère une
petite qui vient du village, elle fera toujours ce que je
décide ». C’est donc nourries de notre foi en Dieu et
fortifiées par la pratique d’une vie spirituelle intense,
avec courage, persévérance et l’esprit de
tolérance que nous parvenons à éduquer nos enfants
et à surmonter l’adversité dans la dignité.
Cette mère est aujourd’hui une grand-mère comblée. Ses enfants
ont fait de brillantes études et c’est une femme leader
d’opinion dans sa région.
3. Une jeune mère de deux
fillettes, ivoirienne d’adoption raconte « Je suis née en CI.
j’ai tout reçu de la CI. J’ai bénéficié de toutes les bourses
d’études pour terminer mes études en communication. J’ai créé
mon agence de communication sans problème. J’ai mal de voir tout
ce potentiel aussi bien humain que matériel être détruit par nos
égoïsmes et nos incompréhensions. La presse nationale et surtout
la presse internationale ont souvent versé de l’huile sur
le feu dans la période de grande tension en faisant une
mauvaise campagne média. La CI ne mérite pas ça parce qu’elle a
toujours été une terre d’accueil »
Puis elle donne le témoignage poignant de l’épouse d’un homme
public, ivoirienne d’adoption par le mariage. De parents non
ivoiriens, elle vit en CI depuis son jeune âge et a
bénéficié de tous les avantages sociaux pour ses études.Notre
jeune communicatrice raconte : « Mme X a parcouru
tous les villages et hameaux où vivent nos parents. Sans
tambours ni trompettes, loin des projecteurs elle a organisé de
multiples réunions, souvent interdites aux femmes du fait de la
présence de chefs traditionnels qu’il faut sensibiliser pour
dénouer la situation de crise. Pour ne rien vous cacher,
vous savez qu’une femme ne s’adresse jamais au Moro Nabab
et mieux, tout sujet s’adresse à lui couché à même le sol,
face contre terre. Mme X non seulement a réussi à obtenir
un entretien par son réseau personnel, sans l’appui de son mari,
mais elle s’est soumise au protocole. Elle s’est humiliée pour
implorer la médiation du chef suprême dans la résolution
de la crise de la CI. Les fruits ont mûri. Les pourparlers ont
abouti, puisque nos deux pays ont aujourd’hui signé un accord de
paix avec le dialogue direct. Ce capital doit être bien géré,
surtout par nous les femmes. »
4. Une mère de 5 enfants,
professionnelle de l’éducation, a dit ceci :
« L’éducation des filles est essentielle au développement d’une
nation pacifique et prospère. Si on ne scolarise pas les filles,
mères de demain, elles deviendront probablement des femmes
analphabètes et pauvres qui auront moins de chance de créer des
familles épanouies. Quelques chiffres pour montrer le faible
taux de participation des filles.
Avant la crise, en 2000-2001 : 67,2% de filles scolarisées pour
80,6% de garçons, soit 13,4 points d’écart Après la crise
(indicateurs fournis dans la zone gouvernementale) : 2004-2005 :
49,1% de filles scolarisées pour 59,4% de garçons soit 10,3
points d’écart.
5. Une avocate,
a porté sa réflexion sur la responsabilité de la mère qui va
bien au-delà de la fonction biologique. Elle a insisté sur la
mission de complémentarité des partenaires au sein du couple,
dans un monde où doivent se vivre droits et devoirs. Elle dit
ceci : « Nous nous plaignons de la démission de nos hommes. Mais
ils ne sont pas associés à nos concertations. Comment
peuvent-ils être sensibilisés ? La présidente de Repères aurait
dû convier les couples. Par ailleurs, les femmes doivent
se former, travailler en réseau, former des groupes de
pression pour faire le plaidoyer auprès des pouvoirs publics en
faveur de la famille, des femmes, des enfants et des personnes
vulnérables. Nous devons avec générosité, œuvrer pour des cités
paisibles et prospères et le MMM doit se développer en CI. »
6. Pour en finir
avec nos expériences, c’est une mère opératrice économique qui
témoigne :
« La femme, humble, minutieuse, secrète, déterminée et
compétente peut s’épanouir au sein de l’entreprise, dans
un monde fait de rivalités. Ainsi armée de sa compétence
de mère, elle saura partout mieux jouer son rôle de
première actrice de paix. »
Conclusion
Toutes les mères ayant participé à notre table ronde ont affirmé
que, face aux difficultés du vivre ensemble aussi bien en
famille que dans tout autre milieu, la mère demeure la
première personne à s’impliquer au quotidien pour défaire
tous les nœuds de méfiance et rétablir le climat de
confiance.
Le retour de la paix effective en Côte d’Ivoire est notre
responsabilité, la responsabilité de la mère de famille. Nous en
sommes conscientes et nous nous sommes appropriées les
paroles des mères libanaises, prononcées en 2003 au
congrès de Beyrouth :
« Nous mères, pour l’amour que nous portons à nos enfants et
l’amour que nous vouons à notre pays, nous pouvons commencer à
tisser des liens entre nous et construire un réseau de partage,
d’entraide et de dialogue ».
C’est un défi à relever. Les enjeux sont multiples pour la
Côte d’Ivoire et les pays frères de la sous région. Les mères
ordinaires que nous sommes, se sont engagées à prendre des
initiatives extraordinaires, pour construire la paix dans nos
maisons, dans nos familles, dans nos quartiers, dans
nos villages, partout dans notre pays.
Désormais déterminées et au-delà de nos clans, nous avons
décidé la création de la chaîne de solidarité « Les mères
au cœur de la cité » et nous avons dit ensemble : « Je signe
pour la paix ». « Oui à la journée du bon voisinage » « oui aux
groupes de parole ».
La toile de la paix demeure le symbole de notre engagement à
être partout premières actrices de paix. Un appel solennel
a été lancé en direction de toutes les mères et nous avons
partagé le cocktail de la fraternité.
Intervention d’Olivia CATTAN :
Une femme engagée pour le rapprochement des communautés juive et
musulmane.
Journaliste à
'Tribune juive' et pigiste à
'France-Soir',
'Paris-Match',
'Réforme'
et
'Témoignage chrétien',
Olivia
Cattan est spécialiste des religions et du
Proche-Orient. Elle est l'auteur de nombreux articles
sur la communauté juive de
France,
l'islam des lumières ou l'antisémitisme. Pratiquante, militante
et engagée,
Olivia
Cattan oeuvre pour le rapprochement des communautés
juive et musulman).
Elle a fondé, il
y a 4 mois l’association « Paroles de femmes » pour tisser des
liens interreligieux. Réunies dans cette association, 700 femmes
de toutes origines cherchent à promouvoir le rôle et la place de
la femme et contribuer à modifier leur statut. Les femmes
peuvent être la solution du conflit israëlo-palestinien. Elles
ont la capacité de fédérer, de rendre les choses plus simples,
de porter la vie.
Renforcer
justice et cohésion sociale dans le monde professionnel ?
Table ronde n°5
Intervention de Marianne de BOISREDON :
L’économie « Yin et Yang » pour un monde plus juste.
D’origine belge, mère de six enfants – dont deux accueillis
– elle vit à Nantes et est professeur d’économie. Elle a
participé, dans les années 1990, au lancement de la banque de
microcrédits Contigo. Elle est membre du Conseil international
de Fondacio depuis 2001, au sein duquel elle accompagne des
projets de formation dans le monde entier pour les couples, les
familles, les seniors, les responsables économiques et
politiques.
1. L’expérienc de la maternité
donne du recul et du sens à l’activité économique. Le fait de
porter 9 mois un enfant dans son corps change le regard de la
femme sur le monde. Elle découvre l’inestimable prix de la vie
qui ne se compte pas en euros ou en dollars mais en don de soi.
5 années en Amérique du sud comme 6 années en Asie m’ont fait
toucher du doigt l’universalité de l’expérience de la maternité.
Elle est oeuvre de paix dans le silence. Une expérience : j’ai
vu au marché une femme venue vendre (elle avait reçu un
microcrédit) qui venait d’accoucher 48 heures auparavant. Quand
je lui ai dit qu’elle devait se reposer, elle a eu un sourire
épanoui et m’a dit : « tu ne comprends pas , Marianne, j’ai
encore plus de motivations à réussir mon commerce car j’ai cet
enfant à nourrir et à élever ». Les femmes font naturellement le
lien entre l’activité économique et la vie, elles ordonnent
l’une à l’autre.
