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1000 MERES POUR LA PAIX
JEUDI 29 MARS
Introduction
JILL DONNELLY, présidente du MMM
Anglaise, mariée,
mère de 2 enfants, diplômée en langues modernes - français et
russes - elle a enseigné pendant plusieurs années, a
exercé comme professeur auprès d’enfants en difficultés et comme
juge spécialisée dans les problèmes concernant la famille et la
jeunesse. Plus récemment en Belgique, elle a été responsable de
l’organisation de forums de dialogue entre l’Europe de l’Est et
du Centre. Présidente du MMM depuis l’an 2000, sa préoccupation
actuelle est d’améliorer la compréhension entre des associations
de tous horizons par-delà les différentes cultures pour que des
femmes de tous pays puissent, grâce à des stratégies communes,
construire la paix et la sécurité pour leur famille et
pour leur pays.
Bienvenues,
chères mères et merci d’avoir rejoint le mouvement mondial des
mères - le MMM – pour célébrer 60 ans de travail en faveur des
mères et de la paix.
Voyons les questions que nous allons aborder.
1 – Pourquoi
chacune d’entre nous, sommes-nous concernées par la paix ?
Simplement, parce que c’est
l’état où toutes les entreprises humaines peuvent être
couronnées de succès ; il s’agit de la paix au sens le plus
large possible: paix dans l’esprit, paix dans la famille, paix
dans la communauté, paix dans la nation ou un monde en paix .
Mais la paix est fragile, trop facilement détruite par le
malentendu, réel ou engendré par des idéologies extrêmes, par un
sens de l’injustice, de la corruption ou simplement à
cause de la nature humaine. Et ceci est au centre de notre
affaire : la paix n’arrive pas en tombant du ciel ou apportée
par une colombe blanche. Pour construire la paix nous avons à oeuvrer sans relâche pour lutter contre la violence et les pires
aspects de la nature humaine partout de la table de la cuisine à
celle des négociations.
Des hommes et des femmes, à travers le monde, consacrent leur
vie à l’édification ou au maintien de la paix. Mères et pères
apportent des qualités très différentes mais essentiellement
complémentaires pour élever leurs enfants. L’homme et la femme
et leurs apports sont également importants. Cependant, au cours
des différents échanges qui vont suivre, nous allons évoquer les
qualités spécifiques des mères dans l’édification de la paix et
la manière dont les femmes peuvent atteindre ce but.
2 – Pourquoi
les mères sont-elles si importantes ?Nous
aimons toutes nos mères et elles sont très importantes pour
nous. Mais pour la société, les mères sont encore beaucoup plus
importantes : elles mettent les enfants au monde et sont
les premières à leur apprendre comment vivre. Les mères
alimentent dans leurs enfants les valeurs et les attitudes qui
leur sont inhérentes pendant l’adolescence et l’âge adulte ; et
ce sont ces attitudes et ces valeurs qui font, ou défont les
relations familiales, l’esprit communautaire et la fierté
nationale ; elles recouvrent tout ce qui est nécessaire pour
vivre ensemble en harmonie.
« Une mère, par conséquent, détermine les valeurs morales et
spirituelles de la nation toute entière, celà a un impact sur
l’éthique (ethos) de la communauté internationale ». Ce ne sont
pas mes mots mais ceux de la charte des mères inscrits dans le
document fondateur du MMM en 1947.
L’influence de la mère dépasse largement sa maison. Une mère
contribue chaque jour au développement économique et social de
son pays et par là à la place de celui-ci dans le monde.
C’est la raison pour laquelle le MMM a oeuvré depuis 60 ans pour
appuyer et faire reconnaître le rôle des mères.
3 – Pourquoi
le Mouvement mondial des mères se révèle-t-il tellement efficace
pour rattacher ensemble ces deux concepts : mères et paix ?
En tant qu’organisation internationale reconnue, le MMM a sa
place parmi les 135 ONG ayant le plus haut niveau de statut
consultatif à l’ONU, il participe aux travaux du conseil
économique et social et de ses agences nationales, il représente
les mères dans les conférences internationales des nations unies
ainsi qu’à leurs sessions et groupes de travail, il est la voix
des mères quelles que soient leur provenance sociale, culturelle
ou religieuse. Le MMM est constitué de 60 associations
travaillant dans 40 pays et représentant près de 6 millions de
mères auxquelles le MMM permet de participer à la mise en place
des règles du Millénium pour le développement ainsi qu’à la
résolution pacifique des conflits dans le monde.
Le MMM travaille aussi sur le terrain où près de 20 millions de
personnes bénéficient de son action. Parallèlement à
l’extraordinaire travail des associations membres, le MMM a
organisé par exemple, des ateliers de recherche en partenariat
avec l’OTAN dont l’objectif est aussi la paix. Il s’agissait
ainsi de donner aux mères serbes le moyen de surmonter le
traumatisme de leurs enfants après la guerre ; de même en
Moldavie en mettant en place des mesures officielles pour
combattre les trafics humains ; enfin le MMM a organisé à
Beyrouth la première conférence après la guerre au Liban pour
exalter le rôle des mères dans l’édification de la paix et de la
sécurité.
4 – Qu’est-ce
qui pousse une mère à agir pour la paix ?
Chaque fois qu’une femme donne la vie, elle pose un acte de foi
en l’avenir. L’engagement de la mère se fait en faveur d’un
futur sain, où son enfant trouvera harmonieusement sa place pour
réaliser pleinement son potentiel dans tous les domaines de sa
vie. La plupart des mères sont prêtes à travailler dur et à
prendre de grands risques pour assurer le bien-être de leurs
enfants. C’est pourquoi l’importance du rôle des mères constitue
vraiment le pivot de la compréhension et des remèdes aux
nombreux problèmes sociaux et politiques quotidiens.
Construire la paix est un travail difficile et sensible.
Certaines mères ne réalisent pas l’influence qu’elles ont sur
leurs enfants et hélas certaines ne s’occupent pas de leurs
enfants. Mais la plupart d’entre elles ont beaucoup des qualités
nécessaires : bon sens, tact, patience, capacité de faire
plusieurs tâches à la fois, talents de communication, force de
faire face aux déceptions et aux échecs, volonté de ne jamais
baisser les bras et il y a une force que les mères possèdent et
qui est généralement négligée par les artisans de paix :
l’amour. L’attention portée par les mères au bien-être et à la
bonne santé de leurs propres enfants les ouvre aux difficultés
des autres. Il n’y a rien de plus fort que l’amour d’une mère.
Et là sont les compétences acquises par les mères dans leur
fonction maternelle. Imaginer seulement quelle force puissante
les mères pourraient avoir dans le monde si elles étaient
formées à l’action politique.
Voici l’objectif de ce congrès du 60enème anniversaire : aider
les mères et les leaders politiques à reconnaître ensemble tout
l’intérêt de développer et d’utiliser les qualités naturelles
des mères pour construire la paix dans les foyers, dans les
communautés et dans le monde entier. Peut-être avons-nous aussi
besoin d’une autre qualité : la confiance dans l’humanité et
ceci est l’essence du travail de l’UNESCO... c’est pourquoi, je
donne la parole à Monsieur Pierre SANE, sous-directeur pour les
sciences humaines et sociales à l’UNESCO.
Intervention
de M. Pierre SANE,
Directeur-adjoint pour les Sciences Humaines et Sociale à
l'UNESCO
C’est avec une grande
satisfaction que l’UNESCO accueille aujourd’hui votre congrès et
ce d’autant plus que son thème est le même que celui qu’avait
choisi l’UNESCO début mars pour célébrer la journée
internationale de la femme. La paix est bien au centre des
préoccupations de l’UNESCO à travers la culture et les relations
sociales. Elle implique l’existence d’un équilibre et d’une
harmonie entre les pouvoirs politiques. En effet la violence
domine lorsqu‘il y a une distorsion entre l’attente des
personnes et le pouvoir politique. Les autorités politiques
normalement représentées par des hommes ne vont pas toujours
dans le sens de la paix alors que, grâce aux réseaux qu’elles
forment entre elles, les femmes ont une connaissance profonde
des problèmes à résoudre au sein de leur communauté pour
sauvegarder la paix.
Le sexe dit faible a souvent payé le prix le plus fort
dans les guerres et les conflits armés. De plus, leurs droits
sont souvent bafoués et elles sont victimes de violences.
C’est pourquoi la résolution 13-25 de l’ONU a émis des
recommandations pour que soit reconnu et promu le rôle des
femmes dans la construction de la paix. Ceci passe
nécessairement par la promotion des droits des femmes, par la
mise en place d’une égalité et d’une parité homme/femme.
Le secteur des sciences sociales et humaines de l’UNESCO
travaille à la diffusion de ces recommandations ; ainsi il a
oeuvré pour l’ouverture à Ramalah d’un centre de recherche et de
documentation des femmes et travaille à la mise en place d’un
autre dans la région des grands lacs en Afrique.
Il n’y a pas de paix durable sans développement et sans égalité.
Egalité, développement et paix sont étroitement intriqués et le
rôle des femmes dans ce processus est fondamental. L’UNESCO qui
est une organisation intellectuelle appuie ce mouvement par ses
actions.
Jill
DONNELLY remercie Monsieur SANE et rappelle avec émotion
que c’est dans les locaux du premier bâtiment de l’UNESCO que
fut fondé le MMM en 1947, quand, juste à la fin de la deuxième
guerre mondiale, plusieurs centaines de femmes venues du
monde entier se réunirent pour un congrès intitulé « les
mères bâtissent la société ». Les femmes, particulièrement des
mères, avaient du, alors que leurs époux étaient mobilisés,
maintenir seules non seulement leurs familles mais aussi leur
économie nationale et la production.
Au congrès, elles avaient manifesté leur volonté de reconstruire
leur pays et de recréer les conditions d’une paix durable et
d’un monde meilleur pour leurs enfants. En conclusion, elles
décidèrent de fonder le MMM. Et depuis le début, le concept de
mères travaillant pour la paix est resté un principe directeur
de leur action.
Nous sommes heureuses de pouvoir nous référer à Monique de
VAUBLANC qui est présente parmi nous aujourd’hui et qui a bien
voulu accepter d’évoquer pour nous son engagement au cours d’une
interview dont nous vous présentons maintenant l’enregistrement
filmé.
Au cours du congrès sont abordés tour à tour différents thèmes
donnant lieu à des tables rondes et à des témoignages.
PREMIER THÈME : CONSTRUIRE LA PAIX
DANS LA FAMILLE
Comment éduquer nos
enfants à la paix ?
Table ronde
n°1 animée par le Docteur Josi SALEM PICKARTZ
"Elles leur apprennent à participer
au bien-être de la famille, leur donnent des responsabilités et
les aident à résoudre les problèmes et les conflits, elles
interviennent comme médiateur."
Allemande, mariée à
un Jordanien, mère de 2 enfants, elle a près de 30 ans
d’expérience en psychologie appliquée au service des personnes,
des familles, des groupes et des communautés. Elle est
particulièrement impliquée dans la formation continue des
éducateurs et des professionnels de la santé. Elle les aide à
diagnostiquer, prévenir et résoudre des situations de crise à
l’aide, entre autre, d’outils de communication.
Nous allons voir comment les
mères sont les premières éducatrices de leurs enfants à la paix
ce qui m’amène à quelques remarques préliminaires.
Les Nations Unies ont proclamé les années 2001-2010 la décade de
la culture de la paix et de la non-violence vis à vis des
enfants. Or depuis septembre 2001, nous avons vu émerger la
violence un peu partout dans le monde en même temps que se
déroulaient des déplacements de population dont les victimes
sont en majorité des femmes et des enfants (85 % des personnes
déplacées).
L’éducation à la paix consiste à développer en chaque individu
l’intégrité, l’unité et l’harmonie au sein de la famille ainsi
que dans l’environnement social et spirituel ; elle promeut une
coopération fructueuse entre les personnes, les familles, les
communautés et entre les sociétés et ce sans violence ni
hostilité ; enfin elle crée des relations tolérantes et
harmonieuses basées sur le respect mutuel.
Beaucoup
d’enfants naissent dans un environnement protecteur très
favorable mais beaucoup d’autres n’ont pas cette chance et
grandissent dans le chaos et la destruction et expérimentent la
privation de leurs besoins et de leurs droits fondamentaux.
Dans tous les temps et dans toutes les sociétés, les mères
sont les premières éducatrices de leurs enfants. Elles leur
apprennent à survivre et à avoir confiance. Elles assurent leur
protection en cas d’insécurité et de danger.
Ainsi, en 1983, pendant la guerre froide, je vivais en
Allemagne, mon fils était très malade et je craignais pour sa
vie car il y avait des fusées pershing en place près de chez
nous. J’ai pris alors l’initiative de faire réfléchir des mères
pour qu’elles assurent à leurs enfants un environnement plus sûr
et leur apprennent à préserver la vie.
Elles sont responsables de la construction des enfants jusqu’à
ce qu’ils aient 6 ans et tout ce qu’ils apprennent pendant ces
six premières années devient le fondement de leur personnalité.
Leur rôle est alors capital. Elles leur apprennent à participer
au bien-être de la famille, leur donnent des responsabilités et
les aident à résoudre les problèmes et les conflits, elles
interviennent comme médiateur. Face au désespoir, à la
destruction et à la mort, elles les réconfortent et leur
redonnent espoir. Par leur exemple, elles leur montrent comment
aimer et soigner, comment construire et non comment détruire la
vie.
Cependant, les mères sont largement oubliées dans les
déclarations officielles et dans les résolutions concernant
l’éducation à la paix et la construction de la paix. On évoque
le rôle des femmes presque jamais celui des mères. Il apparaît
donc vraiment important que ce congrès international MMM placé
sous le thème des mères pour la paix, se fasse l’avocat du rôle
actif joué par les mères dans l’éducation à la paix,
particulièrement dans la petite enfance, et dans la construction
de paix.
Josi SALEM-PICKARTZ introduit Marta de MARTIN qui va présenter
son travail concernant la formation des femmes à la maternité,
l’importance du lien
mère-enfant dans l’épanouissement et la construction du bébé et
la question du bien-être de la mère.
Intervention de Madame
Marta de MARTIN
"la maternité favorise le
développement d’une aptitude à servir et l’allaitement maternel
favorise naturellement cette aptitude"
Argentine, mariée à un médecin, mère de 6 enfants, Marta est
psychologue - écrivain - fondatrice de FUNDALAM-Ligue
internationale
pour l'allaitement
maternel qu'elle a dirigée pendant 21 ans-
elle est membre du MMM International. Son objectif est de
promouvoir
l'allaitement maternel et
la bonne santé des enfants en aidant les mères. Fundalam
a créé la première Ecole de Puériculture et
d'Education de
l'Argentine et un diplôme technique de puériculture et
allaitement maternel
Je vais commencer
en citant Mère Thérésa : « Le fruit de l’amour, c’est le service
et le fruit du service, c’est la paix ». La maternité favorise
le développement d’une aptitude à servir et l’allaitement
maternel favorise naturellement cette aptitude. Le lien
mère/enfant s’inscrit d’une façon indélébile dans chaque cellule
du corps de l’enfant. Cette mémoire cellulaire commence pendant
la grossesse et se poursuit après la naissance grâce à
l’allaitement qui contribue à développer le lien de la mère avec
son enfant. Ceci est particulièrement important pour les très
jeunes mères de 13/14 ans. Même si celles-ci se trouvent dans
des situations très précaires de grande pauvreté et de carences
alimentaires, il faut les encourager à nourrir pour qu’elles
s’attachent au bébé. Il faudrait pouvoir les accompagner dès la
grossesse.
La séparation
prématurée entre mère et bébé attaque directement ce lien étroit
et amoureux, et provoque des altérations de la future
personnalité du bébé. L’allaitement constitue la première
communication du bébé avec le monde extérieur, il permet de
créer des liens sains avec la société. De plus, la mère, ainsi
connectée avec son enfant, sait quand et comment répondre à ses
besoins.
Un bébé qui sent ses besoins vitaux satisfaits est un futur
homme de demain dont la personnalité sera harmonieuse, sans
violence avec une capacité d’empathie, à l’inverse de celui qui
n’ayant pas reçu le même amour pourra laisser dominer la
violence et l’agressivité. Des études menées dans des
communautés indigènes ont permis de vérifier ces tendances : le
comportement des bébés élevés dans des groupes pacifiques était
bien différent de celui de ceux qui avaient vécu dans des
groupes de guerrilleros.
Dans la culture moderne, nous voyons ce lien mère/enfant
compromis faute de temps par la reprise du trop rapide du
travail de la mère, par les problèmes économiques, par le désir
de posséder plutôt que d’être. Tout ceci a une influence néfaste
sur la formation de la personnalité de l’enfant et entraîne la
violence, le crime, les addictions, etc.
Ce qui vaut pour l’enfant et tout aussi valable pour la mère qui
quand elle réalise sa vocation de mère, développe d’autres
valeurs de vie et enrichit sa personnalité, ses compétences
faisant ainsi croître sa confiance en elle. La femme prend
conscience qu’en nourrissant son enfant, elle lui donne aussi un
amour désintéressé et lui transmet des valeurs porteuses de
liberté et de paix. La convivialité des hommes qui vivent dans
la liberté et l’amour mène naturellement à la paix. La confiance
en l’espèce humaine est une attitude naturelle qui nous pousse à
créer des communautés plus saines et plus conscientes de la
responsabilité qui leur incombe vis à vis des êtres humains qui
les composent.
J’aimerais terminer par une citation de la poétesse chilienne
Gabriela Mistral : « Beaucoup de choses importantes
peuvent attendre. L’enfant non, il est entrain de faire ses os,
de créer son sang et d’essayer ses sens, on ne peut pas lui dire
« demain », il s’appelle « maintenant ».
Josi remercie Marta et passe la parole au Docteur Edwige ANTIER
pour qu’elle évoque les difficultés rencontrées par les mères
dans leur rôle éducatif, l’importance de la communication au
sein de la famille et de la confiance en soi comme outil pour
cultiver la paix.
I
ntervention du Docteur Edwige ANTIER
" Un enfant bien porté,
bien bercé, bien nourri, entouré va acquérir une vision du monde
positive..."
Française, médecin, pédiatre diplômée en psychologie, elle
exerce la pédiatrie depuis plus de 30 ans. Journaliste à
Radio-France, elle a animé l’émission « Enfance » sur
France-Inter pendant 5 ans. Elle est chroniqueur sur
France-Info. Elue au Conseil de Paris, elle est membre du
Conseil d’Administration de l’Assistance Publique-Hôpitaux de
Paris . Elle est l’auteur de nombreux livres, en particulier « Eloge
des Mères » et « Elever mon enfant aujourd’hui ».
C’est un grand honneur et une grande émotion pour moi d’être ici
avec vous toutes les mères venues de partout. Merci aussi à
votre présidente du MMM France, Isabelle de Rambuteau.
Nous parlons du même sujet. Dans tous
les coins de la planète, quand des pays sont en guerre ou là où
les conditions de survie sont trop précaires,
presque toutes les mères sont soumises à des maltraitances, à
des violences. On pourrait penser qu’ici en France, c’est
différent or, ici j’ai tous les jours dans mon cabinet des mères
qui pleurent car il faut être femme et non mère, on se trouve
encore dans un discours archéoféministe... et le prix à payer
est très dévastateur pour les mères et leurs enfants. Désormais
les mères préfèrent un néoféminisme, c’est à dire un droit à la
dignité mais aussi un coeur plein du bonheur de son enfant,
ainsi l’épanouissement de la femme ne se fait pas contre
le développement de l’enfant. Il y a de plus en plus d’enfants
violents, agressifs, dépressifs, en phobie scolaire, en
conduites addictives parce qu’on les a arrachés trop tôt à leur
mère. Quand il faut reprendre le travail à 3 mois de bébé et ne
plus allaiter, c’est tout à coup la panique alors que la mère
pourrait continuer à allaiter. En effet, allaiter matin et soir
c’est possible et les mamans à qui on propose cette solution me
disent : « me retrouver avec mon bébé le soir et le nourrir, ça
me répare ». Si la maman pleure quand elle dépose
son bébé le matin, on la dit trop fusionnelle, on lui dit que
l’enfant doit être autonome, discours beaucoup trop précoce. Le
résultat c’est la perte de l’empathie. Il faut avant tout faire
naître l’empathie chez le petit c’est à dire la capacité à
comprendre les émotions des autres ; ceci s’apprend auprès
des parents. Il ne faut pas couper trop tôt ce lien. Or les
parents se séparent trop tôt de lui voire même divorcent
et réclament chacun de leur côté la garde alternée.
Un enfant bien
porté, bien bercé, bien nourri, entouré va acquérir une vision
du monde positive, la mère comprend les signaux de son enfant,
elle met du sens dessus, elle lui transmet ses valeurs par
petites touches ainsi l’enfant apprend peu à peu à aller vers
les autres. Un enfant bien compris, bien soutenu par son
père, sera un bon communiquant positif et porteur de paix. Au
contraire, le petit qui s’immunise très vite, s’habitue à
étouffer ses chagrins et à enfouir ses souffrances, ne souffrira
plus du mal qu’il peut faire à l’autre ; il deviendra de plus en
plus violent, surtout si vous ajouter a cela la violence
télévisuelle et des jeux vidée. Je suis de plus en plus inquiète
devant ces enfants-là de plus en plus nombreux. Il faudra le
réparer et lui redonner confiance dans la vie et dans les
autres.