2. Mon souhait : que nos
sociétés prennent conscience qu’elles ont trop développé le Yang
(plein, actif, masculin) par la voie économique notamment et
qu’on manque cruellement de Yin (intériorité, réceptivité et
féminin), qu’en cultivant le Yin nous favorisons la paix. « Une
économie Yin et Yang » éclaire de manière nouvelle l’économie
cotemporaine et la mondialisation, ce concept éclaire nos
fonctionnements et nos dysfonctionnements.
Les fonctionnements :
de la subsistance agricole à l’ère de l’internet. Les qualités
Yang ont permis un fabuleux déploiement de la vie économique. Le
Yang est le plein, l’actif, le manifeste, l’expansion, le
masculin...Sur le plan de l’activité économique, il se traduit
par la recherche d’efficacité, de rentabilité et de
productivité. Nos sociétés se nourrissent mieux, sont plus
instruites, l’espérance de vie est passée de 25 ans avant la
révolution industrielle à plus de 65 ans aujourd’hui. Le Yang
structure, organise la production et les échanges de manière à
augmenter en quantité tout en minimisant les prix. Les
fonctionnements sont optimisés sur des critères d’efficacité.
Les dysfonctionnements et les excès :
nous voyons les limites de notre mode de vie marchand qui ne
prend pas en compte la finitude de la planète ; il faudrait 2
planètes si tous les terriens adoptaient le mode de vie
européen, 4 pour adopter le mode de vie américain ! La pauvreté
à l’échelle mondiale choque : plus d’1 milliard 300
millions d’êtres humains vivent avec moins de 1 euro par jour et
2 milliards 800 millions avec moins de 2 euros par jour. Le prix
du marché est souvent loin du coût écologique. La maternité
donne un GPS orienté vers ce qui est bon pour l’homme et bon
pour la planète ! Ne perdons pas de vue l’essentiel : notre
équilibre humain, psychologique, physique (la santé),
relationnel dans la course à la performance, la rentabilité, la
productivité, l’efficacité. Elle ouvre des pistes pour rétablir
l’équilibre et l’harmonie. En effet, elle apporte un complément
indispensable pour contrebalancer les excès du Yang. Le Yin est
le réceptif, l’intériorité, la patience, la douceur, la lenteur.
Tout ce qui introduit un autre rapport au temps, aux autres, à
soi-même. Un rapport qui respecte les rythmes naturels de la
nature.
Intervention de Pascale COTON :
Être mère, un atout pour gérer les conflits sociaux.
Française, mariée à un noir, mère de 3 enfants métis. Très
tôt, elle s’engage dans l’action syndicale. Elle est
actuellement secrétaire générale de la Fédération CFTC des
Postes et des Télécommunications, directrice du magazine « Le
Lien Syndical » et présidente de la commission équité
hommes/Femmes de la Confédération CFTC.
Je suis mère de 3
enfants, et par ailleurs vice présidente de la CFTC, chargée de
certaines négociations sur des sujets de société, par exemple la
parité, la diversité dans l’entreprise. Le syndicalisme est
désormais mon emploi à plein temps.
Être mère m’a appris à négocier pour protéger.
J’habite dans le 93 et dans une banlieue difficile, la notion de
protection est importante car le danger est plus grand. Pour
protéger mes ados, pas question d’interdire de façon brutale. Je
fais appel à leur intelligence pour qu’ils comprennent quelle
attitude ils doivent adopter, où se situe aussi le bien et le
mal. Et je négocie en quelque sorte.
On est de très bonnes négociatrices quand on est mère. On
négocie avec ses enfants. On négocie avec les professeurs,
lorsqu’il y a une difficulté. On négocie avec le papa. Quand il
y a un conflit, c’est souvent la mère qui temporise.
Dans les négociations nationales, auxquelles j’ai pu participer,
c’est la même chose. Il s’agit d’anticiper les dangers
pour les salariés et de les prévenir de façon très concrète, de
façon beaucoup plus concrète qu’un homme, qui verra peut-être
des chiffres et des dossiers, là où moi je vois des personnes
humaines qui sont sacrées.
Dans la négociation, je fais comme avec les enfants. Je fais
attention aux mots. Un mot bête peut blesser en famille. Et un
mot bête peut bloquer une négociation ! Il s’agit d’écouter, de
vivre le respect et la tolérance (comme en famille), de
persuader et non pas d’imposer. Et d’accepter, aussi, de se
laisser changer par l’interlocuteur en face, comme en famille
aussi.
Être mère,
cela apprend à s’exposer pour le bien de l’autre.
Dans une banlieue comme la mienne, élever ses enfants et les
défendre expose parfois au danger. Ex du scooter ? Je m’expose à
la place de mes enfants. Dans une négociation, je m’expose à la
place des salariés. Quand je sens que les salariés sont
insuffisamment protégés, dans une négociation, je n’y vais pas
par quatre chemins. Je prends des coups pour ceux qui ne sont
pas dans la salle de négociation, et que je représente. Et je
fais front comme je le fais aussi avec mes enfants. Car je sais
que c’est ainsi que je préviendrai ce danger. Ce que d’autres
n’oseraient pas faire, comme une prise de parole alors que la
réunion est sur la fin, je le fais, car je me moque du « qu’en
dira-t-on ». Or la fortune sourit souvent aux audacieux. J’en ai
fait l’expérience.
Être mère,
cela ne va pas de soi.
C’est le métier le plus dur au monde. Et l’on acquiert des
compétences pour tout le reste.
On acquiert des compétences de négociation, de médiation,
d’organisation car les agendas sont toujours difficiles à
boucler.
Ex de l’anniversaire de mon fils le jour-même où l’on devait
signer la négociation sur la diversité dans l’entreprise. Je
pensais finir à 20 heures. Et toute la soirée, j’ai eu des
textos de mon fils me demandant quand je rentrais. J’avais le
choix entre fêter l’anniversaire de mon fils et abandonner la
discussion ou aboutir dans cette négociation sur les points qui
me paraissaient importants. Je suis restée. Et le lendemain,
j’ai expliqué à mon fils que j’avais fait cela pour lui plus
tard. Cela, un père ne le vit pas.
Je n’ai pas fait d’études. Je n’ai pas le bac. J’ai démarré dans
la vie professionnelle comme factrice. Et je dois à un syndicat,
la CFTC, d’avoir mis en œuvre des compétences essentielles, qui
ne s’acquièrent pas par des diplômes, ni par une profession,
mais qui sont essentielles. La CFTC a reconnu ces compétences
parce que elle sait reconnaître l’intelligence du cœur. Et c’est
avec ces compétences que je négocie aujourd’hui avec les
représentants du patronat et discute avec le Ministre du
travail. Je n’ai pas fait d’études mais si j’avais à choisir
entre un « master de maman » et n’importe quel autre diplôme,
c’est le premier que je choisirais.
Catherine
BOITEUX-PELLETIER :
responsable du
développement durable chez AXA Monde – Mise en place de la
parité : une richesse pour l’entreprise.
Etre femme et mère chez AXA :
- une démarche d’innovation
sociale : la performance
sur le long terme implique une réponse équilibrée aux attentes
des principaux partenaires : ainsi depuis 1992, l’engagement
dans la cité par le soutien au bénévolat des collaborateurs –
une politique sociale innovante : actionnariat salarié depuis
1993, aménagements d’horaires pour les mères de famille,
ratifiés par des accords syndicaux (congés rentrée scolaire,
enfant malade ; temps partiel : vacances scolaires, mercredi) ;
- une gestion de la
diversité et de l’égalité des chances ancrée dans la stratégie
de développement durable.
A partir de 2005,
le directoire intègre à sa stratégie un volet de développement
durable : développer l’égalité des chances par trois objectifs :
égale opportunité d’emploi pour tous en fonction des compétences
et du mérite, prise de conscience des avantages de la diversité,
participation personnelle et individuelle au respect de la
diversité.
Des plans d’action à établir dans chaque filière en 2007.
Sensibilisation aux enjeux sociaux critiques : la retraite –
éducation financière.
Recrutement du personnel administratif : équilibrer la mixité
dans les postes d’encadrement. des enjeux et formation.
Contractualisation par accord syndical sur l’égalité
homme/femme.
Une action corrective sur la rémunération : une dynamique de
progrès : le label « Egalité en 2006 » - engagement d’un plan
d’action à 3 ans.
Intervention
de Fédérica GASPARRINI :
Achetez des pizzas, vous aurez des points de retraite.
Italienne, mariée, deux fils. Elle est vice- présidente du
MMM . Elue député en 2006, elle se consacre notamment à la
défense de la politique familiale et de l’aide aux
catégories sociales les plus démunies. Présidente du « Fondo
Pensione Complementare Famiglia », structure très originale
dont elle va ici expliquer le but et le fonctionnement.
(en cours d'édition)
Marie-Laure des BROSSES
étudie
actuellement avec le groupe AXA comment créer en France la
retraite parentale sur le modèle italien pour améliorer la
retraite des mères. Elle se réfère à un rapport de 2005 du
conseil d’orientation sur les retraites qui donne le niveau
moyen des retraites qui s’élève pour les hommes à
1461 € et pour les femmes à 848 €, il faut ajouter à cela que
1,5 millions de femmes françaises sont au foyer, donc ne
cotisent pas et que 500 000 femmes prennent chaque année un
congé parental sans parler des 30% de femmes qui travaillent à
temps partiel et enfin celles qui changent de projet
professionnel pour être plus présentes à leurs enfants.
La
mise en oeuvre s’appuie sur : un compte et une carte pour
chaque mère adhérente volontaire, des partenaires chez lesquels
on gagne des points (type points de fidélité) que l’on cumule
sur un compte et qui peuvent être déductibles des revenus
imposables ou utilisés comme crédit d’impot.
En 25
ans, 1 euro est devenu 8 euros. De plus, on peut abonder
en parallèle et à 60 ans toucher soit un capital, soit une
rente.
Intervention
d’Anna ZABORSKA
"Les mères sont
expertes de la promotion des valeurs fondamentales telles que
vérité, justice, amour, liberté, irremplaçables et nécessaires
dans toutes les dimensions de la vie..."
Slovaque, médecin
spécialisée en ORL pédiatrique, mariée, 2 enfants ; elle entre
en politique et devient député européen. Actuellement, elle est
président au Parlement Europén de la commission des droits de la
femme et de l'égalité des genres. Elle n’hésite pas à soulever
les problèmes d’éthique dans le domaine de la santé. Elle
s’attache à promouvoir l’égalité des chances entre hommes et
femmes d’abord dans l’éducation et plus généralement dans la vie
sociale, économique et politique
Etre
mère et grand-mère, médecin, épouse, femme politique, ceci est
un mélange passionnant. Ces métiers sont liées à la vie, à
l’avenir, à la paix. Pour moi la condition fondamentale de la
paix est la reconnaissance de la fierté de la femme accomplie
dans son rôle de mère. Que les mères puissent être fières d’être
mères. Réunir tous les hommes et toutes les femmes de bonne
volonté pour dénoncer une image parfois dégradante de la mère au
foyer. Tout foyer qui accueille des enfants est une chance pour
l’humanité. Les mères exercent des responsabilités
professionnelles parfois importantes mais au delà, elles sont
expertes de la promotion des valeurs fondamentales telles que
vérité, justice, amour, liberté, irremplaçables et nécessaires
dans toutes les dimensions de la vie : familiale, sociale et
politique. Elles doivent être encouragées à promouvoir ces
valeurs.
Au parlement européen, 785 députés représentent 25 pays. Ses
décisions prennent en compte le rôle et le statut singulier de
la femme, la dignité de la femme et le rôle de la mère dans 25
contextes culturels différents... il faut apprendre à brancher
les casques de l’interprétation culturelle avec une grande
délicatesse pour préserver les référentiels personnels
liés à chaque contexte ; mais le statut de mère constitue
un dénominateur commun. La mère est le moteur vital le plus
puissant au monde : “lorsque les mères se lèvent les dictateurs
tremblent”. Au coeur des conflits,si elles s’unissent
elles peuvent rebâtir un monde de paix pour leurs enfants et
réussir ensemble .
Le MMM à 60 ans ne peut pas partir à la retraite. Il est plus
que jamais nécessaire que les mères se lèvent et
revendiquent une reconaissance de leurs travaux informels. Elles
ont droit à une représentation politique de qualité. Mais
comment chiffrer l’apport des mères au bien commun ?
Comment mesurer les efforts des mères qui animent les réseaux
intergénérationnels de solidarité dans un monde où ce qui n’est
pas mesuré n’est pas pris en compte ?
Gary Becker (prix Nobel d’économie) a mesuré la valeur des
activités économiques informelles générées par les mères en
particulier dans la vie familiale. Or, il n’y a pas
d’indicateurs pour mesurer la production du capital humain.
Pourquoi les mères ne bénéficient pas d’une sécurité
sociale ? Pourquoi
le bonus parental ne figure pas dans les politiques fiscales
modernes ?
Pourquoi n’y a-t-il pas de
modulation de la base fiscale en fonction des charges familiales ?
Les chefs d’Etats
ont une approche classique du développement sur la base
d’indicateurs quantitatifs. Sans justice sociale, la paix ne
pourra jamais gagner, sans reconnaissance des biens immatériels
riches en sagesse, il n’y a pas de progrès possible. Un peuple
qui perd la reconnaissance de ses racines perd le meilleur de
lui-même et sacrifie pour vivre ce qui motive sa raison de vivre.
Le MMM doit renforcer sa présence dans les instances politiques
nationales et internationales notamment auprès du parlement
européen pour oeuvrer pour la mère promotrice du bien commun, de
la paix et garante de l’avenir de l’humanité.
Pour
clore cette matinée une chanteuse de gospels camerounaise vient
chanter un superbe chant qu’elle conclut en insistant sur le
fait que les femmes artistes participent beaucoup au bonheur des
autres “la musique est la parole du coeur”.
TROISIEME
THEME : AGIR POUR LA PAIX DANS LE MONDE
Quelles initiatives pour promouvir la paix ?
Hommes-femmes : osons la complémentarité !
Marie-Liesse
MANDULA présente Chris DONNNELLY
Pendant très longtemps,
Chris a été un des conseillers spéciaux rattaché au
service du secrétariat général de l’OTAN, directeur adjoint à
l’Académie de défense qui dépend du Ministère de la défense
britanique et qui traite de toutes les problématiques qui sont
non techniques concernant l’armée.
Chris
DONNELLY anime cette table ronde.
(Il est Directeur Adjoint à
l’Académie de défense du Royaume-Uni de Shrivenham, en
Angleterre. Il a été le conseiller spécial pour l’Europe
centrale et orientale de quatre Secrétaires généraux de l’OTAN
entre 1989 et 2003. Il soutient activement l’action de
Jill, son épouse, présidente du MMM).
Intervention
de Chris DONNELLY :
Les mères : racines de la paix
"chaque mère sait
combien il est important d’interrompre un conflit au sein de la
famille et quel dégât cela peut entraîner."
Quelle est la
répercussion sur le plan mondial du rôle de paix joué par les
mères au sein de la famille et de la communauté ?
Qu’est-ce que la paix ?
Pour de nombreux leaders politiques, la paix est l’absence
de guerre. Les événements mondiaux sont essentiellement analysés
sous l’angle du conflit politique, quels que soient les
moyens utilisés, violence armée ou non armée ; c’est le
point de vue classique,négatif, marxiste qui influence de
nombreuses opinions politiques. En partie c’est exact, chaque
parent, chaque mère sait combien il est important d’interrompre
un conflit au sein de la famille et quel dégât cela peut
entraîner. Mais ce que les mères savent c’est que la définition
de la paix n’est pas aussi simple (pas de conflit mais pas
d’amour) :la paix est une force active et positive et non une
absence de conflit ; elle implique action et engagement, et mène
ainsi à l’apprentissage de la reconnaissance des différences, du
respect, de la confiance et de la coopération.
Le premier
enseignement des mères est donc philosophique….C’est la prise de
conscience que la tolérance, qualité politique très populaire,
n’est pas suffisante. Nous avons besoin d’une vraie
compréhension, de respect de la différence de l’autre si
nous voulons bâtir une vraie paix ; ce doit être une attitude
permanente non pas la suite d’un conflit sans lutte et
sans armes. Voici la première contribution des mères sur le long
terme.