Ne croyez pas que les enfants soient des enfants roi. Il
leur manque surtout dans les 3 premières années de la vie, cette
base de confiance et d’amour qui leur permettra d’avoir la
dignité d’une vraie vie sociale et morale. Donner aux mères une
vraie dignité sociale compatible avec leur rôle de mère. Les
centres de protection maternelle et infantile - PMI – étaient
très justement nommés, on a voulu à tort changer leur nom en
supprimant le mot « maternelle », or nous savons que l’on ne
peut pas protéger une enfant sans respecter ce que ressent sa
mère.
Josi remercie Edwige ANTIER et donne la parole au
professeur Amy HUDNALL qui, à travers ses expériences
multiculturelles, montre comment les mères peuvent gérer les
frustrations et les violences au sein de la famille et apprendre
à leurs enfants à grandir en choisissant chaque jour des chemins
de paix
Intervention de
Madame Amy HUNDNALL
(en cours de traduction)
Américaine, mère d’une fille, historienne dont de nombreux
travaux sont consacrés à l’évolution du rôle des femmes à
travers les siècles et les civilisations, elle est responsable
des recherches pour la paix au Centre de Recherche sur le
Judaïsme, l’Holocauste et la Paix de l’Appalachien State
University de Caroline du Nord.
Josi Salem
Pickartz
remercie Madame HUNDNALL et se tourne vers Madame Marie-Françoise
FUCHS qui va souligner, à partir
d’exemples
concrets, la contribution des
grands-parents à l’éducation à la paix des enfants, au
sein de la vie familiale.
Intervention du Docteur Marie-Françoise FUCHS
" ...nous devons transmettre ce
que nous avons appris et voulu, en particulier la fin des
querelles fraternelles, la paix en Europe."
Française, mère et
grand-mère, médecin psychothérapeute. Après plus de 20 ans
d'expérience à l'Ecole des
Parents, elle crée en 1994 l’Ecole des Grands-parents
Européens-E.G.P.E.- devenue Fédération des Grands-
parents Européens. Elle a découvert qu'il n'y avait ni
étude ni recherche engagées sur le rôle essentiel des
grands-parents dans la famille et la société.)
L’Ecole des
grands-parents Européens, par son intitulé même montre à la fois
que cette génération est encore et toujours en apprentissage
d’une part, et d’autre part que nous devons transmettre ce
que nous avons appris et voulu, en particulier la fin des
querelles fraternelles, la paix en Europe. Vous consacrez
ces journées pour parler de votre rôle et du nôtre
pour la paix, alors, je suis vraiment heureuse de vous
rejoindre pour cela. Un grand merci à vous de m’avoir
invitée.
Les grands-mères, ont beau aimer souvent follement, leurs petits
enfants, elles ne sont pas les plus importantes dans l’éveil de
l’enfant ; elles représentent un second cercle qui entoure
l’enfant après ses parents. Nous sommes appelés par elles et
eux, ce sont les parents qui nous font et nous permettent d’être
grands-parents.
Nous avons fort heureusement un rôle important et souvent
délicieux à jouer, nous avons une fonction propre et un
rôle en complémentarité des parents. Nous observons de très
nombreux exemples de la force et de l’équilibre que donnent des
relations réussies entre ces deux générations.
En appui aux parents, dans une relation affective très riche,
les grands-parents sont des atouts forts pour les nouvelles
générations. Ils sont à la fois ce qui les enracine, les relie
au passé, ils témoignent de leur insertion longue au monde, de
leur capacité à assumer et aimer la vie ; leur amour
inconditionnel et gratuit est un cadeau structurant et
sécurisant. La cellule familiale est élargie, donc plus répartie
sur des personnes unies dans le même désir de vie pour
l’enfant lui assurant ainsi une sécurité plus grande.
En 2004 nous avons avec le MMM France réalisé une enquête auprès
des parents et des grands-parents sur leurs rôles respectifs
dans la famille, dans la société et en Europe. Nous avons été
très heureux de constater sur environ 1200 réponses de GP que
93% d’entre eux désiraient contribuer à la construction de
l’Europe. Beaucoup, faisaient allusion à la PAIX. Nous avons
vécu la guerre que n’ont pas connue leurs parents et nous sommes
particulièrement attachés à promouvoir tout ce qui peut
favoriser et permettre cette paix.
Nous sommes donc mobilisés dans notre association pour militer
en ce sens. Nous avons organisé des visites variées pour les
grands-parents accompagnés de leurs petits enfants au Parlement
Européen où nous avons été reçus par un député et avons pu
assister à une séance, nous sommes allés visiter la maison de
Jean Monnet, nous sommes allés en nombre à Bruxelles, etc.
Chaque famille selon ses habitudes peut être un vecteur
d’approfondissement des connaissances des plus jeunes. Quelques
uns utilisent des « trucs », petits déjeuners ou repas
traditionnels d’un pays sont proposés lors d’un séjour, des
commentaires, des vues de carte postale, un jeu avec des
drapeaux à reconnaître, des puzzles etc. permettent de
parler de ce que la paix a apporté à chacun.
La paix qui passe
par l’Europe est un des aspects que nous pouvons utilement
proposer à leur réflexion. La paix en famille est encore
beaucoup plus importante. A certains moments favorables nous
sentons que nos petits enfants sont prêts, après un incident
fraternel ou scolaire à débattre de ce sujet avec nous.
Médiateurs de disputes, à l’écoute de leurs réactions, nous
pouvons quelques fois les amener à réfléchir, à comprendre la
destruction relationnelle que l’on peut éviter. Les parents qui
vivent une époque mouvementée, n’ont pas que les querelles des
frères et sœurs à vivre, ils ont les leurs propres, que les
enfants généralement ne comprennent pas, qui les effrayent.
Nous sommes particulièrement motivés pour essayer de promouvoir
plus largement dans nos familles des relations de paix. A
l’heure d’aujourd’hui, où l’instabilité des couples s’est
installée, nous tentons d’offrir un socle familial plus apaisé
et nous nous engageons très largement dans votre
démarche du respect de l’autre, de son accueil, pour la paix et
le progrès de notre fraternité humaine. Les
rivalités tuent, nous avons à nous employer à les apaiser.
La vie de nos enfants et de nos petits enfants est notre désir
le plus fort, plus précieuse que la nôtre, elle est notre futur.
Notre génération passe le flambeau de la vie, en
priorité.
Témoignages :
modérateur Isabelle de
RAMBUTEAU
Madame
Rosario de ORAA, présidente d’Accion
Familiar – Espagne.
" Quand la famille est
structurée et les mères aidées, on se trouve dans la meilleure
situation pour résoudre les problèmes..."
Rosario dirige une très
grosse association espagnole « Accion Familiar » active depuis
30 ans et membre du MMM. Elle a créé une fondation qui a
une chaire familiale à l’université : l’observatoire national de
la famille.
Au travers des travaux
menés depuis 28 ans, nous constatons qu’en Europe et plus
particulièrement en Espagne, la plupart des problèmes posés dans
l’éducation des enfants sont résolus quand la famille est stable
et que les parents prennent du temps pour leurs enfants, pour
les éduquer, trouver des solutions et faire d’eux des adultes
compétents.
La chair que nous avons fondée à l’université de Madrid depuis 4
ans connaît un vif succès ; le nombre des étudiants a plus que
doublé. Il s’agit de faire connaître la valeur de la
famille comme lieu de structuration, d’apprentissage de
l’harmonie. Quand la famille est structurée et les mères aidées,
on se trouve dans la meilleure situation pour résoudre les
problèmes. Ainsi un rapport qui a étudié l’échec scolaire a
montré que celui-ci n’était que très faiblement lié au nombre
d’élèves dans la classe ou à la qualité de l’école et de ses
enseignants mais qu’il résultait très directement de la
situation familiale. Dans la famille, l’harmonie, la
disponibilité, la stabilité et l’écoute sont les contrepoids de
cet échec.
L’observatoire travaille de manière totalement indépendante, il
fait découvrir la valeur de la famille. L’intérêt pour la
famille se développe quand on comprend à quel point la stabilité
familiale est importante pour le développement d’un peuple. Il
est certain que toute aide apportée à la famille contribue à sa
stabilité, d’où l’importance de développer une politique
familiale.
Madame Gwénola
DUBRULE, animatrice
d’éducation affective et sexuelle – France.Il
est essentiel de préparer les jeunes à la vie affective et
sexuelle, d’aider les filles à connaître leur corps et ses
rythmes, d’aider les garçons à maîtriser leurs pulsions et à
comprendre ce qui se passe dans leur corps et dans leur coeur.
C’est la mission que se fixent les animateurs Teen Star auprès
des jeunes dans les établissements scolaires où ils sont invités
à dialoguer avec eux.
Monsieur et madame d’AUDIFFRET,
présidents de Cap mariage – France
"Les mères savent combien sont importants une relation stable du
couple et un lien familial stable"
Ils oeuvrent à la
préparation de la vie conjugale dans un cadre républicain
aconfessionnel.
Comme vient de le dire Madame de VAUBLANC, s’engager en couple
pour durer c’est très important pour toutes les mères du
monde. L’union civile des parents est à la base du lien
familial et social. Or, dans beaucoup de pays en Europe, la
relation conjugale est de plus en plus fragile ce qui compromet
l’éducation des enfants, conduit souvent à la violence et à
l’échec scolaire. Il y a bien 276 000 mariages par an en France
mais 150 000 divorces avec une progression de plus en plus
rapide. Toutes ces ruptures de couple ont de graves conséquences
sur les parents et sur les enfants : violences diverses,
précarité, problèmes psychologiques, échec scolaire.
Les mères savent combien sont importants une relation stable du
couple et un lien familial stable.
« Quand les parents vont bien les enfants vont mieux ».
Comment éviter les violences conjugales, les mariages forcés,
les ruptures ?
A Cap mariage, nous informons sur les articles de la loi
française, sur les droits et les devoirs réciproques des
époux pour qu’ils sachent à quoi ils s’engagent. Nous leur
donnons des outils pour mieux communiquer et pour
s’entendre sur leurs différences sociales, culturelles et les
différences entre l’homme et la femme.
Nous faisons avec eux un travail sur la cérémonie et sur
les conditions d’un couple fraternel, démocratique, libre,
stable dans la durée.
Notre souhait : qu’une préparation au mariage civil soit assurée
par les collectivités locales.
Notre association est active dans 8 départements ; il y a
4 à 10 animateurs par département. Nous rencontrons chaque
couple au cours de 2 soirées consacrées à l’étude des
articles du code civil, à l’importance de la
communication, à l’importance de la vie de couple et du temps
passé ensemble, de la construction jamais terminée.
Site : capmariage.asso.fr
Madame
Charlotte MARCHANDISE FAJARDO
: coprésidente des Doulas de France
"Quand une mère accouche, je lui renvoie une image de capacité
qui lui permet de renvoyer à l’enfant cette image positive et
compétente".