Le second facteur
est pratique et concerne la société et la communauté :
Qu’est-ce que la société ?
Rien de plus qu’un ensemble d’éléments, des cellules,
constituant un corps humain. Si les cellules sont malades, le
corps ne peut être sain. Ce sont la famille et la communauté
locale la plus proche qui forment les cellules maîtresses de la
société. La mère est le facteur le plus important dans la
constitution d’un famille heureuse, famille épanouie constituée
d’individus équilibrés. Des sociologues dispensant un discours
moderne et d’actualité, conçoivent la société telle une entité
autonome, plutôt qu’un ensemble de différents éléments. Cela
mène au concept de construction sociale ignorant la vérité
fondamentale à savoir que les sociétés ne sont que la somme de
ses différentes parties. Si la partie fondamentale n’est pas
saine, alors ni la société, ni ses leaders politiques ne le
seront. Le second rôle des mères est d’assurer des conditions
politiques saines.
Le troisième
élément se rapporte aux évènements mondiaux
Ce n’est que durant les périodes de guerre et de révolution que
l’on a assisté à une telle rapidité de l’évolution des
évènements de la planète. . La rapidité de changement dans le
monde entier a dépassé la capacité nationale et internationale
des institutions à faire face. Nos institutions sensées résoudre
les problèmes sont dépassées par les évènements et se
fragilisent. Les populations perdent confiance envers
l’autorité. Les difficultés sont de moins en moins souvent
résolues par les gouvernements centraux et nous aurons de plus
en plus le devoir de trouver des solutions à un niveau
local. Cela met en valeur l’importance des initiatives
enracinées localement de résolution des problèmes, de prévention
des conflits, de réconciliation. Dans le nouvel ordre mondial
dans lequel nous siégeons, nous avons un besoin urgent de
bâtisseurs de paix ; des efforts de la tête vers la base pour
imposer des solutions toutes faites n’ont désormais plus
aucune efficacité. Ce constat restaure la valeur du travail
accompli par les mères au sein de la famille et de la communauté
locale.
Comme l’avance
Vikram Patel « ne dispensez pas d’aide alimentaire donnez
du pouvoir aux mères, c’est plus efficace. »
En conclusion, présentation de ma propre expérience :
Dans l’atelier de recherche que je dirige, plus de la moitié de
l’équipe est constituée de femmes et la majorité d’entre elles
sont des mères, pourquoi les avoir choisies?
-
Les hommes et les
femmes ont un mode de pensée différent et abordent les
problèmes d’une autre façon. Une association équilibrée des
deux fournit un meilleur résultat.
-
Nous ne
travaillons pas seulement à la recherche mais aussi à la
résolution de problèmes. Les hommes politiques, les
fonctionnaires, les militaires (des hommes en général)
consultent les personnes susceptibles de produire des
informations ou une certaine expertise pouvant aider à
solutionner les problèmes. Les femmes quant à elles sont
bien meilleures dans le contact personnel et la
compréhension.
-
Elles ne
rencontrent pas de difficultés à gérer plusieurs problèmes
en même temps. De plus elles ne rechignent pas à mettre la
main à la pâte dans des situations où c’est nécessaire,
elles ne gèrent pas seulement les questions avec leur tête.
En raison de mon
expérience, j’estime que c’est complètement faux de
présenter le rôle de la mère comme une alternative à celui
de la femme qui réalise une carrière professionnelle. A vrai
dire c’est tout à fait possible, voire essentiel pour un
gouvernement de faciliter et d’encourager la femme à vivre les
deux états.
Les gouvernements et les organismes qui n’adhèrent pas à cette
démarche perdent des talents inestimables.
Lorsque les femmes se mettent en marche, les dictateurs
tremblent et pas seulement les dictateurs.
Chris DONNELLY donne la parole à
Fadila MEHAL.
Haut fonctionnaire en France, actuellement directrice nationale
de la culture à l’Agence nationale de la cohésion sociale et de
l’égalité des chances( Acsé). Elle a participé à des études sur
les processus d’intégration et la lutte contre les
discriminations (femmes, vieillissement, identité, jeunes,
laïcité, Islam). Elle est administratrice de l’association
Femmes Débat et Société (FDS : association féminine à caractère
national visant la promotion des femmes dans le champ
social et politique) et présidente des « Marianne de la
diversité », mouvement national pour la promotion de la parité
et de la diversité dans l’espace public. Elle a une fille.
Intervention de Madame Fadila MEHAL :.
Promouvoir la diversité culturelle
"Au moment de l’embrasement des banlieux, ces mères invisibles
sont apparues pour panser les plaies, apaiser, réconcilier."
« Française de
branchage », je sais ce que diversité culturelle signifie.
Je voudrais dédier mes premières paroles à nos mères, nos ainées.
Elles sont la mémoire de nos histoires. Bien des mères, comme ma
propre mère, ont du s’exiler pour offrir un destin à leurs
enfants, et notamment à leurs filles. Elles connaissent le prix
du déracinement, de la solitude car souvent elles étaient non
désirées dans leur pays d’accueil. Elles savent les efforts,
l’abnégation, le renoncement voire même des reniements, une
émigration parfois vécue comme un fardeau. Nous avons un devoir
de mémoire envers elles.
Au moment de l’embrasement des banlieux, ces mères invisibles
sont apparues pour panser les plaies, apaiser, réconcilier. La
France doit assumer la diversité de sa population.
3 messages :
-
N’oubliez jamais que, comme beaucoup d’autres, ce pays s’est
construit à travers des apports multiples de populations venues
d’ailleurs. Cette diversité n’est ni un cadeau, ni un fardeau ;
tout dépend de la manière dont on la traite.
-
La diversité : danger pour l’unité Il y a beaucoup d’exaltation
à cause des différences et il y a plusieurs voies possibles :
celle qui consiste à se retrancher par des surenchères
mémorielles, à contrevenir aux droits de l’homme sous
couvert de diversité, à recourir à des traitements spécifiques
justifiés par cette diversité. Ces comportements sont un danger
que rien ne justifie, les violences physiques et psychiques
fondées sur la diversité culturelle sont inadmissibles et ne
font que reculer le principe d’égalité dans notre société. C’est
une diversité simulacre, viol du principe d’égalité. Est tout
aussi dangeureuse la position de ceux qui rejettent la diversité
pour défendre une identité française.
-
Reste la bonne voie, la plus difficile : celle de la diversité
assumée et tournée vers ce qui nous rassemble.
L’importance de
la représentation politique est essentielle pour une diversité
harmonieuse : difficulté pour les femmes d’être présentes,
France lanterne rouge en Europe (12,3% de femmes à l’Assemblée
National, 17% au Sénat dont 0 issue de l’imigration).
La défiance envers nos institutions peut conduire à des formes
d’expression communautaristes contraire à une unité dans la
diversité.
Chris DONNELLY
introduit Jeanne-Françoise LECKOMBA LOUMETO POMBO.
Congolaise-Congo Brazzaville-, mariée, mère de 8
enfants. Enseignante de formation, elle a une grande expérience
dans le domaine de l’action sociale. Elle est Ministre de la
Promotion de la Femme et de l’Intégration de la Femme au
développement. Plusieurs fois députée sous l’ère du parti
unique, elle est membre du Parti Congolais du Travail –PCT. Elle
est présidente du MMM Congo Brazaville.
Intervention
de Jeanne-Françoise LECKOMBA LOUMETO POMBO :
Quand une mère s’engage en politique pour la paix.
Mon propos
tournera autour de 3 axes : mon parcours personnel,
l’apport dans mon pays de l’engagement politique des mères, ma
conviction personnelle selon laquelle les mères, les femmes sont
les véritables artisans des changements.
Mon parcours politique a commencé en 1972 ; j’avais 25 ans,
j’étais mariée et mère de 2 enfants, celle qui est dans la salle
est ma secrétaire générale, elle avait 2 ans. Après
l’indépendance en 1960, plusieurs mères ont intégré les partis
politiques. En 1965 création de l’union révolutionnaire des
femmes du Congo - UFC - dont je suis membre du bureau permanent.
J’ai été très tôt militante puis syndicaliste. Ma carrière
dans la fonction publique m’a menée de chef de service au poste
de ministre de la promotion de la femme que j’occupe
actuellement.