Une maman au service des
mamans au moment où elles deviennent mamans.
Merci beaucoup pour l’invitation. On reboucle la boucle. Les
femmes vont être là pour accompagner leur enfant vers la paix.
Quand une femme devient mère, c’est un bouleversement inouï et
des émotions pour chacun dans sa famille. La façon dont cette
femme va être entourée, l’image qu’on va lui renvoyer vont jouer
un rôle prédominant dans la façon dont elle va s’occuper de son
enfant, construire sa famille.
La prise en charge de la future mère est fragmentée, les examens
multipliés, la capacité de la femme à être mère est mise en
doute. Après des accouchements parfois très difficiles et
seulement 3 jours en maternité, la femme ressent un grand vide
affectif, bien souvent les grands parents sont absents
Les doulas sont apparues partout dans le monde reprenant une
fonction ancestrale de présence à côté de la femme qui accouche
et de la sage-femme.
Moi-même, quand j’ai eu ma fille j’ai été très seule, j’ai
rencontré des femmes qui m’ont aidée et des sages-femmes
formidables. J’ai décidé de créer les Doulas de France et je me
sens deux fois maman auprès de mon enfant et auprès
d’autres mamans. C’est un métier qui est reconnu par les
parents, à la demande des parents, pour répondre à leur appel,
être à leur service, être là pour eux, pour les écouter.
On peut partager ça dans les familles, dans les quartiers. Avec
l’association, on organise des journées où on se réunit
pour voir ensemble ce qu’on peut faire.
Quand une mère accouche, je fais confiance à la maman, je me dis
qu’elle est compétente, je prends soin d’elle ; ainsi je lui
renvoie une image de capacité qui lui permet de renvoyer à
l’enfant cette image positive et compétente.
Comment bâtir la paix dans l’adversité...
Pauvreté,
violences, déscolarisation, exil, séparations, drogue...
Madame
Latéfa
BELAROUCI
anime cette table ronde n°2. Elle
évoque son expérience auprès des femmes algériennes actrices de
paix dans un environnement de violence et d’insécurité.
"Beaucoup de mères algériennes ont été directement
confrontées au terrorisme et aux catastrophes qui ont touché
leur pays, elles sont les premières à réagir, à porter
secours ; elles ne s’enfuient pas..."
Psychologue
clinicienne, elle poursuit, à la fois en France et en Algérie,
une carrière consacrée à la prise en charge psychologique des
femmes et des enfants en cas de crise grave. Actuellement, elle
intervient dans le programme « promotion de la santé mentale des
0-3 ans confrontés à la précarité » dans le cadre de la mairie
d’Aubervilliers.
La mère
est la première personne que l’enfant découvre dès avant sa
naissance, c’est en elle et à travers elle que va se construire
sa confiance en soi, l’estime de soi et le sentiment d’identité.
Les relations précoces mère-enfant constituent un élément
fondamental dans le processus de reconstruction de l’enfant
traumatisé.
Les
mamans que j’ai rencontrées n’ont pas eu de formation, c’est le
lien qui les lie à leurs enfants qui leur a permis de leur
offrir une structure rassurante, enveloppante étayante qui
les aidera dans les situations extrêmes.
Le
secret des mères algériennes réside tout simplement dans leur
présence, leur disponibilité physique ; sans le savoir ces mères
ont offert le monde à leurs enfants.
Beaucoup de mères algériennes ont été directement confrontées au
terrorisme et aux catastrophes qui ont touché leur pays, elles
sont les premières à réagir, à appeler à l’aide, à porter
secours ; elles ne s’enfuient pas.
Des
exemples sont cités par Latéfa.
On
parle des victimes des terroristes mais il faut aussi parler des
mères et des épouses de terroristes qui dans les maquis, dans
des conditions de vie extrêmement précaires protégeaient les
enfants, les femmes des terroristes morts ou arrêtés. Elles ont
reconstruit dans ces maquis les modes de vie communautaire
malgré le danger et la mort. Comment ont-elles pu continuer à
vivre ? Elles ne sont pas allées à l’école mais ont eu, dans
leur enfance, des liens profonds avec leur propre mère dont
elles ont reçu des éléments de culture tels que le sens de la
vie communautaire, le respect, la justice, la mémoire,
l’accompagnement familial, qu’elles cherchent, à leur tour, à
reproduire et qui constituent des éléments de reconstruction.
Importance de la langue parlée qui permet d’accompagner
l’enfant.
Comment aider les mamans à aller jusqu’au bout ? Elles doivent
être accompagnées dans leur fonction parentale ; il faut
nommer l’injustice et travailler la mémoire.
Pendant la guerre d’indépendance, les femmes ont pris les armes,
elles ont servi d’agents de liaison, elles étaient sorties de
chez elles et avaient participé à ce mouvement. Après, elles ont
été sommées de rentrer chez elles par les institutions ;
il aurait probablement mieux valu qu’elles restent « dehors »
pour poursuivre leur action.
Pour bâtir la paix, il faut comprendre le passé pour qu’il ne se
reproduise pas.
Je
conclurai par ce proverbe chinois : « C’est dans les semences
d’aujourd’hui que jailliront les pousses de demain. »
Latéfa introduit Pauline MUANZA qui va montrer comment,
malgré les pires difficultés économiques les obligeant à se
battre pour
assurer la nourriture
quotidienne de leur famille, des mères parviennent à être
actives pour la paix en développant de grandes
solidarités de proximité.
Intervention de
Madame Pauline MUANZA
"la mère congolaise, au
comble de la misère, s’est réveillée a pris conscience de la
situation et s’est engagée dans la lutte...Notre action a été
fondée sur des vertus de l'amour."
Originaire de la
République Démocratique du Congo. Veuve, elle est
journaliste.
Distingués
invités, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs,
C’est un grand honneur pour moi de m’adresser du haut de cette
tribune à votre auguste assemblée, à l’occasion du 60ème
anniversaire du Mouvement Mondial des Mères.
L’organisation de ces assises constitue pour moi, une
démonstration de la détermination qui a toujours caractérisé les
mères dans l’effort de recherche des voies et moyens pour la
protection efficace de la famille, cellule de base de la société
humaine. Je vous remercie de tout cœur de cette opportunité
que vous m’offrez.
Je suis originaire de la République Démocratique du Congo. Un
grand pays situé presque au cœur de l’Afrique. Avec une
superficie de 2 345 000 Km2, il représente 80 fois la
Belgique. Sa population composée de plusieurs ethnies, faute de
données fiables, est estimée à 60 millions d’habitants. Ancienne
colonie belge devenue indépendante il y a 47 ans, certains
experts et chercheurs on dit que la République Démocratique du
Congo était un paradis.
En effet la RDC
est un pays riche en tout : terres fertiles, cours d’eau,
sources naturelles, faune et flore avec des espèces rares
qu’on ne trouve parfois nulle part ailleurs au monde. Le
sous-sol congolais est riche en minerais : or, diamant,
gaz naturel, cuivre, uranium, pétrole etc.… le pays est très
riche avec des potentialités énormes.
Mais comment comprendre qu’à ce jour la RDC se retrouve au rang
des pays pauvres très endettés ? Comment expliquer que sa
population vive dans une extrême pauvreté quasi permanente ?
Comme vous le savez certainement, la mise en place dans notre
pays des institutions de la 3ème république,
constitue pour les congolais une étape importante de leur
histoire. Sa consolidation nécessite une mobilisation de toutes
les ressources au profit de la construction d’une culture de la
démocratie, de la justice, de la liberté et de la paix, facteurs
incontournables pour tout développement que doivent sous
entendre la libération de la créativité, l’émergence
d’institutions politiques stables, la bonne gouvernance, en plus
du respect des droits humains.
Je vous informe par ailleurs que la création d’un ministère
autonome de la condition féminine et famille démontre la volonté
de la nation congolaise dont je fais partie de valoriser et de
promouvoir malgré l’extrême pauvreté du peuple, la cellule mère
qu’est la famille avec ses composantes notamment la femme et
l’enfant.
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, loin de moi l’idée de
faire un exposé scientifique sur un sujet aussi vaste, complexe
et multisectoriel qu’est la pauvreté qui touche à plus de trois
quart de la population congolaise.
En dépit de
potentialité des richesses naturelles, minières, forestières,
cette population dis-je ne bénéficie nullement de ces
ressources naturelles ; elle vit dans une pauvreté qui nécessite
le secours de la communauté internationale pour souffler
un tant soit peu. Sinon, je profite de cette occasion pour
partager avec vous une expérience vraie, réelle. Comment les
mères se sont prises en charge pour survivre ? Comment
travaillent-elles tout en défiant cette pauvreté permanente ? Où
se trouve leur secret ? Certains parmi vous, serez peut-être
choqués par des faits combien pénibles qu’ils entendront mais
croyez-moi c’est sans commentaire.
Pour votre
mémoire, 5 ans après l’accession du pays à l’indépendance en
1960 un régime dictatorial s’installe : la deuxième république.
Pendant près de 30 ans, la population assiste à sa paupérisation
au profit d’une classe des nantis et colons étrangers. Puis
viennent 7 années de guerres d’agression de la part des voisins
de la RDC attirés par les richesses minières. Une période de
transition succède aux guerres. Pendant la transition, les
belligérants acceptent de déposer les armes après de
difficiles négociations initiées par la communauté
internationale. Cette situation politique sombre a plongé le
peuple congolais dans une misère noire.
Pour être plus
concrète, je prendrai pour exemple le cas d’un fonctionnaire d’Etat
en RDC. Son salaire ne dépasse pas les 50 dollars par mois pour
le mieux payé. Ce salaire de misère ne lui permet ni de payer
son loyer, ni de nourrir sa famille qui en moyenne compte plus
de 5 personnes ; sans compter les autres charges, comme les
soins de santé, les transports ou les frais scolaires de ses
enfants.
Une bonne partie de la population vit en milieu rurale. Là, il
n’existe ni industrie, ni société digne de ce nom. Les quelques
emplois donnés par l’Etat ou par quelques particuliers ne
touchent pas le tiers de la population. Les femmes et leurs
enfants sont les plus touchés car ils représentent la moitié de
l’ensemble de la population. La misère a donné naissance à des
pratiques à peine croyables. Tenez :
Ø Une
mère de famille s’arrange pour nourrir les enfants de façon
alternative. Si deux enfants mangent aujourd’hui, le jour
suivant c’est le tour de deux autres, ceux qui avaient mangé le
lundi par exemple attendront le mercredi pour avoir encore
une nourriture solide. Le mardi ils se contentent d’eau sucrée
ou d’un peu de riz blanc mélangé à un peu d’huile.