Mon engagement politique et syndical a toujours été mené
de front avec ma vie professionnelle et ma vie familiale.
L’action des femmes a toujours été axée sur l’égalité des droits
humains. En 1984, leurs objectifs sont concrétisés par
promulgation du code de la famille qui protège les veuves, les
enfants qu’ils soient légitimes, naturels ou adoptés. Filles et
garçons ont un égal accès à l’éducation.
Le code du travail consacre égalité homme/femme : à travail
égal, salaire égal ; mais il reste un grand défi concernant
l’équilibre vie professionnel et vie familiale : problèmes des
structures de garde du jeune enfant.
Au Congo, les mères et plus généralement les femmes sont
médiatrices de paix après les longs conflits vécus par notre
pays ; elles ont favorisé des démarches de réconciliation,
réorganisé la vie en ville. L’art 8 de la constitution de 2002
assure l’égalité homme/femme et la représentativité des femmes
dans les fonctions politiques, administratives et électives.
Aux élections de 2002, on note une large progression de la
présence des femmes dans les structures politiques. Leur
présence garantit une meilleure prise en compte des problèmes de
santé, d’éducation, du troisième âge ; elles apportent des
solutions et édictent des mesures concrètes à ces problèmes.
Elles apportent la complémentarité nécessaire à l’action des
hommes auxquels ne peut plus être laissé de manière exclusive
l’avenir de l’humanité.
La conférence de
Pékin fixe la taille critique de la participation des femmes aux
instances politiques à 30%, or la proportion actuelle dans
le monde est seulement de 17%. Au Ruanda elle a atteint 50%
après le génocide ce qui en dit long sur ce qu’on attend des
femmes dans la reconstruction de la paix.
Depuis que je suis ministre de la promotion de la femme,
j’exerce un puissant plaidoyer pour une meilleure prise en
compte du rôle les femmes comme premières actrices du
développement. Plus les mères auront la possibilité par
l’éducation et la formation d’entrer dans vie politique,
plus les maux que nous déplorons dans tous les domaines
trouveront des solutions équilibrées.
Chris DONNELLY
remercie Madame LECKOMBA et se tourne vers Nouzha SKALLI.
Marocaine,
mariée mère de deux enfants,
ancienne conseillère municipale
et militante des droits des femmes, elle est député à la
Chambre des Représentants du Maroc et vice-présidente de la
commission des secteurs sociaux. Elle participe à des
conférences et ateliers au Maroc et à l’étranger, sur la
démocratie, la citoyenneté et les droits des femmes, la
migration, les femmes et la politique. Elle est particulièrement
attentive aux actions entreprises pour éliminer toute
forme de discrimination à l'égard des femmes.
Intervention de Nouzha SKALLI :
« S’engager dans la vie politique : un défi qui devient
réalité ».
Je voudrais tout
d’abord féliciter le Mouvement Mondial des Mères pour son 60 ème
anniversaire et son Congrès pour la Paix et remercier les
organisateurs et la Présidente Madame Jill Donnely pour m’avoir
invitée.
Puisque nous
sommes au congrès mondial des mères , je voudrais dire un mot
sur ma propre mère.
Ma mère s’appellait Fatima. C’était une belle brune aux yeux
bleus.Elle a été mariée à l’âge de 15 ans à un homme qu’elle
n’avait jamais vu. Elle eu son premier enfant alors qu’elle
avait encore envie de jouer à la marelle et à l’âge de 32 ans
elle s’est retrouvée veuve avec 7enfants âgés de 2 à 16 ans.
Elle a réussi à en faire sept diplômés de l’enseignement
supérieur : c’est un exploit avec des moyens matériels très
limités !
Les
qualités des mères
De quelles qualités disposent les mères pour leur permettre de
réaliser de tels exploits ? Elles ont le sens des
responsabilités, le don de soi et l’abnégation, la capacité
d’endurance, le sens de l’économie et de la gestion des
ressources limitées, un sens de la psychologie et de la gestion
des ressources humaines. Elles excellent dans la gestion du
temps, en un mot elles ont
Ce sont précisément ces qualités qui manquent à la gestion
publique aussi bien au niveau local, régional que national.
Les femmes
et les mères ont besoin de la politique pour résoudre leurs
problèmes.
Pour assumer la lourde responsabilité de la gestion quotidienne
de la famille, Les femmes ont besoin de la politique.
Au niveau local elles ont même des besoins
pressants qui concernent aussi bien l’habitat, les espaces
verts, la propreté des quartiers populaires, la sécurité pour
les habitants, les équipements sociaux, les routes et le
transport, l’éclairage public, les réseaux d’assainissement, les
garderies d’enfants, les maisons de jeunes, les terrains de
sports pour les jeunes filles et les garçons etc.
Au niveau national, il y a également un déficit social
flagrant !
En matière d’éducation : L’analphabétisme frappe davantage les
femmes que les hommes et davantage le monde rural.
En terme de santé : la mortalité maternelle et infantile reste
élevée et plus forte dans le monde rural.
La pauvreté, le chômage et l’intégration économique des femmes :
les femmes sont plus touchées par la précarité du marché de
l’emploi et plus vulnérables à la pauvreté.
Leurs emplois dans l’informel les privent de toute sécurité
sociale comme le cas des femmes de ménage.
Comment les femmes peuvent elles exprimer leurs besoins et
celles de leurs enfants à travers les communes alors que
leur représentation ne dépasse pas 0,58% ?
Comment parler de démocratie locale alors que les femmes
conseillères municipales ne sont que 127 parmi 24 600 élus
municipaux à travers 1 540 communes ?
Les conséquences
de cette exclusion des femmes au niveau des communes sont très
négatives si on connaît les prérogatives des communes qui sont
très importantes en matière de gestion de l’espace public et de
développement.
Le savoir-faire et les compétences des femmes ne sont pas
utilisés
La moitié des cerveaux ne sont pas utilisés au service du
développement du pays.
Pourquoi après le concours d’entrée à la faculté de médecine ou
dans certains établissements prestigieux comme l’Institut
Supérieur de Commerce et d’Administration des Entreprises
(ISCAE) 60% des admis sont des filles alors qu’à l’élection des
conseillers municipaux : 0.58% seulement sont des femmes !
Il y a donc un
problème !
Le Maroc regorge de compétences féminines non utilisées pour
relever les défis du développement ! et le dernier rapport du
PNUD sur le développement dans les pays arabes a mis le doigt
sur la faible participation des femmes comme principal handicap
au développement des pays arabes.
Le nombre de femmes élues n’a pas dépassé les 0,58% malgré le
fait que 6 000 femmes se sont présentées à ces élections
municipales en 2003. Cela montre que de multiples obstacles
excluent les femmes de la politique
Les femmes
et les mères ont besoin de la politique mais la politique a
aussi besoin des femmes !
Pour s’en
convaincre, il suffit de regarder l’état dans lequel se trouvent
nos communes et imaginer comment deviendraient nos quartiers
populaires si on les mettait entre les mains des femmes!
La politique est en crise, elle a besoin de retrouver sa
crédibilité et sa noblesse, les femmes sont capables de
réhabiliter la politique et de la rendre plus proche des
préoccupations des gens. Les femmes ont un sens développé du
social et c’est justement dans le social que le déficit est le
plus grand !
Le Maroc a besoin des femmes pour réaliser le projet de société
moderne et démocratique basé sur la liberté et la
responsabilité, sur la satisfaction des besoins de toutes les
tranches de la population : les jeunes, les femmes les enfants
les personnes à besoins spécifiques.
Qui est mieux placé que les femmes pour réaliser un tel projet !
Les femmes en politique cela signifie :
D’avantage de démocratie
Une accélération du Développement
La lutte contre la corruption
L’Émulation entre les acteurs
politiques
Une image de progrès et de
modernité pour le Pays
Une action stratégique contre
l’obscurantisme qui est fondé sur l’exclusion des femmes.
Les
avancées de la situation des femmes au Maroc
Aujourd’hui, la situation des femmes a connu des avancées
formidables!
Grâce à une mesure volontariste, 35 femmes ont été élues au
parlement en septembre 2002, Soit 10,8% des députés à la chambre
des représentants. Il s’agit d’un mode de scrutin mixte avec 30
sièges élus au mode de scrutin proportionnel à l’échelle
nationale. Par consensus des partis politiques, ces sièges ont
été réservés aux femmes.
En 2003 enfin Réforme du Code de la famille qui datait de 1957
et qui était particulièrement discriminatoire à l’égard des
femmes.
Le nouveau Code de la famille est fondé sur l’égalité entre les
sexes et la co- responsabilité et donne la priorité à la
situation des enfants.
L’âge minimum du mariage est à 18
ans
La tutelle est abolie et les
filles ne sont plus mariées par leur père
La moyenne du nombre d’enfant par
femmes est de 2,6 .
Cette réforme majeure a débloqué la situation des femmes
et a permis d’autres avancées comme la mise en place :
De stratégie de lutte contre la violence à l’égard des femmes
Stratégie nationale pour l’amélioration de l’image de la femme
dans les médias
Enfin il y a lieu de se réjouir de la réforme du Code de la
Nationalité qui a permis aux marocaines de transmettre leur
nationalité à leurs enfants nés de père étranger.
Il y a aussi une
conscience croissante de l’importance de la prise en compte de
la situation des femmes pour améliorer la situation générale
dans le pays et surtout une nouvelle stratégie d’intégration de
l’approche genre dans les politiques gouvernementales en
vue de réaliser l’égalité des sexes dans l’ensemble des
politiques économiques et sociales.
Rôle des
femmes et des mères pour impulser le changement
Le rôle des femmes et des mères au niveau de la société civile
est essentiel. Le champs d’action de la société civile est large
et inclut de nombreux domaines comme les droits humains et les
droits des femmes, le développement local, les micro crédits ,
la lutte contre la corruption, la lutte contre la pauvreté, la
protection des mères célibataires et de enfants des rues, les
droits des enfants etc.
Aujourd’hui les femmes sont menacées dans leur liberté et dans
leurs droits acquis de haute lutte aussi bien par des offensives
idéologiques sous couvert de la religion que par l’obscurantisme
et par les idées machistes tendant à les contenir et à les
soumettre.
Les femmes ont
une grande responsabilité. Elles doivent savoir qu’elles sont
libres. Elles ne doivent laisser personne leur imposer une image
stéréotypée ou leur dire quels vêtements elles doivent porter !
Elles doivent prendre la parole et assurer leur
visibilité. Elles doivent arrêter de faire l’apologie du travail
dans l’ombre non par ambition personnelle mais par souci
d’affirmer leur droit légitime à participer à la gestion des
affaires publiques car elles sont concernées au premier plan !
Elles doivent
s’engager et investir les partis politiques !
La parité est devenue une nouvelle valeur incontournable pour
réaliser la démocratie.
Certes à l’échelle des candidates, l’escalade parait bien dure
mais le seul moyen d’y arriver est de s’engager.
Il est nécessaire d’être convaincu que la participation
politique et économique des femmes c’est la clef du
développement d’autant plus que les défis de la mondialisation
nous imposent de ne plus perdre de temps.
En utilisant toutes nos énergies et capacités, ensemble, femmes
et hommes, nous avons l’espoir de voir notre monde tourner
un peu plus rond …avec moins de pauvreté, moins d’injustices et
moins de violence et avec plus de justice, plus de paix, plus de
démocratie, plus d’égalité, plus d’humanité!
Merci de votre attention.
Asha HAJI
ELMI AMIN
(Somalienne,
mariée, mère de famille. Elle mène, à travers le continent
africain, une croisade incessante en faveur de la place des
femmes comme artisans de paix..Elle a obtenu que les femmes
siègent au parlement de Somalie. Elle a fondé en 1992 le
Save Somali Women & Children-SSWC-, est membre du Transitional
Federal Parliament –TFP- de Somalie, du Pan-African
Parliament-Johannesburg, South Afric a- et de Femme Solidarity
Africa-FAS).
Intervention
de Asha HAJI ELMI AMIN : une somalienne au coeur de la
tourmente.
Je suis Asha Agi
Amin de Somalie – mère de 4 enfants – Je suis présidente
de « Save the Somali women and children ». Je suis aussi membre
du Parlement Somalien. Comme je l’ai promis, je suis très
heureuse de vous partager mon expérience des femmes
somaliennes pour la promotion de la paix et de leur
participation politique concernant les conflits armés.
La Somalie est un
pays pauvre de la corne de l’Afrique, avoisinant Djibouti,
le Kenya et l’Ethiopie. Ce pays connaît la guerre civile et
l’instabilité politique depuis 16 ans. Alors que je vous parle,
de violents combats sont en train de se dérouler à Mogadiscio -
la capitale. Comme toujours dans tout conflit armé, ce sont les
femmes et les enfants qui sont les premières et dernières
victimes de la guerre – une guerre qu’ils n’ont jamais souhaité
et qu’ils n’ont jamais décidé.
Pendant cette guerre, des femmes ont été tuées, violées,
torturées, déplacées. Elles ont perdu des êtres chers :
maris, fils, frères, pères …souvent, elles doivent assumer
la responsabilité d’un fardeau supplémentaire en pourvoyant aux
besoins de leur famille.
Celles qui souffrent le plus sont les femmes qui ont contracté
des mariages inter clan; elles ont été rejetées par leur clan
d’origine et le clan de mariage. Comme les clans ne leur font
pas confiance, elles éprouvent des traumatismes d’ordre
émotionnels et relationnels. Il se trouve que je suis une de ces
femmes. J’ai vécu cette expérience traumatisante et j’aimerais
la partager avec vous. La guerre est survenue en 1991…Je
réalisai alors pour la première fois que mon mari et moi
avions une identité différente. Bien sûr, je savais que nous
venions de 2 clans différents, mais je ne pensais pas que nous
pourrions être séparés à cause des hostilités entre clans.
Pareillement, je ne pensais pas qu’il fut possible que mes
relations proches me tiennent à l’écart des affaires de famille
tout simplement parce que mon mari et mes enfants appartenaient
à un clan rival ; je n’était plus considérée comme un membre à
part entière par les deux clans – ils me voyaient comme une
espionne et un traître – et j’étais donc écartelée entre
les deux avec une identité « partagée » à 50/50…
Dans cette période pénible et stressante pendant laquelle
je tâchais de trouver la totalité de mon identité, je réalisais
que l’identité totale à laquelle les femmes peuvent
s’identifier, c’est l’identité de leur féminité. Au lieu d’être
passive vis-à-vis de ce stress et de cette peine, je
décidais d’en faire une force … en partageant cette expérience
et mes sentiments avec d’autres femmes vivant la même
situation que moi – mais qui n’avaient pas le courage de
parler…De cette démarche naquit l’ONG « Save the Somali Women
and Children » que je dirige. Elle est née de la colère, de la
douleur, de la frustration des femmes pendant cette guerre
civile. Elle a été fondée par des femmes de clans, de bords
politiques et de contextes sociaux économiques différents –
elles partagent les mêmes engagements et les mêmes
préoccupations pour la promotion de la paix et le renforcement
des capacités des femmes. La mission principale de cette ONG est
de rassembler toutes les voix des femmes pour la paix et de
créer un espace politique à leur intention.
Depuis 1992,
cette association est impliquée activement dans la médiation, la
résolution et la gestion des conflits. Nous retournons à notre
avantage les connections de nos membres aux différents clans et
les utilisons comme des moyens positifs pour promouvoir la paix.
Les femmes ainsi deviennent ambassadrices pour la paix et notre
action de terrain est vitale pour mobiliser, organiser et
préparer les femmes à définir leur agenda pour la paix.
Notre organisation a réalisé de grandes choses.
Historiquement, la réalisation la plus remarquable, est la
formation du 6ème
clan – en faite, le clan des femmes de Somalie.
Pourquoi et
comment ce clan a-t-il vu le jour ? Les femmes somaliennes
étaient exclues d’une participation à une conférence somalienne
importante de réconciliation qui avait lieu à Djibouti en l’an
2000- tout simplement parce que nous étions des femmes et que
nous ne représentions aucun clan. Dans notre société
patriarcale, les femmes n’ayant pas la responsabilité de
protéger le clan pendant le conflit, n’ont pas le droit de
représenter celui-ci
à la table des négociations ; on se servit de cet argument pour
nous tenir à l’écart de cette conférence importante et de portée
nationale pour trouver des solutions…
Nous n’avons pas
accepté cette logique. Nous nous sommes opposées avec force à
cette injustice sociale et nous nous sommes levées pour faire
valoir nos droits. C’est le courage, la ténacité, la
persévérance, la vision et le dynamisme de SSWC qui a
permis aux femmes de s’organiser au-delà des appartenances de
clan, qui les a rassemblées pour former un clan avec une
identité qui leur était propre – et ainsi participer pleinement
à cette démarche. Nous avons exigé d’avoir ce rôle qui
nous revenait de droit, nous avons exigé notre place dans ce
processus de réconciliation nationale.