ØAutre
exemple vrai : dans une contrée de la province du KASAÏ
ORIENTALE où notre association la fondation BOAZ exerce son
activité, il y a un proverbe populaire qui a surnommé la viande
- je traduis littéralement - « La viande est un fils étranger
chez nous » là, les familles ne peuvent goûter la viande
que les jours de fête. A la Noël ou le jour de nouvel an, la vie
est tellement chère qu’il faut être riche pour s’accorder le
luxe d’acheter un morceau de viande.
Pour ceux parmi nous qui désirent en savoir plus,
notamment comment s’effectuent les pillages de richesses
minières de la RDC, comment le butin est partagé, nous
avons avec nous ici les rapports des ONG nationales
et internationales, de l’ONU, de parlementaires congolais. Ces
rapports citent même des personnes nommément.
Ainsi la population s’est retrouvée comme prise au
tenaille, dans un engrenage on ne peut plus diabolique lié dans
les chaînes de colons, de la communauté internationale, des
richards nationaux, le peuple souffre gémit, périt sans espoir.
Comme un homme qui a dormi, un héros qu’a subjugué le vin, la
femme congolaise, au comble de la misère, s’est réveillée a pris
conscience de la situation et s’est engagée dans la lutte.
La FB après avoir plusieurs fois rassemblé et motivé les mères a
fait ce constat, notre constat avec toutes les mères de la
base a été le suivant :
Ø
Devant nous se dressent les portes
fermées ; personne n’est disposé à nous aider.
Ø
Plus on parle développement, plus nous
voyons la destruction.
Ø
Nous avons les droits de vivre comme
eux. Notre action a été fondée sur des
vertus chrétiennes d’amour.
Aucune
raison de désespérer
La société évolue ; le
travail humain est imparfait. Ce que les autres ont fait à la
hâte, nous pouvons le faire de manière plus performante. Même
les grandes découvertes peuvent être remises en question.
Dans l’agriculture par exemple, nous avons toujours utilisé le
compost (engrais naturels). Pendant que les autres utilisent les
engrais chimiques, croyant mieux faire, il est évident
aujourd’hui que les cultures faites avec les composés naturels
sont les meilleures pour notre santé. Les OGM sont remis en
question. Donc pour nous pas de peur, pas de raison de
désespérer.
Travailler sans haine
Nous considérons que les pilleurs, les vendeurs de
guerre, les riches qui le sont avec les mains sales, ne sont pas
des modèles à suivre. Apparemment dans le bonheur, en réalité
ils vivent avec leurs consciences chargées. Ils ne sont pas plus
heureux que nous. Ils vivent, il est vrai, dans
l’abondance et la luxure dans des villas luxueuses, mais
la mère congolaise entourée de ses enfants autour d’un plat de
FUFU chaud est plus heureuse quand son cœur connaît la paix.
Utiliser le théâtre populaire et le griot pour véhiculer
le message clés
Toute notre philosophie a été traduite parfois par une
pièce de théâtre populaire ou par les cris d’un griot.
Voici un exemple : dans le territoire de TSHIKAPA, la FB a
constaté entre 2000 et 2003 un mouvement malsain d’entraînement
à la prostitution de jeunes filles et même de femmes mariées par
les creuseurs de diamants. Ils se payaient des motocyclettes et
impressionnaient la population en passant pour de grands riches.
Pour les arrêter, il a suffit d’une petite phrase d’un griot
pour que le mouvement s’arrête et qu’ils soient méprisés « TUFUA
TSHINI ?» c’est la petite phrase qui disait tout. Une question
posée : à chacun de répondre. Littéralement « TUFUA TSHINI »
veux dire : tu veux nous étonner avec quoi ? Avec la moto ?
Et les gens de répondre, il n’y a pas seulement la moto, il y a
aussi le SIDA ou le sang des innocents qu’on a sacrifiés etc.
Créer des stratégies de sauvegarde, de persuasion et en
nous rassemblant peser dans la balance et retrouver l’équilibre
Dans un environnement hostile, post guerre, dans un pays
où le viol est utilisé comme une arme de guerre contre les
femmes et les enfants par des bandes armées encore
opérationnelles à ce jour nous sommes encore dans la souffrance.
Celui qui veut périr n’étend-il pas les mains ? Celui qui est
dans le malheur n’implore-t-il pas de secours ? Si.
Nous prions et nous cherchons le secours des gens de bonne
volonté. Mais en même temps, nous travaillons sans relâche
enracinés dans les vertus chrétiennes d’amour. Nous ne nous
présenterons pas les mains vides, nous femmes du peuple sans
grande instruction, femmes ordinaires, femmes de la base, femmes
rurales au rendez-vous des nations.
Qui pourra nous contredire, car notre travail, notre expérience
a porté des fruits. Les mères congolaises, bravant toutes sortes
des difficultés, méprisant l’extrême pauvreté attachée à nous,
nous avons aidé nos enfants à étudier, à terminer les études
universitaires, nous avons vendu même nos habits ; au risque de
notre vie parfois sur des bateaux de fortune ou assises dans un
camion sur des sacs de cossettes de maniocs, nous avons
été à l’œuvre jour et nuit pour trouver de l’argent et subvenir
aux besoins de nos familles. Nous avons soutenu nos
maris au chômage.
Nous sommes fières d’avoir bien ciblé l’objectif :
l’investissement humain, ressource irremplaçable. Nous avons
donné au monde entier des jeunes cadres, médecins, ingénieurs,
pharmaciens, infirmiers qui rendent d’appréciables services en
Europe, en Afrique, en Amérique, dans tous les continents.
Ces jeunes ont pu étudier grâce au travail de leurs mères. Ils
ont survécu grâce à l’amour de leurs mères.
Notre pauvreté extrême n’a pas manqué de produire de grandes
richesses (que représentent les jeunes cadres congolais dans le
monde).
Seules, femmes simples, mais capables de grandes choses
contrairement à ce que l’on croit, le fruit de notre dur labeur
est là, et nous en sommes fières. Nos fils et nos filles à
l’étranger contribuent grandement à l’économie de notre pays, Le
WESTERN UNION a donné des chiffres fort encourageants sur les
montants d’argent envoyés par les immigrés dans leur pays
d’origine. Autant dire que nos cœurs sont pleins de joie et
d’espoir.
Je ne saurai
terminer mon propos sans réitérer mes remerciements les plus
sincères pour cette invitation et surtout pour l’intérêt que
vous n’avez jamais cessé de manifester à la mère. Au nom
de toutes les mères de la RDC, je vous dis merci du fond de mon
cœur. Que Dieu bénisse le MMM et tous les participants à ces
congrès.
Latéfa remercie Pauline et donne la parole à Philip BISWAS qui
va parler du défi que représente la scolarisation des petites
filles
dans son pays.
Intervention
de Monsieur Philip BISWAS
Bangladais,
marié, 2 fils. Directeur du Rural Reconstruction Foundation,
organisme à but non lucratif et apolitique qui s’est fixé comme
objectif, grâce à la formation, de promouvoir les populations
rurales et urbaines jeunes et âgées les plus défavorisées
Mesdames,
Messieurs,
Permettez-moi, au titre de Directeur Exécutif
de la RRF Fondation Pour La
Reconstruction Rurale
Jessore,
au Bengladesh, de partager avec vous mon expérience sur le
thème : « la scolarisation des petites filles, un défi à
relever ». Mon expérience s’appuie essentiellement sur la mise
en œuvre de différents projets réalisés par la RRF depuis 1982.
La RRF est une ONG créée en 1982 dont l’objectif est de
promouvoir l’autonomie socio-économique de la population
déshéritée du Bengladesh.
Avec plus de 140 millions d’habitants pour une densité de 1150h
/km², le Bengladesh est le pays le plus peuplé de la planète. Un
Bangladeshi sur deux, soit 65 millions de personnes, vit en
dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar par jour. Un
sur quatre vit démuni de tout. Malgré d’importants progrès dans
l’éradication de la pauvreté, la misère affecte encore 20 à 25%
de la population, menaçant sérieusement la croissance, la
justice et la sécurité.
Le Bengladesh scolarise environ 19 millions d’enfants en
primaire (âgés de 6 à 10 ans). Les inscriptions dans le
primaire et les premières années du secondaire, particulièrement
celles des petites filles, ont augmenté avec succès
au cours des dernières décennies. Ce résultat est du aux efforts
énormes fournis et à la mise en place de la politique du
respect de la parité. Malgré ces progrès, on estime que
l’enseignement primaire public n’atteint toujours pas une partie
de la population d’enfants en âge d’être scolarisée s’élevant
entre 3 à 4 millions (soit 15%). Ces enfants sont en majorité
trop pauvres, rejetés, ou privés d’une façon ou d’une autre d’un
accès au système scolaire.
On n’a pas encore réussi à mettre en place le droit à
l’éducation primaire pour tous au Bengladesh, bien qu’il y
ait une nette amélioration des mesures prises dans ce domaine
depuis l’indépendance. RRF est convaincue que sans l’éducation
pour tous, la génération future est condamnée à rester embourbée
dans la pauvreté, l’ignorance ainsi que la dépendance ;
l’ensemble de la société en souffrira socialement et
économiquement. Pour assurer un meilleur avenir, RRF
continue à investir des fonds destinés à l’éducation des mères
et des enfants vivant dans des conditions précaires.
Parrainage
dans le domaine de l’éducation :
Le programme de l’éducation
pour les enfants défavorisés des régions rurales est l’un
des programmes à développement rapide porteur de promesses. Mis
en place par le Christian Child Care International canadien
depuis 1998, il concerne actuellement 4 100 enfants
pauvres d’origine rurale ou urbaine. Par ce programme, ils
ont accès à différentes aides : bourses, habillement, livres,
cartables, nourriture…
Etant donné la situation des petites filles, personnes les plus
négligées et lésées de la communauté, il a été défini une
priorité toute particulière concernant leur éducation. Les
parents privilégient l’éducation des garçons en raison de
l’ignorance de l’importance de l’éducation dispensée à la petite
fille .L’ignorance des parents est également la source de
discriminations envers les petites filles qui sont souvent
considérées comme des handicapes par la famille et la
communauté. Le parrainage RRF assure aux petites filles
éducation et protection au moins jusqu ’aux études secondaires.
Programme alimentaire dans le cadre
scolaire :
RRF a introduit un
programme alimentaire dans le cadre scolaire pour les
raisons suivantes :
-
amélioration de l’alimentation
des enfants (quelles que soient leurs capacités intellectuelles)
-
augmentation de la présence à
l’école et limitation du taux d’absence.
Ce projet couvre 3000 écoles primaires et a fourni des biscuits
protéinés à 317 000 enfants sur une durée de 4 ans. Ce programme
a atteint ses objectifs, à savoir : l’inscription des
petites filles, l’assiduité et l’attention en classe et la
résolution de problèmes alimentaires.
Travail
informel pour les enfants :
Les enfants qui travaillent forment un des groupes majoritaire
exclus de l’éducation officielle.