Nous étions convaincues que notre participation en tant que
femmes et que mères était vitale. Nous avons fait monter la
pression dans notre pays hôte (Djibouti) – vis à vis des
personnes clefs que sont les aînés dans les clans, des chefs
religieux… Nous avons également noué des alliances stratégiques
avec des chefs de différents clans, des savants islamiques, des
chefs politiques pour soutenir notre cause. …
Alors que je sillonnais le pays pour la cause de notre clan de
femmes, un groupe vint me trouver –il s’agissait de gens de mon
clan d’origine – En faite, ils voulaient me soudoyer et m
‘offrirent la possibilité de siéger avec eux dans le clan.
Je refusais. Je leur faisais comprendre que je ne me battais pas
pour moi même mais pour la grande cause. Après beaucoup de
soubresauts notre droit à participer fut enfin reconnu. – voici
comment est né ce sixième clan qui marqua la nouvelle
participation des femmes à la vie politique du pays. Pourquoi un
6ème clan ? Dans notre structure traditionnelle, nous avons en
tout et pour tout 5 clans et le nouveau clan, celui des femmes
devint le 6ème clan. L’appartenance à ce clan conféra une
nouvelle identité aux femmes de Somalie. Je fus alors honorée
par les femmes qui m’en attribuèrent la présidence et j’allais
siéger avec les chefs des 5 autres clans qui étaient au coeur de
cette démarche nationale. Voici comment j’arrivai à la
table haute des négociations en tant que partenaire à égalité
avec les hommes pour la première fois dans l’histoire de la
Somalie.
Et voici comment les somaliennes purent participer complètement
à ce processus politique qui jusque là était dominé par
les hommes.
La création du 6ème
clan nous a permis de faire des avancées historiques, sociales
et politiques importantes : plus particulièrement les femmes ont
apporté une dimension de compassion, d’empathie, des solutions
pratiques, la notion de pardon dans ce processus de paix. Cette
conférence pour la première fois eut des résultats constructifs.
Une autre avancée importante fut bien sûr d’extraire les femmes
de leur rôle périphérique pour les amener au centre des
négociations en tant que partenaires égales aux hommesCe fut un
défi porté au schéma culturel et social existant. Un espace
politique fut enfin dévolu aux femmes. Un quota pour les femmes
somaliennes fut inscrit dans la chartre et j’en suis fière. Nous
avons une chartre, et le quota est de 12% ce qui équivaut à la
présence de 23 femmes au parlement.
A travers notre
identité du 6ème clan, nous avons également pu créé
un ministère de la Femme -qui était alors une simple
branche du ministères des affaires Sociales et le ministre qui
en est chargé est bien entendu une femme.
L’avancée la plus spectaculaire d’une certaine façon est l’
évolution du langage « constitutionnel » de notre pays qui
jusque là prenait en compte le masculin uniquement.
Nos sommes passés de : Monsieur le Président – nommera le
Premier Ministre – et IL nommera les membres de son cabinet….à
Monsieur le Président ou Madame la Présidente nommera un Premier
Ministre et IL ou ELLE nommera les membres de son cabinet.
Je rappelle que
toutes ses avancées furent conquises de haute lutte grâce à
notre courage, notre persévérance, et notre vision. Il y a un
prix à payer pour toute réalisation importante. En faisant
avancer la cause de la paix et de notre participation à la vie
politique, nous payons le prix fort :
Nous risquons nos vies, nous sacrifions nos familles et note
temps, nous avons perdu des êtres chers qui étaient aux postes
avant de ce combat ou qui furent assassinées. D’autres sont
mortes de maladies liées au stress dans cet environnement
hostile. Certaines d’entre nous vivent sous la menace.
En plus des tueries, de assassinats, des insultes, des
calomnies, des abus qui font partie de nos vies quotidiennes,
voici une anecdote que je souhaite partager avec vous… 10 jours
après le début de séance parlement somalien dont je
suis membre, je rencontrais un chef de faction très
puissant qui est député également. Il m’interpella: « Asha, tu
sais que nous te respectons et nous t’admirons mais il semble
que tu abuses de la situation. Tu es une empêcheuse de tourner
en rond ! » Choquée, je lui demandais ce qui me valait ce genre
de remarques. Il me répondit :
« Asha, tu sais bien que c’est à cause toi que nous sommes
encombrés d’un tas de femmes sans intérêt et inutiles ici au
parlement. Le jour du jugement dernier, il faudra bien que tu
répondes de cela » je lui rétorquais alors : « Si c’est le
cas, j’assume sans problème, mais ne te rends tu pas
compte qu’ici, il y a des hommes sans intérêt et tout aussi
inutiles. »
C’était clairement une tentative d’intimidation –voire une
menace, mais la bonne nouvelle, c’est que nous nous laisserons
pas faire, et que nous continuerons notre combat avec
force et confiance tant que nous croyons en ce que nous faisons
et ce pourquoi nous le faisons.
Chères sœurs, chères mères, chers pères, l’expérience monte que
le chemin vers la paix est semé d’embûches et bien risqué – il
requiert courage, persévérance et un fort engagement.
Pour conclure, je
pense à toutes les mères somaliennes qui avec leurs enfants sont
au cœur des conflits politiques. Les femmes souffrent
aujourd’hui comme elles souffrent depuis 16 ans. A ce moment si
difficile de leur vie, elles ont besoin de votre compassion, de
votre empathie, de vote solidarité et de votre soutien
Je vous remercie e votre attention.
Chris DONNELLY
remercie Asha HAJI ELMI AMIN et donne la parole à SAR la
princesse Esther KAMATARI.
Née au
Burundi, mariée à un français, elle a trois enfants. Elle a pris
une part très active aux actions humanitaires menées à partir de
1990 au Burundi. Présidente de l’association des Burundais de
Paris, elle a organisé plusieurs convois humanitaires notamment
en faveur des orphelins du Burundi et mis en place le programme
«Un enfant par Rugo» impliquant 800 femmes burundaises.
Elle a mené des études sur les traumatismes chez l’enfant
orphelin de guerre, sur les besoins de ces enfants en famille
d’accueil et sur l’impact de l’environnement politique sur les
réussites scolaires de 1990-1997.
Intervention
de S.A.R la princesse Esther KAMATARI
Le combat que je mène est celui que ma mère m’a transmis. Ce
sont souvent les mères qui imprègnent leurs enfants des
principes de paix et de justice sociale. C’est grâce à ma
mère que je suis ce que je suis et que je mène le combat que je
mène. Je demande une minute de silence pour toutes les mères.
La paix du point de vue de la mère ce n’est pas l’absence de
guerre, la paix implique un bien être total, une sécurité
alimentaire, physique, psychologique et morale, elle passe par
l’enseignement, la liberté politique, l’aptitude à participer
aux décisions qui engagent le pays
dans la voie du développement. Ces libertés sont aussi
fondamentales que le savoir lire et écrire.
Peu de mères ont le luxe de vivre en paix.
Au Burundi, après la fin du conflit, on a connu un accroissement
de l’insécurité, subi de nombreux actes de violence du
fait du nombre d’armes en circulation.
La décennie de guerre civile a détruit le système de santé : il
meurt 1 000 enfants pour 100 000 naissances, 85% de enfants sont
allaités jusqu’à 23 ou 24 mois faute de nourriture.
La situation économique et les conditions de vie sont
extrêmenent difficiles pour les femmes car elles n’ont pas
accès à la terre ni aux sources de production, elles subissent
la dégradation de l’environnement et les déplacements constants.
Le Burundi se retrouve au 169ème rang sur 177 du
classement mondial selon l’indice du développement humain.
Sa dette extérieure représente 170% du PNB.