Il y a approximativement 5 millions d’enfants travaillant au
Bengladesh dont la majorité dans le secteur informel. Bien qu’il
y en ait plus dans le secteur rural, il y a 1,1 millions de
garçons et 0,4 million de filles travaillant en ville. Le taux
d’inscription des enfants des bidonvilles est nettement
inférieur à celui des enfants des zones rurales : il est environ
de 60% et plus de 30% des enfants en âge d’être scolarisés
n’ont jamais été inscrits à l’école. Cette situation est due à
une extrême pauvreté ; les parents ne peuvent ni les nourrir, ni
les habiller, ni payer les frais de scolarité ou acheter le
matériel scolaire…Les enfants surveillent les troupeaux ou
sont employés dans les maisons patriciennes.
RRF a mis en place un programme d’éducation scolaire privé
afin que les enfants puissent avoir accès à l’éducation. (Mise à
disposition d’enseignants, de matériel, de nourriture, de
fournitures…) la communauté a aménagé des maisons dans les
villages les gère et les contrôle. Les enfants y apprennent non
seulement la lecture le calcul et l’écriture, mais aussi le
dessin le chant, la danse, la poésie et le théâtre…
Education des
adultes :
Il existe encore une
discrimination des genres, une infériorité et une privation des
droits persistantes envers les filles et les femmes : la
preuve en est le taux de mortalité maternelle élevé et le taux
d’alphabétisation très bas, celui des hommes est de 56% contre
43% pour les femmes.
La plupart des femmes sont illettrées, elles ne peuvent ni lire,
ni écrire, ni compter : que peuvent recevoir famille,
communauté et nation de la part d’une mère analphabète ?
La RRF a aménagé des centres d’éducation pour elles afin de leur
enseigner lecture, calcul et écriture. Tout est
fourni et au bout de 9 mois, les femmes maîtrisent ces 3
disciplines de façon modeste.
A la suite du constat de cette situation, nous avons mis en
place 800 centres d’éducation pour adultes, hommes et femmes, où
ils peuvent acquérir une connaissance basique les aidant à gérer
leur activité quotidienne.
Micro crédit
pour les familles déshéritées :
En raison de leur situation
économique et sociale précaire, les familles pauvres n’ont
pas les moyens de scolariser leurs enfants. Elles vivent au jour
le jour et n’ont aucune garantie du renouvellement de leur
travail quotidien. Si on leur en donne l’opportunité, elles
peuvent contribuer de façon significative au développement de
leur pays. Leur souhait est d’exercer une activité lucrative,
mais comme elles ne possèdent pas de capital et n’ont pas accès
au crédit, elles sont condamnées à l’inactivité et sont
sous-employées. RRF a regroupé 134 000 familles et distribué des
salaires à 102 000 familles d’un montant de 14.28 millions de
dollars en échange d’activité économique productive. L’objectif
est de faciliter l’accès au crédit, augmenter les revenus et les
droits
afin de leur permettre de
dépenser de l’argent pour l’éducation de leurs enfants. La
plupart ont relevé ce défi avec succès et sont devenus fiables
et crédibles sur les plans économique et social.
Résultats obtenus :
Mise en place de l’accès au
crédit,Implantation de la culture de l’épargne,Augmentation des
revenus pour les familles, Renforcement des capacites des
femmes, Acquisition de la confiance en soi et d’une certaine
autonomie, Valorisation de l’existence d’une dignité sociale.
Etapes à
franchir pour garantir la scolarisation des petites filles :
- Susciter une
prise de conscience chez les parents, dans la cellule
familiale, parmi les leaders religieux et les membres de la
communauté.
- Soutenir les
familles pauvres par l’accès au crédit afin de leur
permettre d’exercer une activité productive et donc de
répondre aux charges scolaires.
- Proposer une
formation sur l’importance de la scolarisation pour les
petites filles aux parents, aux responsables locaux et
particulièrement au clergé.
- Améliorer les
installations sanitaires des écoles : séparation des
toilettes pour filles.
- Fournir un
repas/déjeuner dans les établissements afin de nourrir les
enfants qui ont faim.
- Aménager
l’environnement scolaire en fonction des enfants
(bâtiments confortables, quantité de bancs et de chaises
suffisante, sanitaires).
- Eviter les
punitions dans le cadre scolaire.
- Embaucher un
personnel suffisamment qualifié dans les écoles.
Latéfa remercie Philip BISWAS et introduit Marie Gladys
BUSSE qui va parler du rôle des mères face à l’enjeu de l’exil.
Intervention
de Marie Gladys BUSSE
Péruvienne
résidente en Belgique, psychologue clinicienne et thérapeute
d’orientation analytique et systémique, membre de l’équipe de
direction en tant que coordinatrice clinique du Centre Exil -
Centre Médico -psychosocial pour réfugiés et victimes de
tortures fondé en 1976 - elle a fait des recherches sur le
traumatisme, l’exil et la résilience
Bien que la migration fasse partie de l’histoire de l’humanité
(Moïses va chercher la terre promise ; Manco Capac et Mama Ocllo
chez les Inca aussi), l’exil a une présence moins
constructive dans l’histoire. Chez les grecs, l‘ostracisme
était la punition majeure que l’on pouvait donner à quelqu’un.
Dans l’histoire actuelle, l’exil fait partie du panorama
politique et social quotidien. Au Pérou, les habitants de
villages entiers ont quitté leur terre pour se déplacer à Lima,
la capitale, suite à la violence terroriste des années 80.
En Belgique, nombreux sont ceux qui arrivent après un
parcours traumatique pour demander l’asile.
Depuis plusieurs années, je travaille comme thérapeute au Centre
Exil en Belgique auprès de femmes exilées. Ce que je vais vous
présenter a été travaillé et formalisé au sein de notre
équipe.
Exil est un centre de santé mentale pour réfugiés. Il a
été fondé il y a 30 ans par des réfugiés latino-americains sous
le nom de Colat (Collectif latino-americain de travail
psychosocial) et, plus tard, il est devenu Exil. Ses
portes se sont alors ouvertes aux victimes des autres
continents. L’attention que nous donnons est
pluridisciplinaire et multiculturelle (nous sommes nombreux dans
l’équipe de travail à venir d’ailleurs). Les axes de
travail sont : la reconstitution des liens familiaux,
communautaires et sociaux et le soutien aux processus
d’intégration en Belgique. Ce travail se réalise au sein
d’espaces très variés : la consultation individuelle, les
groupes de parole et d’entraide, les ateliers créatifs et les
stages résidentiels.
Dans ma pratique quotidienne, je retrouve des femmes qui ont
quitté leur pays pour se réfugier en Belgique. Ce sont des
femmes qui ont subi des violences et qui se retrouvent en
Belgique tout à fait démunies de leurs repères, déracinées et
sans ressources personnelles.
Les femmes et les mères que j’accueille arrivent après un
processus traumatique qui a commencé dans leurs pays d’origine
et qui continue ici en Belgique. Les traces laissées par
cette migration forcée sont : la méfiance, la perte des repères,
l’arrêt du temps et l’enkystement des mécanismes qui les ont
aidées à survivre.
Cependant, ce qui me frappe toujours, c’est leur capacité de vie
et de surmonter l’adversité. Cette vitalité, qui est
derrière leur grande souffrance, peut jaillir quand le contexte
le facilite.
La question se pose de savoir ce qui permet ce rebondissement ?
Ce rebondissement peut se faire selon notre expérience grâce à 3
piliers :
- la trace laissée par un lien sécurisant dans la petite enfance
de la mère,
- les possibilités de la mère de se voir entourée et de sentir
qu’elle appartient à un groupe social,
- finalement, grâce à la possibilité qu’elle aura d’échanger
avec des autres mères sur ses représentations, sur les enfants,
la famille, le couple…
Je
vais vous présenter, à partir de 4 exemples, les capacités et
les difficultés de certaines mères avec leurs enfants face à
l’enjeu de l’exil.
-
La mère « résistance résiliente » avec
la bientraitance conservée
Madame E. arrive au Centre pour demander de l’aide pour elle et
conseil en rapport à sa petite fille âgée de 6 ans. Elle
nous dit se sentir triste, sans forces ni envie de faire quoi
que ce soit. Elle nous dit aussi que dans le cours de
néerlandais qu’elle suit elle n’arrive pas à se concentrer, ni à
participer au groupe. Elle nous demande aussi ce qu’elle peut
faire pour sa fille, car la petite n’arrive pas à s’intégrer à
l’école.
Avec le travail thérapeutique, madame a pu donner sens à ses
sentiments en relation avec son parcours traumatique
(emprisonnement du mari, viol, fuite de son pays…) mais aussi
mettre en rapport ses propres difficultés avec celles de sa
fille, ce que lui a permis d’être plus empathique avec la
petite. Pour la petite, rester à la maison auprès de maman
était une manière de protéger sa mère et de se protéger.
Madame a rassuré et a encouragé sa fille dans son processus de
séparation et son inscription à l’école.
Madame a pu facilement re-investir le monde social et a commencé
à participer au groupe de rencontres des femmes qei nous
organisons au sein de l’institution.
Ce premier
exemple montre la mère dont les compétences ont été bien
préservées malgré son parcours de vie difficile. La mère
est inquiète pour son enfant, elle pose des questions, demande
de l’aide, s’inscrit dans son entourage.
-
Les facteurs contextuels ont fragilisé la
bientraitance de la mère
Madame S. est envoyée par l’assistante sociale d’un centre
hospitalier où elle va se faire soigner. Dès le premier
entretien elle nous parle de la manière dont elle a changé
depuis qu’elle a quitté son pays. Avant nous disait-elle, « je
savais m’organiser avec les enfants, maintenant plus. Je
savais mettre les limites sans devoir taper mes enfants
maintenant, pour un rien je crie, je pleure, je tape ».
« Chez moi, quand on était surchargée, quelqu’un venait t’aider,
te soulager. Ici je n’ai personne ». Elle nous dit
aussi que sa petite âgée de 4 ans ne mange pas, dort très peu et
parle aussi très peu.
Nous avons écouté sa souffrance, la nostalgie de son pays et de
sa famille et son impuissance dans sa nouvelle situation.
Notre travail a consisté parallèlement à chercher avec madame S.
ses compétences dans son pays d’origine, c’est-à-dire ses
compétences personnelles, mais aussi celles de son entourage, à
explorer aussi quelles étaient les nouvelles compétences qu’elle
avait acquises depuis qu’elle était en Belgique Elle se
surprenait de ces acquisitions, elle n’avait pas réalisé qu’elle
avait appris des nouvelles formes d’agir.
Ce deuxième
exemple montre la mère qui a été compétente avant son parcours
traumatique et dont l’incompétence est transitoire en rapport à
la rupture de contexte. L’actualisation de ses ressources
se voit entravée par une dépression, un état de stress
post-traumatique ou un surmenage ou débordement. Ici une
intervention permet la récupération plus ou moins rapide des
compétences marentales.
-
Situation à risque de maltraitance de la
mère
Madame N. arrive au centre peu de temps avant d’accoucher.
Elle a été envoyée par le centre d’hébergement où elle habite.
Elle présente un état dépressif important ce qui l’a empêchée de
penser à son bébé. On a appris quelques séances plus tard
qu’elle avait aussi une autre fille de 6 ans de laquelle elle
ne dit rien.
Madame N. est soumise dans ses propres douleurs et les enfants
n’ont pas de place dans le psychisme de leur mère. Ce
manque de place se reflète dans le délaissement des enfants.
Notre intervention est en cours. Nous intervenons auprès
de la mère (on a appris que sa mère était morte quand elle avait
3 ans), du nouveau-né et de la petite fille.
Ce troisième
exemple montre le cas d’une mère qui a des comportements
inadéquats ainsi que des problèmes d’attachement et d’empathie
envers son enfant. Ici, les éléments contextuels ont réactivé
des blessures et des troubles historiques de la mère.
Dans ce cas-ci, une intervention spécialisée et pour la mère et
pour l’enfant s’avère nécessaire pour empêcher la chronicité des
troubles, pour favoriser l’épanouissement de la mère et le
développement de l’enfant.
-
Les situations de maltraitance de la mère
Madame L. est envoyée par le centre d’hébergement où elle
réside. Les travailleurs du centre ont observé qu’elle
négligeait ses 2 enfants, les tapait violemment et les menaçait
de les abandonner ou de se tuer. Nous avons appris que
ceci arrivait déjà avant la guerre dans leur pays.
Dans ce cas,
nous pouvons observer la présence d’une incompétence sévère,
chronique et probablement transgénérationelle. La mère n’a
pas pu assurer la bientraitance déjà avant les événements
tragiques. Un accompagnement intensif est nécessaire. Nous
pensons qu’il est nécessaire d’offrir à cette femme une approche
alternative qui consiste à créer autour d’elle un relais
éducatif pour palier ses déficiences et donner aux enfants la
possibilité de figures alternatives d’attachement.
Les capacités de la mère
J’aimerais souligner que le rôle de la mère dans les familles en
exil est très important : c’est souvent elle qui ouvre les
portes du nouveau monde.
Bien que le changement de rôle (passage de l’espace privé à
l’espace public) entraîne une souffrance non négligeable chez
les femmes, ce changement est pris et assumé par la femme. Ce
contact avec le nouveau monde lui permet de se sentir
renforcée dans ses capacités d’être médiatrice entre les deux
mondes et porte-parole des deux.
Avec sa capacité de protection elle a aussi la capacité de
demander de l’aide et de s’adresser aux autres.
Suggestions
concrètes pour agir dans la famille pour la paix :
1. Pour les mères
exilées : aller chercher les mères du quartier, de l’école.
2. Pour les mères du pays d’accueil : aller à la rencontre des
mères qui viennent d’arriver.
3. Pour les mères en général: organiser des groupes de rencontre
pour échanger, pour se soutenir, pour passer un moment agréable
ensemble.
4. Pour les intervenants sociaux : jouer la fonction de
médiation sociale et être facilitateurs du dialogue entre
migrants et habitants du pays d’accueil.
5. Pour les intervenants sociaux aussi : ne pas
regarder que l’incompétence, renforcer aussi les compétences
parentales et particulièrement les compétences marentales.
6. Pour nous tous : faciliter le processus de métissage entre la
richesse qu’apporte celui qui vient d’arriver et la richesse
qu’apporte celui qui habite le pays d’accueil.
Merci.
Latéfa remercie une fois
encore les différents intervenants dont les communications fort
intéressantes ont apporté à toutes des éléments de réflexion.
Témoignages :
modérateur Isabelle de RAMBUTEAU
Sophie C
raconte comment son fils, après son bac s’est mis à consommer de
plus en plus de mariruana alors qu’il était en classe
préparatoire confronté à des études très difficiles. Peu à peu
ses notes se sont terriblement dégradées et il continuait à
fumer. Il a fini par ne plus sortir de sa chambre. J’ai du
chercher de l’aide auprès de personnes, d’associations, de
médecins acceptant de venir discuter avec lui. Son comportement
se dégradait tellement que j’ai décidé de tout changer. Il
est allé vivre chez son père puis il est parti faire son service
militaire mais il n’a pas été gardé. Finalement, mes parents ont
accepté de le prendre chez eux, ils ont réussi à le faire
revenir dans la vie mais l’abus de mariruana l’a mené à
développer une spychose si grave qu’il a fallu l’hospitaliser
avec l’aide de son père. Mais il s’est sauvé de l’ambulance. Il
était complètement décalé, nous étions dans une immense
angoisse, nous l’avons finalement retrouvé chez ses autres
grands-parents (ce qui montre à quel point les liens
familiaux sont importants) et fait hospitaliser dans un hôpital
psychiatrique, ce qui était horrible pour nous, mais il s’en est
échappé. Quand nous avons rencontré le psychiatre il nous a dit
que notre enfant ne pourrait plus jamais mener une vie normale.
J’étais écrasée et l’ai repris à la maison. Aujourd’hui, il a 30
ans, il travaille il a repris ses études, il a une amie et je
comprends que c’est grâce à des ressources inépuissables et
totalement imprévisibles que j’ai réussi à le sauver avec l’aide
de tous ceux qui nous ont accompagnés .
Pascaline
CABOURET
Quand elle entendait parler de la drogue, elle ne se sentait pas
vraiment concernée jusqu’au jour où elle s’est informée grâce à
l’association « Enfance sans drogue » qui venait faire une
conférence dans le lycée de ses enfants. Ainsi, elle a compris
que les enfants drogués étaient des victimes, victimes d’un
environnement trop facile où « c’est bien vu de se droguer ». Le
seul moyen d’aider son enfant est de connaître le monde dans
lequel il vit et de l’écouter.
Comment parler de celà avec l’enfant ? J’ai été formée dans
l’association dans laquelle je travaille maintenant et qui
organise des sessions de 2 jours et se tient constamment au
courant des problèmes de drogue dans le monde. On repart
informée, il faut être bien informe car l’enfant abordera le
sujet dans la mesure où il a compris qu’on s’y intéresse
vraiment.
Site : esd.org
Isabelle
de RAMBUTEAU indique que les coordonnées de toutes les
associations membres du MMM peuvent être trouvées sur le site
MMM.
Caroline
BRUN Auteur de
« telle mère, telle fille », j’ai écrit ce livre dont la
première partie est consacrée à une expérience vécue. Je me suis
placée dans la position d’une fille voyant un de ses parents
partir « par la tête ». On est absolument pas prêt, on traverse
une période de doute, on est confronté au corps médical qui
s’enferme dans la technique et donne des adresses...Peu à peu,
on comprend que l’ancrage dans la vie normale ne peut pas
continuer. L’entrée dans une des maisons qu’il va falloir
envisager est bizarre...J’ai raconté comment on entre dans cette
démarche.
Ounissa
YAZID : présidente de
l’association « Handi Art ». Alors que tout allait bien – je
venais de créer mon école de danse - ma vie a basculé quand on
m’a annoncé que mes deux enfants étaient atteints d’une maladie
très rare - en France 15 cas - et n’avaient plus que 6 mois à
vivre. Comme j’enseignais la danse, école de courage et
d’énergie, jai continué.
Je refusais de mettre ma fille dans un fauteuil roulant et un
soir pour aller au cinéma, j’ai préféré la porter sur mon dos
..ma fille m’a dit « maman ça ne me dérange pas
d’être en fauteil, c’est toi que ça gène ». J’ai alors vraiment
pris conscience de ce monde du handicap et j’ai fondé
l’association et créé une comédie musicale avec des acteurs
handicapés mais personne ne voulait m’aider. J’ai donc organisé
des spectacles mettant en scène des valides et des invalides
ensemble, car c’est très important qu’il n’y ait pas de
discrimination ; finalement, j’ai pu monter dans ces conditions
ma comédie musicale.
Isabelle remercie Laeticia HALLYDAY qui a accepté de parrainer
ce congrès et qui est ambassadrice à l’UNICEF. Elle lui demande
de dire ce que c’est pour elle d’être maman.
Intervention de Laeticia HALLYDAY
Je suis vraiment
heureuse de participer à ce congrès et d’avoir entendu tous ces
témoignages. On s’aperçoit que l’amour est vraiment le
moteur de notre vie et que c’est ça qui nous fait avancer. Le
coeur du monde bât vraiment dans le coeur des mamans. C’est pour
ça que nos opinions, nos convictions doivent servir pour les
gens contraints au silence, pour aider ces gens-là à faire
parler d’eux , pour les mettre dans la lumière car la mort dans
l’indifférence est inacceptable.
J’ai révé de porter la vie, malheureusement ça ne s’est pas
passé comme je voulais. Ce fardeau de la stérilité a été une
chance dans ma vie, cette épreuve m’a appris à m’aimer
moi-même ; comme le disai ma grand-mère on ne peut pas donner ce
qu’on a reçu si on ne s’aime pas d’abord soi-même.
Quand je suis partie au bout du monde chercher ma petite fille
Jade, je ne savais pas combien elle allait changer ma
philosophie de pensée et allait ouvrir mon coeur pour les
autres. Elle n’est pas la chair de mon sang mais elle est la
chair de mon âme.
Je sais ce que c’est d’aimer un enfant qu’on n’a pas porté,
c’est un amour qui vous donne des ailes. Je vis mon rêve, et je
ne rêve plus ma vie comme je l’ai si souvent révée. Ce sont des
épreuves qui m’ont construite, je ne sais pas si j’aurais
su m’ouvrir aux autres sans.
Je suis ambassadrice pour la France de l’UNICEF et je suis allée
au bout du monde où j’ai rencontré des gens qui n’ont rien. J’ai
rencontré des mères qui vivent dans la misère la plus totale. Or
pendant le voyage je me suis aperçue que ce sont elles qui me
donnaient une merveilleuse leçon de vie ; elles ne se plaignent
jamais, elles ne flanchent pas, elles ne veulent pas qu’on s’appitoie
sur leur sort, elles n’ont pas besoin de nos larmes mais elles
ont besoin de nous pour qu’on les aide et qu’on les fasse
avancer ; elles n’ont que l’espoir pour survivre, je crois
qu’elles ont besoin de nous pour faire parler de ce qu’elles
vivent.
Elles ont une façon différente de la notre d’apprivoiser la mort
. Elles affrontent la mort tous les jours avec dignité et
sérénité. Chaque minute, un enfant de moins de 15 ans meurt
du sida et les enfants contaminés n’atteignent pas le plus
souvent l’âge de 5ans car ils ne peuvent accéder aux
médicaments. Nous ne devons pas les oublier, pas les réduire au
silence.