Autre effet de la guerre, le stress psychologique du à
l’effondrement des structures familiales. La disparition des
hommes a de graves incidences sociales et culturelles.
Beaucoup de mères sont devenues chefs de ménage. Face à ce
contexte de crise, les femmes se sont regroupées et ont ainsi
contribué activement à la promotion de la paix et à la sécurité.
Les organisations féminines burundaises nées en 1996
telles que Femmes pour la paix ou l’association des veuves
du génocide ont permis une mobilisation des populations sur les
effets sociaux des conflits. Par leurs messages de paix, ces
inititives ont permis de rapproches des groupes divisés.
Ma contribution
humanitaire a été l’envoi de Paris, par différents convois,
d’aide humanitaire d’urgence à tous, hutu et tutsi.
Les mères du Burundi restent très en marge des instances et des
processus de paix du Burundi.
Pendant les 6 premières années de sa vie, l’enfant va apprendre
de sa mère le sens de l’engagement et de la détermination. La
mère doit être déterminée envers et contre tout. Les mères
restent d’une grande vulnérabilité économique car la dette
extérieure mange la plus grande partie du budget national et que
la prise de responsabilité des femmes dans les instances
politiques est trop faible.
En tant que mère burundaise, je demande de 2 choses :
- que le MMM demande l’annulation de la dette extérieure du
Burundi
- de lutter de toutes vos forces contre la circulation des armes
légères dans le pays. Les premières impliquées dans la guerre ce
sont les petites filles.
Je vous remercie
Témoignages :
modérateur Delphine BONJOUR
Wafia
LANTRY : « Comment
agir concrètement pour aider les mères au niveau d’un
pays ».
Marocaine, directrice des projets de la Ligue Marocaine pour
l’Enfance qui est une association très importante reconnue
d’utilité publique depuis 1967 et qui est une expertise à
l’échelon national. Elle doit son rôle aux efforts conjugués de
toutes les mères qui ont aidé à son développement. Elle comporte
30 bureaux à l’échelon régional.
La ligue
est l’instigatrice de tables rondes notamment sur l’enfant
abandonné, sur les mères célibataires pour lesquelles elle a été
à l’origine de la création de premier centre d’accueil pour la
prévention de l’abandon de l’enfant et leur réinsertion
professionnelle pour les aider à se prendre en charge avec leurs
enfants. La ligue a lancé la première enquête sur le travail de
la petite fille bonne (elle travaille à partir de 5 ans alors
que le droit de travailler doit commencer à 15 ans) dans les
ménages pour bannir ce travail désormais strictement réglementé
par le code du travail.
L’analphabétisme
particulièrement celui des petites filles est très élevé ; la
Ligue s’attache à faciliter la scolarisation par la création des
crèches et garderies publiques au profit des mères démunies (40
à travers le pays) mais leur nombre étant insuffisant , un
projet sur 3 ans est en cours, il est mené par la Ligue en
partenariat avec les collectivités locales et le ministère des
Affaires sociales son objectif consiste à mettre en place 5OO
garderies dans les 500 communes qui s’engagent à mettre à
disposition un local pour y installer des garderies. Depuis la
signature de ce projet en octobre 2005, nous avons ouvert
14 garderies au premier semestre 2006, 20 au second semestre, 50
vont ouvrir cette année. Nous voyons ainsi comment un projet
local a pu prendre une dimension nationale grâce à l’implication
de tous.
Rita BISWAS :
Je voudrais remercier MMM de me permettre d’apporter mon
témoignage. Je suis heureuse parce que mon mari, mes enfants
m’aident dans les actions que nous menons au sein de la
Fondation de Reconstruction rurale. J’ai vu des centaines de
mères et d’enfants qui se dégradaient dans des bidonvilles, sans
eau, sans soins, faute d’argent pour aller voir un médecin ou
pour nourrir leurs enfants. Nous aidons plus de 150 mères qui
n’ont aucune qualification professionnelle. Nous les réunissons
toutes les semaines pour réfléchir sur leurs problèmes et nous
constatons des progrès dans la manière dont elles se prennent en
charge et assument leur famille. Nous mettons l’accent sur la
scolarité des filles, nous avons 9 écoles ouvertes à 4 100
enfants qui pourront ensuite contribuer à l’évolution de leurs
familles.
Les dirigeantes de la Ligue sont des mères avant tout.
Carmen
QUINTANILLA : « Député
et femme de terrain : mon expérience ».
Présidente de
l’association Affamer particulièrement active auprès des femmes
et des mères en milieu rural. Leur permettre de faire entendre
leurs voix et de surmonter les difficultés auxquelles elles sont
confrontées. Depuis 30 ans, les mères espagnoles sont entrées
dans le monde du travail. Les femmes ont travaillé au travers de
différentes associations pour être représentées au parlement
espagnol où elles occupent actuellement 35% des sièges.
Les femmes ont
mené une véritable révolution, elles ont lutté contre les
discriminations salariales, les violences subies par elles, les
violences de la rue pour faire triompher l’égalité. Elles ont
été entendues mais elles doivent maintenant obtenir que soient
tenus les engagements pris par les conférences internationales
qui permettent l’incorporation des femmes au monde politique,
professionnel pour construire un monde plus égalitaire. Les
mères jouent un rôle essentiel contre le machisme et contre
toute forme de discrimination.
Stéphane
METERFI : « Pour moi,
ma mère c’est... ».
Il a reçu le prix
des cités, il est accompagné de sa mère qui a eu 10 enfants
Ma mère c’est ma
fierté, ma boussole, ma sagesse elle est toujours au courant...
elle a toujours été là. Je travaille dans les quartiers et je
vois des jeunes qui ont honte de leurs parents parce qu’ils ne
savent pas lire et écrire. Je leur dis soyez fiers de vos mères,
et vous les mères soyez fières de vos fils, de vos enfants.
Conclusion du congrès
Jill DONNELLY
remercie toute l’équipe du MMM grâce à laquelle ce congrès s’est
tenu dans d’excellentes conditions. Elle remercie aussi tous les
intervenants venus du monde entier et les excellentes
interprètes qui ont permis à chacun de participer au mieux.
En ce qui
concerne les apports du congrès, elle fait le constat que
deux thèmes ont émergé de façon très nette :
- encourager
les mères à agir : on pense alors au modèle du MMM France
que constitue ces groupes de paroles où les mères parlent aux
mères. Faire accepter les mères dans les quartiers, organiser
pour elles un système de formation pour une meilleur
compréhension des conflits, pour qu’elles deviennent des
vecteurs de paix, ces programmes se feraient compte tenu
du programme scolaire de chaque école. D’autre part, former les
mères pour être animatrices de ces groupes.
Si vous avez encore des idées, merci de nous les transmettre par
mail.
- faire
reconnaître l’importance des mères auprès des sociétés :
s’adresser aux média, aux autorités, aux politiques pour que ce
rôle soit reconnu à tous les niveaux : local, national,
international.
Le MMM est actuellement fort de 60 associations dans 40 pays,
Jill lance un appel à toutes les associations qui œuvrent dans
le même sens que le MMM pour qu’elles adhèrent en nombre ce qui
renforcera notre crédibilité auprès de l’ONU.
Laeticia HALLIDAY
Ce congrès a été très enrichissant pour moi. On n’arrive pas
dans l’engagement par hasard. A travers les épreuves, on se
construit soi-même, donc on apprend à s’aimer puis à aimer les
autres. Il faut donner la parole à ceux qui sont contraints au
silence.
Il est essentiel de transmettre les valeurs que nous avons
reçues, or aujourd’hui elles sont souvent oubliées, à nous de
les faire vivre.
Ce congrès et ces témoignages sont pour moi une leçon de vie.
Merci.
Isabelle de
RAMBUTEAU adresse tous les remerciements du MMM aux sponsors
sans lesquels il n’aurait pas été possible de
mettre en place une telle réunion dans tel un lieu :
le groupe DEVOTEAM,
le groupe FLEURUS,
le cabinet BAKER et MACKENZIE,
la société PLAGE,
la Fondation Jean-Luc LAGARDERE,
YOPLAIT,
la société C Plus EVIDEMMENT
et le Ministère de la santé et des solidarités.
Elle
appelle les membres du MMM et les intervenants à monter sur la
scène pour souffler les 60 bougies du MMM et immortaliser ce
grand moment par des photos souvenir. |
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