Il y a 115 millions d’enfants non scolarisés dans le monde, la
plupart sont des filles. Ça les rendra vulnérables et plus tard
elles ne seront pas autonomes et ne pourront pas transmettre un
savoir à leurs enfants. Il faut qu’elles aient accès à
l’éducation.
J’ai vraiment besoin de transmettre ce que me disaient ma mère
et mes grands-mères qu’il fallait mieux être milliardaire en
sentiments car rien n’est plus important dans la vie que les
sentiments.
Le plus grand don de soi c’est de mettre de la lumière dans le
regard d’un enfant et la plus belle récompense c’est de
recevoir les éclats de cette lumière parce que plus on donne
plus on s’enrichit.
VENDREDI 30 MARS
Le docteur
Muriel HAIM
évoque la mission de l’association Un coeur pour la paix.
Au delà des conflits, des mères s’unissent pour sauver leurs
enfants malades
Quand on pense Moyen Orient on pense guerre, mort,
haine. Un cœur pour la Paix se place au-delà des conflits. Un
cœur pour la Paix est une association humaniste. Notre but :
rapprocher les peuples israélien et palestinien par des
actions dans les domaines de la santé et de l’éducation.
Chaque semaine, je dis bien chaque semaine, Un cœur pour la Paix
fait opérer un enfant palestinien à l’hôpital israélien Hadassah
de Jérusalem. L’hopital Hadassah est atypique et ce pour deux
raisons :
La première : il a été créé en 1913. Trente-cinq ans avant
la création de l’Etat d’Israel. Depuis sa création Hadassah
a pour mission de soigner toutes les populations. Ce qui lui a
valu d’être sélectionné pour le Prix Nobel de la Paix en 2005.
La seconde : cet hopital est un hopital financé par des femmes.
600 000 bénévoles financent les investissements sinon les soins.
Ces femmes ont marqué de leur empreinte le fonctionnement de l’hopital.
Dès les années 1950, elles ont décidé que l’on ne doit pas
hospitaliser un enfant sans sa mère. Une révolution à l’époque !
Aujourd’hui dans une chambre du service de pédiatrie, on
trouve souvent une maman palestinienne et une maman israélienne
ensemble avec leurs enfants. A votre avis que se passe-t-il
alors ? Ces femmes se parlent.
De même dans le
service de cancérologie pédiatrique. Dans ce service, les
enfants restent longtemps. Il y a du matériel pédagogique comme
des ordinateurs, des jouets. Dans les espaces de jeu,
mamans israéliennes et palestiniennes se penchent sur les mêmes
enfants. La souffrance d’un enfant n’a pas de nationalité.
Un cœur pour la paix a vu le jour, car, en Palestine, un
mariage sur deux est consanguin. En conséquence trois fois plus
de malformations cardiaques congénitales que dans la population
générale. Sans opération, ces enfants, ces bébés, meurent.
La Palestine ne dispose pas de service de chirurgie cardiaque
pédiatrique. Les pays avoisinants ne veulent pas prendre ces
enfants en charge. La solution ? Les faire opérer en Israel.
A ce jour, Un cœur pour la paix fait opérer un enfant par
semaine. 54 enfants ont été opérés et sont rentrés chez eux en
bonne santé.
Comment cela se passe t il ? Deux cas. Un bébé est diagnostiqué
à l’hôpital de Gaza pour une malformation cardiaque. Le médecin
palestinien appelle le médecin israélien, le Professeur Rein.
Les deux médecins discutent de l’enfant, revoient ensemble le
diagnostic, décident ou non de l’opérer. Puis, tout va vite.
L’enfant est mis dans une ambulance avec sa mère. Une heure
après, il arrive à l’hopital Hadassah. Il est opéré. Quelques
jours de convalescence, il rentre chez lui avec sa maman.
Deuxième cas. Une jeune femme palestinienne est enceinte.
L’échographie révèle de très graves malformations cardiaques
chez son bébé. L’enfant ne survivra pas même à une heure
d ‘ambulance. Les deux médecins, l’israélien et le palestinien
se concertent. La décision est prise. Naema viendra accoucher à
Hadassah. 4 heures après son arrivée à l’hopital, elle accouche.
Douze heures après, son bébé est opéré et sauvé. Naéma et son
bébé rentrent chez eux en bonne santé.
Troisième cas.. Une petite fille à la naissance présente, elle
aussi, une malformation cardiaque, On appelait cela à
l’époque les « enfants bleus » pour ceux d’entre vous qui s’en
souviennent. Le bébé arrive à Hadassah, l’opération a lieu
par endoscopie, c’est-à-dire sans ouvrir le thorax. De retour
dans la chambre, la maman la regarde, émerveillée. Sa fille n’a
même pas de cicatrice.
Le coût d’une opération est de 12000 euros cofinancés 50% par l’hopital
Hadassah, 50% par Un cœur pour la Paix.
Suit un court film présentant l’action de un coeur pour
la paix.
Puis, est de
nouveau projetée l’interview de Monique de VAUBLANC,
fondatrice du MMM.
Ensuite Jill
DONNELLY évoque Hanifa MEZOUI qui aurait du être présente mais
qui n’a pas pu faire ce déplacement, à son grand regret. Elle
constitue un immense soutien pour le MMM car elle est, au sein
du département des affaires économiques et sociales, le chef de
la section des Organisations Non Gouvernementales à l’ONU. Elle
a bien voulu transmettre son discours qui est ici repris in
extenso.
Intervention de Hanifa MEZOUI
Hanifa Mezoui
est la
représentante de l’O.N.U.
Les mères,
actrices pivot de la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire
fixés par l’ONU pour 2015
Je tenais tout d’abord, en tant que représentante de
l’Organisation des Nations Unies, à vous remercier pour la
chaleureuse invitation dont vous m’avez gratifiée. C’est avec un
grand plaisir et une entière satisfaction que je prends part aux
débats et aux réflexions qui animent ce Congrès International du
Mouvement Mondial des Mères. Tout particulièrement, j’aimerais
remercier Laetitia HALLIDAY, Ambassadrice de l’UNICEF, pour
avoir bien voulu parrainer cet évènement. Je remercie également
la Présidente de Mouvement Mondial des Mères, Jill Donnelly, une
femme très active et dévouée à la cause des mères, pour
l’organisation de ce Colloque, qui j’en suis persuadée,
permettra à tous les participants de partager leurs expériences
afin de proposer des mesures concrètes aux responsables
politiques.
L’Organisation des Nations Unies poursuit deux objectifs
primordiaux : l’instauration d’une paix durable et la promotion
du développement international. Le rôle de la femme et plus
spécifiquement de la mère dans la poursuite de ces deux
objectifs a été maintes fois reconnu par de nombreuses
résolutions et déclarations de l’Organisation des Nations Unies.
Comme le rappelle la Convention sur l’Elimination de toutes les
formes de Discrimination à l’égard des Femmes, adoptée en 1979
par l’Assemblée Générale des Nations Unies et désormais ratifiée
par 185 pays, « le développement complet d’un pays, le bien-être
du monde et la cause de la paix demandent la participation
maximale des femmes à égalité avec les hommes, dans tous les
domaines ».
Je me permets de profiter de ce Congrès international,
pour rappeler que l’ONU et ses divers partenaires s’attèlent
tous les jours à remplir au mieux ces différents engagements. La
femme, mais aussi la mère, sont deux thématiques inscrites au
cœur même de l’agenda des Nations Unies pour la mise en œuvre
des Objectifs du Millénaire. En effet, la Mère est au cœur des
solutions pour chacun des 8 OMD des Nations Unies, et constitue
la matière même de l’OMD 5 ‘Améliorer la Santé maternelle’.
En 1995, la Déclaration de Beijing permet l’adoption d’un plan
d’action pour renforcer le rôle de la femme dans le maintien de
la paix et la promotion du développement international. Depuis
plus de 10 ans déjà, la Commission sur la Condition de la Femme,
mandatée depuis 1946 auprès du Conseil Economique et social, se
charge de mettre en œuvre les 12 objectifs identifiés par la
Déclaration de Beijing dont la santé, l’éducation, l’emploi, la
participation politique et les droits de l’homme.
Dès lors, l’importance accordée au sein de l’agenda des Nations
Unies à la femme n’a fait que croître. La Résolution 1325/00
adoptée à l’unanimité par le Conseil de Sécurité consacre le
rôle joué par les femmes dans le domaine de la Paix et de la
Sécurité, aussi bien au sein de la famille, du quartier, du pays
qu’au niveau international. En 2005, le Secrétaire Général, M
Koffi Annan, considérait cette Résolution comme, je cite «
la première fois que le système des Nations Unies entreprend un
effort de planification aussi vaste et aussi complexe, qui
englobe pratiquement tous les grands domaines d’activités liés
aux femmes et à la paix et à la sécurité ».
Mais c’est aussi
au sein même de nos institutions que les Nations Unies se sont
engagées à promouvoir la place des femmes. Les Résolutions
1997/2 et 2004/4 adoptées par l’ECOSOC pour le
renforcement de la parité au sein du personnel de l’ONU sont
dans ce domaine les textes fondamentaux qui guident désormais
nos actions.
Un bilan de la mise en œuvre de la Déclaration de Beijing a pu
être esquissé en 2005 au cours de la 49ème session
sur la Condition de la femme à laquelle ont participé plus de 2
600 représentants d’ONG venus de toutes les régions du monde. Le
Secrétaire Général a alors reconnu que la condition de la femme
s’était améliorée à bien des égards: accès à l’emploi et à la
prise de décisions, meilleur niveau d’instruction et
augmentation de l’espérance de vie. Néanmoins il a
clairement souligné que certaines difficultés perdurent,
notamment la discrimination et la violence, tandis que d’autres
apparaissent, telles que l’inquiétante propagation du VIH/sida
chez les femmes, et l’odieuse pratique, de plus en plus
répandue, de la traite des femmes et des enfants.
Dans le rapport Etude approfondie de toutes les formes de
violence à l’égard des femmes (2006), M Koffi Annan a pris
note de ce bilan pour renforcer son action. Il a ainsi, pour la
première fois aux Nations Unies, défini tout acte de violence à
l’encontre des femmes, dans quelque cadre que se soit, comme une
violation des droits de l’homme.
De même, dans le rapport
Etat de l’enfance dans le monde 2007/Femmes et enfants, les
doubles dividendes de l’égalité des sexes (2006),
l’UNICEF met en évidence le rôle des mères pour briser le
cercle de la pauvreté. Le rapport souligne deux autres points :
l’importance des réseaux sociaux des femmes entre elles et le
bien fondé de la participation des femmes à la négociation
d’accords de paix.
Enfin, la dernière Commission sur la Condition de la Femme,
février 2007, a eu pour thème prio |